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Liberté de s’exprimer supprimée pour Technoprog lors de la fête de la science

Les tables rondes intitulées “Transhumanisme, freins et bonnes pratiques, qui devaient se tenir jeudi 12 octobre à Grenoble dans le cadre de la fête de la science, ont été annulées. Voici les raisons qui ont mené à une telle décision.

Publié le 18 octobre 2017, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

La toute nouvelle branche locale de Technoprog, dans la région Rhône-Alpes, organisait jeudi dernier son premier évènement. Il s’agissait d’un forum d’échange, un débat sur le transhumanisme, ouvert à tous et gratuit, dans le cadre de la fête de la science. Ce projet était porté par Terence et Jean-Marie, tous deux également administrateurs de l’association. L’objectif de ce forum était d’inviter des personnes expertes dans trois domaines : science & recherche, politique & éthique, ainsi que innovation & entreprise.

    Trois tables rondes, dans lesquelles le public aurait dû être l’intervenant principal, en posant ses propres questions, pour faire remonter ses propres besoins sur la question. Des intervenants honorables devaient faire le déplacement, tels que Béatrice Jousset Couturier, auteure de “Le transhumanisme. Faut-il avoir peur de l’avenir ? ”, préface de Luc Ferry, ou encore Guilhem Velve Casillas, fondateur de la start-up Elvesys.

    Mais le forum a été annulé quelques jours avant son déroulement, par les organisateurs de la fête de la science ainsi que le CROUS de Grenoble, qui nous prêtait alors gracieusement la salle. Malheureusement la communication papier de la fête de la science, ainsi qu’une campagne d’affichage, avaient déjà été mises en place, sans moyen de tenir les potentiels participants au courant de cette annulation tardive. Les raisons de cette annulation sont doubles :

 

    La première s’est matérialisée sous la forme d’une certaine censure de la communauté scientifique grenobloise. Une communauté qui a demandé par la suite aux organisateurs de la fête de la science de retirer notre événement. Dans les faits, certaines tutelles de laboratoires – ndlr : dont nous n’avons pas pu avoir le nom – ont demandé à leurs laboratoires de “blacklister” notre appel à contribution, dont l’objectif était de trouver des intervenants.

    De plus, les organisateurs de la fête de la science, pour justifier leur choix, se sont appuyés sur la charte déontologique de l’évènement. Il nous a été reproché le manque de diversité de nos intervenants, notamment pour pouvoir offrir un débat équilibré. Or, nous avons pourtant contactés scientifiques, écrivains, centres d’éthique, associations politiques etc… Accusation injustifiée d’autant plus qu’il nous était impossible d’espérer contacter certaines de ces personnes puisque le blacklistage de la communauté scientifique fut très rapide. Nous avons donc été très vite coincés, par les reproches des entités envers notre forum unilatéral, ces mêmes entités qui au départ ont refusées notre approche de diversité.

 

    Nous souhaitions publiquement dénoncer cette attitude. La liberté de s’exprimer et de débattre est essentielle, et notre « droit à l’expression » a semble-t-il été floué ici, alors que nous réunissions au départ les critères objectifs pour participer à la fête de la science. Nous tenir (les transhumanistes) pour des irresponsables pour éviter ainsi d’attirer la lumière sur les vrais questions est une stratégie connue et souvent utilisée. Une communauté scientifique peut en effet chercher à dénoncer l’idéologie transhumaniste, évitant ainsi d’attirer l’attention sur les risques et l’éthique des recherches menées sur leur territoire. Se dire transhumain est une chose, se dire transhumaniste en est une autre. Si tout le monde accepte par exemple son téléphone portable comme une amélioration transhumaine évidente et ubiquitaire de la vie quotidienne, encore trop peu de personnes assument de prendre position dans le débat des technologies émergentes.

 

    Tout cela trahit le grand flou et les nombreuses idées reçues qui persistent autour du mot “Transhumanisme” Nous tenons à dire une nouvelle fois que nous ne sommes pas ceux qui souhaitent l’IA surpuissante, l’homme entièrement robotisé, ou encore l’eugénisme forcené. Au contraire, nous souhaitons que le progrès scientifique soit contrôlé et maîtrisé au maximum, par la création, par exemple, de centre de recherches sur les risques technologiques. Tout cela dans le but d’offrir le progrès et la longévité à tous, sans marchandisation ni privilèges. 

    Terence, organisateur du forum et étudiant en neurosciences, est notamment très attaché à sa condition biologique, et souhaite pouvoir offrir un cerveau augmenté plutôt qu’un cerveau électronique. Et de manière générale, nous aurions accueillis sans problème, dans ce soucis d’offrir un débat équilibré, des participants contre les idées transhumanistes.

 

    Il est important de dire néanmoins qu’il existe une deuxième raison à cette annulation, liée directement au passé “sombre” de la région Grenobloise. Celle-ci a en effet souvent été un territoire d’innovation. De nombreuses structures de recherche y ont été inauguré, telles que le bâtiment de nanotechnologies Minatec, ou le centre de recherche en médecine améliorative Clinatec.

    Mais cela a amené Grenoble à être le théâtre de violentes manifestations et inaugurations interrompues, menées par des opposants à la technologie et au progrès scientifique. Cette ancienne peur est toujours dans les mémoires, notamment celles des organisateurs de la fête de la science, et probablement celles de certaines institutions scientifiques. Mais est-il acceptable de renoncer au débat démocratique en cédant à l’intimidation ?

 

    Néanmoins, notre motivation n’en est pas diminuée, au contraire. Une prochaine rencontre / débat à Grenoble, toujours organisée par des étudiants et soutenue par Technoprog, sous une approche totalement revue et repensée, est déjà à l’ordre du jour. Nous vous tiendrons au courant !

    Et surtout, n’oublions pas, renoncer au libre débat sur le transhumanisme, ce n’est pas empêcher qu’il poursuive ses avancées, c’est s’empêcher d’en comprendre tous ses enjeux.

Adhérer ?


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