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13 sujets de 1 à 13 (sur un total de 13)
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    Messages
  • #3560

    Alexandre
    Keymaster

    Similairement, ceci est un sujet de veille sur les opposants au transhumanismes (« bioluddites »).

    Pour commencer avec une actualité TRÈS récente : des membres de l’association « Pièces et Main d’Oeuvre » ont tenté d’intervenir à la conférence TransVision 2014.
    Je n’ai hélas pas pu assister à ça. Si des gens qui y étaient peuvent raconter les détails (ce qui s’est passé exactement, les paroles échangées…), ça m’intéresse !

    Voici l’appel à manifestation sur leur site :
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=543

    Leur crainte est légitime : celle de la création d’une humanité à deux vitesses, où les humains non-augmentés seront traités commes des animaux. Hélas, ils ne sont pas particulièrement ouverts au débat : leur point de vue est que « débattre avec l’ennemi, c’est déjà rendre ses propos acceptable ». Attitude qu’ont longtemps eu les médias face au FN… Ce qui relativise pas mal de chose.

    Ils se font appeler « les chimpanzés du futur », en référence à la citation de Kevin Warwick :
    « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »

    Qu’en pensez-vous ?

    #3959

    Samuel
    Participant

    Les PMO n’existent que par une entourloupe rhétorique qui consiste à lier le progrès technologique à un ennemi imaginaire facho-capitaliste. De fait, ils ont déjà perdu la bataille des idées sur le plan strictement technologique, incapable de réaliser l’ironie de leur démarche quand ils s’expriment sur Internet. Une foi que l’idéologie anti-capitaliste (fourre-tout très commode) est mise de coté, il n’y a plus rien…

    En fait leur pouvoir de nuisance est quasi-nul, à part faire le cirque dans des manifestations ils sont tout à fait inaudibles au niveau politique. Les vrais obstacle bio-luddites au transhumanisme en France, ce sont:
    1) Les mouvements réacs traditionnels qui pèsent lourd dans les comités de bio-éthique et dont les crispations idéologiques s’illustrent par exemple lors des « manifs pour tous ».
    2) Une partie de la mouvance écolo qui est clairement technophobe mais en même temps incapable d’avoir un discours cohérent à ce sujet, tiraillée entre la modernité (e.g. oui aux nano-tech pour les panneaux solaires) et l’attitude réac pur jus classique (e.g. Bové et Mamère sur la PMA)

    #3960

    Emmanuel
    Moderator

    J’ai un peu discuté avec ceux qui distribuaient ces fameux tracts vendredi matin.

    Pour le coup, ils gagnent des points Godwin en rase campagne en accusant le transhumanisme d’être un nazisme « en milieu scientifique ».

    Cependant, je pense que certains transhumanistes tendent un peu le bâton pour se faire battre. Je pense notamment à des gens comme Anders Sandberg (que j’apprécie par ailleurs pour son boulot sur l’ECE) qui assimilent bas QI et « stupidité » (sans analyse profonde des contextes et des contraintes économiques), ou même Bostrom et ses études sur la sélection d’embryons pour augmenter le QI mondial… au-delà de l’amateurisme scientifique, il y a réellement, comme l’a justement fait remarquer Marina Maestrutti vendredi, un discours qui ne questionne pas fondamentalement le rapport à la « norme », à la normalisation et à la pression sociale ; et qui peut, dans le pire des cas, paraître insultant ou excluant.

    Faire accepter le droit à se redéfinir est une chose ; en revanche, commencer à planifier la société à venir, c’est cela qui choque – à raison ! le vrai humanisme donne la même valeur à tous les êtres humains. A la rigueur, parler même d’humain « augmenté » ou amélioré est une erreur de langage.

    #3961

    Alexandre
    Keymaster

    Samuel > Oui, les PMO ont l’air trop extrêmes et marginaux pour être dangereux. J’ai lu leur page, leur discours est trop « bébête » et haineux pour être fédérateur… du moins pour le moment.

    Pour LMPT et compagnie, il y a effectivement une « vague réac » en France, mais elle ne touche pas forcément tous les domaines du transhumanisme. Pour faire une analogie, je vois régulièrement des religieux en costume tradi avec un smartphone dernier cri. On ne peut pas être « réac » contre ce que les traditions/religions n’ont même pas songé à interdire 😀

    Pour les écolos, comme tu dis, soit ils sont favorables à certaines technologies d’avenir, donc au moins « ouvert » à l’idée de transhumanisme… Soit ils sont pour une décroissance totale, et donc marginaux, car les gens ne sont pas prêts à renoncer à leur confort moderne (et à leur smartphone !).

    Donc je ne m’inquiète pas trop *pour le moment. Mais ma grande crainte et qu’il y ait un « sursaut » anti-technologie lorsqu’une certaine barrière sera franchie de façon trop rapide brutale, sans doute par une compagnie privée (Google, AU HASARD) : clonage, utérus artificiel, cyber-cerveau…
    Quand on voit ce que le simple mariage gay (qui concerne très peu de gens) a pu fédérer contre lui, imaginez ce que ça pourrait donner avec l’un de ces trucs. Et ces réactions de repli violentes sont amplifiée par la crise, qui ne s’arrange pas vraiment : on a fait que du rafistolage avec des bouts de scotch depuis 2008, beaucoup d’économistes craigennt que ça repète à tout moment.

    Je pense que la société peut accepter tout progrès technique, pourvu qu’il soit suffisamment progressif. Or, la tendance actuelle est à l’accélération.

    Emmanuel > Ah zut, on s’est raté à la conf 😀
    Si t’as gardé un tract des PMO, je suis intéressé par une photo ou un scan.

    @Emmanuel EMG wrote:

    Cependant, je pense que certains transhumanistes tendent un peu le bâton pour se faire battre. Je pense notamment à des gens comme Anders Sandberg (que j’apprécie par ailleurs pour son boulot sur l’ECE) qui assimilent bas QI et « stupidité » (sans analyse profonde des contextes et des contraintes économiques), ou même Bostrom et ses études sur la sélection d’embryons pour augmenter le QI mondial… au-delà de l’amateurisme scientifique, il y a réellement, comme l’a justement fait remarquer Marina Maestrutti vendredi, un discours qui ne questionne pas fondamentalement le rapport à la « norme », à la normalisation et à la pression sociale ; et qui peut, dans le pire des cas, paraître insultant ou excluant.

    Tout à fait ! Mon interprétation est que ces gens-là vivent un peu « dans leur bulle », en ne fréquentant que des gens qui leur ressemblent : plutôt riches, intellectuels, nomades, et avec les mêmes convictions. Ce n’est pas un mal en soi, mais ce faisant, ils se déconnectent de la majorité des gens, et n’anticipent pas les réactions de peur/rejet/dégoût que leurs propos peuvent engendrer. Parce que l’immense majorité des gens, contrairement à eux, ne baignent pas quotidiennement dans ce « trip » transhumaniste. Alors forcément, quand on leur balance tout ça brutalement, il y a une réaction de recul instinctif.

    Je n’ai pas d’avis tranché sur tous ces sujets, tout cela peut se discuter (n’en déplaise à PMO)… mais avec précaution, et surtout, en faisant attention au public auquel on s’adresse. Comme l’a souligné Sylvie Allouche, dans l’imaginaire collectif, « clonage/eugénisme = Le Meilleur des Mondes = nazisme » (j’exagère à peine). Et il faut être très prudent avec l’imaginaire collectif. Aubrey de Grey a évoqué cela dans sa présentation : « Don’t scare people with words in -ism. I don’t talk about immortality. I don’t even talk about longevity. I just talk about improving ones health. » Il faut partir de fondamentaux qui mettent tout le monde d’accord, puis laisser les gens refaire le même cheminement intellectuel que soi.

    #3962

    Aztek
    Participant

    Dans ma conception le transhumanisme, comme dit plus haut, contient le mot « humanisme », et ce dans l’héritage du mouvement philosophique du même nom, socialement progressiste. L’humanisme c’est l’opposé pour moi d’un monde stéréotypé de SF d’hommes robots dénués de volonté propre et dirigés par la multinationale illuminato-francmaçonico-fasciste-immortelle qui aura su cloner Adolf Hitler en lui donnant des pouvoirs télékynésique (J’exagère à peine ce que j’ai pu entendre).

    C’est un peu le même débat que sur l’écologie : avec un peu de réflexion, empêcher le gaspillage des ressources est une conclusion auquel chacun arrivera. Pourtant qui aujourd’hui a envie de s’identifier à ce qu’on nous montre de l’écologie à travers les figures phares activistes actuelles, dont le discours s’attarde sur des détails (la sauvegarde de la galinette cendrée dans le bouchenois) plus que sur les problèmes de fond qui sont la distribution tant des ressources que leur épuisement par exemple.

    Il y a deux voies possibles : refuser une partie du progrès et de ses avantages (voiture personnelles, smartphones, grande distribution – et ça ne me dérangerait pas fondamentalement) ou foncer les deux pieds dedans pour développer des technologies nouvelles en matière d’énergie, de transport et consorts. La position actuelle hésitante est très auto-destructrice, et c’est à mon sens celle qui a le plus de chances de creuser les inégalités.

    #3963

    Alexandre
    Keymaster

    @aztek wrote:

    Dans ma conception le transhumanisme, comme dit plus haut, contient le mot « humanisme », et ce dans l’héritage du mouvement philosophique du même nom, socialement progressiste.

    Etymologiquement, je pense hélas que c’est plus tranhuman-isme (« pour que l’homme se tranforme ») que trans-humanisme. Le transhumanisme inclut des mouvements ultra-libéraux, voire de gros tarés bien flippants (genre Zoltan Istvan). Mais il y a aussi une branche sociale, et en tout cas une branche humaniste qui se réclâme des Lumières, oui. Voir à ce propos la déclaration élaborée l’autre jour : http://ieet.org/index.php/IEET/more/tpdec2014 (« the Enlightement » = « les Lumières »)

    @aztek wrote:

    Il y a deux voies possibles : refuser une partie du progrès et de ses avantages (voiture personnelles, smartphones, grande distribution – et ça ne me dérangerait pas fondamentalement) ou foncer les deux pieds dedans pour développer des technologies nouvelles en matière d’énergie, de transport et consorts. La position actuelle hésitante est très auto-destructrice, et c’est à mon sens celle qui a le plus de chances de creuser les inégalités.

    Dis comme ça, ça sonne un peu comme les explications libérales de la crise : « s’il y a eu une crise, c’est parce que l’économie n’était pas ENCORE assez libérale ! » 😀 (je dis cela pour souligner le fait que cet argument ne sera pas forcément bien reçu)
    Je suis en train de lire « La société du coût marginal zéro » (J. Rifkin), qui prophétise une société de producteurs autonomes mais suréquipés technologiquement (imprimante 3D, etc), essentiellement tournée vers la création gratuite. Ce modèle me semble intéressant.

    #3964

    Cyril Gazengel
    Moderator

    @alexandre wrote:

    Je suis en train de lire « La société du coût marginal zéro » (J. Rifkin), qui prophétise une société de producteurs autonomes mais suréquipés technologiquement (imprimante 3D, etc), essentiellement tournée vers la création gratuite. Ce modèle me semble intéressant.

    Cela me fait penser à mon idée d’un artisanat global… zou ! Dans ma pile à lire !

    #3965

    Alexandre
    Keymaster

    En général, je me méfie de ce genre de best-seller international (je l’ai vu dans des librairies en Corée !). D’un autre côté, le livre de Thomas Piketty était une très bonne surprise, et Rifkin est régulièrement consulté par la commission européenne, donc c’est pas non plus un illuminé werbero-bogdanovien. Je ferai un sujet quand je l’aurai fini, en tout cas (dans 3 semaines ou dans 3 ans, selon mon emploi du temps à venir…).

    #3966

    Snooz
    Participant

    @alexandre wrote:

    Similairement, ceci est un sujet de veille sur les opposants au transhumanismes (« bioluddites »).

    Leur crainte est légitime : celle de la création d’une humanité à deux vitesses, où les humains non-augmentés seront traités commes des animaux. Hélas, ils ne sont pas particulièrement ouverts au débat : leur point de vue est que « débattre avec l’ennemi, c’est déjà rendre ses propos acceptable ». Attitude qu’ont longtemps eu les médias face au FN… Ce qui relativise pas mal de chose.

    Ils se font appeler « les chimpanzés du futur », en référence à la citation de Kevin Warwick :
    « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. »

    Qu’en pensez-vous ?

    …et pourtant je suis sûr que dans les familles de ces bio-luddites , certains ont des parents avec des pacemakers, et que pourtant cela ne les empêche pas de manger à la même table que des « hommes bioniques hybridés d’implants ». De même voient-ils leurs petits neveux conçu par PMA comme des « humains artificiels » , qui seraient une menace pour leur propre humanité ?

    Ces « chimpanzs du futur » sont dans le complotisme et la paranoïa et aucun débat ne sera jamais possible avec eux. Par contre il faut faire attention à leur lobbying et au retentissement qu’ils pourraient avoir dans la société en jouant sur les peur (comme le font souvent les écolos politiques, notamment à propo des OGM). Ces gens là emploieront la violence et le mensonge pour faire passer leur idéologie ( voir le précédent sur les OGM, l’étude de Seralini, les faucheurs volontaires…)

    Mais concrètement comment pourront-ils décemment dire à un aveugle qui grâce à la technologie a retrouver un semblant de vue, ou a un paralysé qui arrive de nouveau à faire des mouvements, comment pourront-ils dire publiquement que la technologie est négative ??

    #3967

    ChloeTR
    Participant

    En réponse à Emmanuel : la seule égalité que je reconnaisse entre (trans?)humains c’est l’égalité en dignité à la naissance telle que déclarée fort sagement par la DDHC (Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits). Cette dignité qui implique des droits humains n’est pas une question de respect ou de liberté de disposer de la même qualité de vie où qu’on soit, c’est la liberté de ne pas se voir opposer, par la société ou l’état, des obstacles injustes (principe d’equal opportunity, équité). L’égalité en dignité implique l’équité dans la société.

    Si quelqu’un décide de ne pas se faire vacciner et meurt, c’est son souci. Si quelqu’un décide de préférer les augmentés aux non-augmentés pour l’accompagner dans son activité, c’est son choix et on ne devrait pas lui en imposer d’autre. Si je décide de ne pas fréquenter d’augs, c’est mon choix et on ne devrait pas me l’interdire, tant que cela ne prive pas l’aug en question d’opportunités alternatives. (mon opinion, là, pas une vérité ontologique)

    #3968

    Emmanuel
    Moderator

    Je ne crois pas du tout à une scission de l’humanité, surtout depuis que la planète est hautement connectée et que tout le monde sait ce qui se passe un peu partout. Le progrès technologique est en général graduel, et fait l’objet de débats qui s’étendent sur des décennies.
    Soit il est peu contestable, et devient la norme, soit il est ambivalent et a ses opposants, c’est normal.

    Pour prendre l’exemple de la voiture, qui est pour moi une sorte d’exosquelette roulant, mon choix de ne pas en posséder diminue probablement ma valeur aux yeux de certains employeurs. La pression sociale me transformera peut-être un jour moi-même en exosquelette roulant. En attendant, les automobilistes qui se disent « augmentés » peuvent me considérer comme un chimpanzé parce que je vais à pied. J’ai quand même le droit de trouver ça insultant.

    Tout progrès technique est relatif et en rapport à une échelle de valeurs. C’est pourquoi je trouve le terme « augmenté » suspect… je préfère parler d’humain modifié ou transformé.

    #3969

    ChloeTR
    Participant

    Bien sûr que tout est relatif à une échelle de valeur. C’est d’ailleurs pour ça que je m’en prends aux relativistes, qui ont un nom qui est une arnaque car ils posent que tout se vaut, que tout est égal, que tous les systèmes de valeur se valent. Ils oublient le sujet et objectivent l’univers.

    Il faut préserver la liberté de chacun, ne pas tyranniser, ne pas nuire. L’humanité et le respect mutuel peuvent aller au-delà des différences raciales, sociales, culturelles, générationnelles, même si ces différences créent nécessairement des frictions. N’oublions pas, pour filer la métaphore, que la friction permet aussi le lien et l’accroche.

    #3970

    ChloeTR
    Participant

    Salut,

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