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Transhumanisme, technoprogressisme

Présentation du technoprogressisme (position de l'AFT), sur base d'un texte rédigé par Virginie Soulabaille.

Publié le 28 février 2016, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Position de l’AFT, sur base d’un texte rédigé par Virginie Soulabaille

 

« Il faut rester vigilant, mais il ne faut pas être inquiet. Je me mets à la place d’Homo Erectus, moi. Je connais bien ces gens-là. Quand Homo erectus a maîtrisé le feu, toute la société a dit: Oh là là, oh là là. Il faut des comités éthiques pour surveiller ça. Et ce n’était pas faux. C’est pareil aujourd’hui. »

— Yves Coppens, paléontologue français, à propos des améliorations possibles de l’être humain.

 

Cinéma, littérature, médias, souvent l’avenir ne nous est pas présenté en rose. Inquiétude, culpabilité, morosité constituent tellement notre atmosphère quotidienne qu’il paraît difficile de voir autrement.

“Les naissances sont surmédicalisées.” En 1750 en France, un nouveau-né sur trois mourait avant l’âge de un an. Aujourd’hui, le chiffre est de 3,5 sur 1 000.

“Nous sommes dépendants de la technologie.”  En 1950, 8 % des foyers français possédaient un lave-linge. Nous sommes actuellement environ 96 %. Un appareil banal ; une révolution hygiénique, sociale et culturelle

“Internet isole les jeunes et les rend idiots.” L’imprimerie a permis l’accès à la connaissance. Internet facilite l’information et la communication. Curiosité, ouverture, esprit critique s’épanouissent.

Les médias parlent de la dureté de l’époque, de chômage, de pauvreté, beaucoup moins des avancées technologiques qui, d’erreur en victoire, changent nos vies, nous font avancer, modifient nos corps et nos cerveaux. On vit dans un bruit de fond technophobe, une méfiance due à la désinformation, à des scandales médicaux, sanitaires, environnementaux, à l’inquiétude justifiée mais ressassée concernant l’avenir de nos sociétés, de la planète…. Ne pas prendre la mesure de ces avancées, s’effrayer des progrès à venir jusqu’au refus n’est pas seulement déprimant, c’est dangereux.

C’est un des objectifs des mouvements transhumanistes : que les informations soient communiquées de façon transparente et pluraliste, pour que chacun puisse exercer son sens critique en connaissance de cause et s’impliquer dans les orientations scientifiques, sociales et politiques.

 

 

Transhumanisme

 

En quelques mots, c’est un mouvement international intellectuel et humaniste prônant l’amélioration des êtres humains, non seulement par l’éducation ou l’action politique mais encore par le moyen des sciences et des technologies : lutte contre la souffrance involontaire, le handicap, la maladie, prolongement de l’espérance de vie en bonne santé, accroissement des capacités mentales, physiques, psychologiques, mais aussi exploration de l’univers, etc.

Il ne s’agit pas uniquement d’une accélération des progrès technologiques, mais de l’acquisition par l’homme de la capacité à orienter sa propre évolution.

La convergence dite “NBIC”, notamment, doit permettre ces progrès. La convergence NBIC est la synergie entre :

– les Nanotechnologies : sciences et technologies de la matière à l’échelle du nanomètre (un milliardième de mètre, longueur d’une petite molécule), au croisement de l’électronique, la mécanique, la chimie, l’optique, la biologie. Elles alimentent toutes les autres disciplines.

– les Biotechnologies : sciences et technologies des organismes vivants.

– l’Informatique – l’Intelligence artificielle : au-delà de l’informatique, l’intelligence artificielle doit permettre à une machine d’exécuter des fonctions normalement associées à l’intelligence humaine : compréhension, raisonnement, dialogue, adaptation, apprentissage, etc.

– les sciences Cognitives étudient les mécanismes de la pensée humaine, animale ou artificielle.

Le transhumanisme est également un projet de société, car les conséquences de telles avancées sur nos sociétés seront globales et considérables.

Il est difficile de situer les origines du transhumanisme car l’être humain a par nature toujours voulu s’améliorer. « Serait-il absurde de supposer que l’amélioration de la race humaine soit considérée comme un progrès illimité ?« , interroge le philosophe Nicolas de Condorcet au XVIIIe siècle. A l’avenir, « l’homme ne deviendra pas immortel, mais il pourra constamment augmenter le temps entre le moment où il commence à vivre et quand naturellement, sans maladie ou accident, il trouve que sa vie est un fardeau« , poursuit-il.

En 1978 aux USA, le philosophe Fereidoun Esfandiary formule la première déclaration transhumaniste :

“Nous vivons un tournant évolutif rare que nos comportements et nos idéologies n’ont pas encore pris en compte. Nous voulons accélérer l’avancée de l’humanité jusqu’à la prochaine étape de son évolution. Nous voulons aider à accélérer l’essor des mondes à venir avec une abondance inespérée : de l’énergie propre et bon marché illimitée, des ressources alimentaires illimitées, des matières premières illimitées”.

En 1992, Max More participe à la création de l’Extropy Institute, diffusant pour la première fois la pensée transhumaniste.
En 1998, les philosophes Nick Bostrom et David Pearce fondent la World Transhumanist Association (WTA), organisation non gouvernementale internationale.
En 2006, l’Extropy Institute cesse son activité, et la WTA devient la principale organisation transhumaniste mondiale. Elle adopte en 2008 le nom d’Humanity+.

 

 

Technoprogressisme

 

Au départ sur des bases plutôt individualistes et libertariennes, de plus en plus de mouvements transhumanistes intègrent dans leur réflexion les aspects sociaux et environnementaux et souhaitent leur prise en compte dans les avancées technologiques. On parle de technoprogressisme.

On peut citer l’IEET, fondé en 2004 par le philosophe Nick Bostrom et le bio-éthicien James J. Hughes : « Nous mettons en avant le travail de penseurs du monde entier qui examinent les implications sociales du progrès scientifique et technologique. Nous souhaitons ainsi contribuer à la compréhension de l’impact des technologies émergentes sur les individus et sur la société, tant à l’échelle locale que globale. Nous souhaitons également promouvoir des politiques publiques qui redistribuent les bénéfices du progrès technique, et qui cherchent à en réduire les risques. »

L’Association Française Transhumaniste (AFT) Technoprog, principal mouvement transhumaniste francophone créé en 2007, « interpelle la société sur les questionnements relatifs aux mutations actuelles de la condition biologique et sociale de l’humain. Son objectif est d’améliorer cette condition, notamment en allongeant radicalement la durée de vie en bonne santé. Elle cherche à promouvoir les technologies qui permettent ces transformations tout en prônant une préservation des équilibres environnementaux, une attention aux risques sanitaires, le tout dans un souci de justice sociale. »

Il n’existe pas un, mais des transhumanismes. De plus, de nouvelles idées apparaissent en permanence puisque par nature, le transhumanisme est en constante évolution.

 

 

Objectifs

 

Lutter contre la souffrance, la maladie, le vieillissement, prolonger la vie en bonne santé

Les produits nouveaux, les thérapies géniques, les recherches en matière de mécanismes de réjuvénation, les nanotechnologies et d’autres champs médicaux que nous ne faisons que découvrir nous permettent d’envisager d’améliorer et de prolonger la vie, non pas dans un état diminué, mais en bonne santé. Aujourd’hui, une personne de 60 ou de 70 ans n’est plus un vieillard ; demain, cela pourra être le cas encore plus longtemps. Il est vraisemblable qu’un jour, ce sera sans limitation de durée, ce qui pourrait se définir non pas par l’immortalité, mais par l’amortalité : prolongation de la vie pour une période non définie sans être éternelle.

Les technoprogressistes militent pour la prise en charge publique de ces recherches. Le raisonnement est rationnel : ce sont les dernières années de vie qui sont les plus coûteuses, et ce qui est investi dans la recherche ne sera pas dépensé pour réparer. Les thérapies elles-mêmes une fois disponibles devraient être peu coûteuses. On peut prendre pour comparaison le coût élevé des recherches pour les téléphones mobiles et leur infrastructure. Des milliards d’euros ont été dépensés, mais aujourd’hui, un smartphone ne coûte plus qu’une centaine d’euros.

 

Développer nos capacités physiques, mentales, sensorielles : vivre plus et mieux, poursuivre l’exploration de l’univers

« L’humain cherche à accroître son espérance de vie en bonne santé, à développer ses facultés cognitives et sensorimotrices, mais aussi à se rendre plus apte à jouir de sa liberté et du bonheur au sein d’une vie sociale plus harmonieuse. » (Association Française Transhumaniste – Technoprog).

Sur certains points, nous sommes déjà tous plus ou moins transhumanistes : qui refuserait un cœur artificiel, ou une technologie permettant de rendre la vue ? Qui choisirait de rester en chaise roulante ? Mais aussi qui ne souhaitera pas prolonger sa vie ou celle des siens, qui ne sera pas tenté de développer son intelligence ?

Le 12 juin 2014, le coup d’envoi de la coupe du monde de football a été donné par un handicapé moteur dans un exosquelette contrôlé par la pensée. Contrôler des membres artificiels, saisir du texte ou encore envoyer des commandes à un ordinateur par la pensée, tout cela devient envisageable grâce à une interface cerveau-ordinateur. On a beaucoup parlé fin 2013 de la première greffe d’un coeur artificiel. On parle moins, par exemple, des implants bioniques. Les implants rétiniens redonnent la vue ; ils peuvent aussi permettre de voir les infrarouges. Les implants cochléaires restituent l’ouïe ; ils peuvent permettre d’entendre les ultrasons. Et nous n’en sommes qu’au début.

Plus que devenir superpuissants, c’est chercher à mieux vivre, à accéder de façon plus complète aux capacités de nos corps, de nos cerveaux. Avons-nous eu jusqu’ici le temps et l’occasion d’explorer nos talents, nos possibilités, notre environnement ?

Les exemples sont nombreux, et nous ne pouvons pour l’instant en imaginer que quelques-uns : soigner la dépression, développer des capacités de notre cerveau aujourd’hui inconnues, télécharger des compétences, récupérer des souvenirs endommagés, développer nos interactions avec les autres, explorer notre environnement direct, découvrir l’univers…

 

 

Vivre mieux collectivement

 

Rendre accessible à tous les technologies d’amélioration

La modification d’une personne n’engage pas sa seule existence, elle impacte également la vie en société : il est essentiel de rendre possible à tous l’accès aux technologies d’amélioration, autant que de préserver la liberté d’y recourir ou non.

On évoque souvent un risque d’aggravation des inégalités entre ceux qui pourront ou ne pourront pas avoir accès aux innovations. Mais la nature est à l’origine d’inégalités que l’homme combat depuis longtemps au moyen de lois et de techniques. Les technologies, correctement pensées et encadrées, peuvent contribuer à lutter contre ces inégalités, en particulier si une partie de la recherche est financée publiquement, réduisant le temps entre l’apparition des innovations et leur accessibilité aux moins fortunés et moins informés. Les technologies médicales notamment doivent bénéficier le plus rapidement possible à tous ceux qui le souhaitent.

 

Garantir le libre choix de son niveau technologique

Certains soupçonnent les transhumanistes de vouloir créer un surhomme. L’objectif n’est pas de décider d’améliorer l’espèce humaine, mais de permettre un choix libre de toute autorité et de toute pression. Les visites prénatales obligatoires, le taux d’IVG en cas de malformation et les facilités légales pour y recourir montrent qu’on souhaite déjà le meilleur pour nos enfants, et tant mieux.

La liberté de choix est essentielle : sur l’exemple de la communauté Amish, qui refuse toute modernisation depuis le XVIIe siècle et qui continue à se développer aux USA, chacun doit pouvoir vivre au niveau technologique de son choix.

L’idée n’est pas de vaincre la faiblesse et d’atteindre la perfection – impossible absolu excluant l’évolution – mais de vivre au mieux de ses capacités, et plus si on le souhaite.

 

Ne pas viser la perfection mais l’harmonie et la justice sociale

S’augmenter, est-ce rentrer dans une compétition avec l’injonction d’être le meilleur, obligeant le reste de l’humanité à choisir entre suivre ou rester le modèle de base, moins perfectionné que le modèle récent ? Au contraire, les perspectives transhumanistes laissent entrevoir la possibilité d’intervenir un jour sur nos prédispositions à l’empathie ou à l’ouverture sociale. Nous pourrons réduire nos tendances à l’agressivité et à la dominance pour permettre des relations sociales et intercommunautaires plus apaisées.

 

 

C’est maintenant que ça se passe

 

Beaucoup d’avancées technologiques sont déjà une réalité ; rapides, inévitables, elles se moquent du principe de précaution qui risque de conduire au retard technologique, industriel et économique de l’Europe et de nous faire manquer une évolution vers de meilleures conditions de vie.

On ne peut plus ignorer aujourd’hui les risques existentiels liés au développement rapide des technologies. Comme l’ont déjà fait plusieurs scientifiques et industriels, les acteurs de ces progrès peuvent aujourd’hui faire savoir qu’ils sont conscients des menaces autant que des promesses de l’innovation, agir et permettre à tous d’agir en conséquence.

C’est pour cette raison qu’il serait dommage de se tromper de cible, de confondre l’outil et l’usage qu’on en fait. Le jugement porté sur le progrès technologique ne peut être vu à travers les récentes ou moins récentes catastrophes écologiques, sanitaires, environnementales, en résumé à travers la société actuelle. Ces craintes et ces oppositions ne prennent pas en compte les modifications positives de l’humain, de l’environnement et de la société générées par le progrès.

On n’arrête pas un fleuve ; on bénéficie de ses apports, et on le canalise : la technophobie n’est pas la réponse. La réponse est à la fois complexe et pragmatique : la recherche, au jour le jour, de nouveaux équilibres écologiques, économiques, sociaux, humains.

Concrètement, une telle orientation demande des investissements substantiels dans la recherche scientifique et dans l’étude des risques de tous ordres.

 

 

Perspectives

 

Beaucoup de choses que nous tenons aujourd’hui pour acquises n’existaient pas ou étaient considérées comme un luxe il y a à peine un siècle. Internet nous offre des connaissances quasiment illimitées, la médecine nous protégera de plus en plus de la souffrance et de la maladie.

La technique nous a aidés à survivre : nous loger, nous nourrir, nous chauffer, nous déplacer. Elle va de plus en plus nous permettre d’inventer nos vies. Nous pourrons, par exemple, développer nos capacités mentales aujourd’hui davantage sollicitées par la compétition et le flux permanent d’informations.

Nos conditions de vie ont toujours évolué, mais cette évolution est de plus en plus rapide. Notre environnement est de plus en plus complexe, imprévisible, instable. Nous devons sans cesse nous adapter, et souvent dans des structures et des normes faites pour une société du passé, ce qui rend plus laborieuse cette adaptation.

Malgré tout, nous avons de plus en plus la liberté, le pouvoir de choisir et de construire nos vies, et c’est une chance à laquelle en réalité personne ne souhaite renoncer.

L’être humain est en constante évolution, à nous de choisir celle qui est en cours.

Adhérer ?

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