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10 idées fausses autour du mot « Transhumanisme » (Partie 2)

Il existe beaucoup d’idées fausses autour de la pensée transhumaniste, notamment dues à certaines simplifications hasardeuses. Et si nous tentions ici de revoir les bases.

Publié le 10 mars 2018, par | Suivez-nous : facebook  

DEUXIÈME PARTIE

 

>Pour lire ou redécouvrir les cinq premiers points <

6 Soutenir le développement d’une technologie, c’est souhaiter que l’ensemble de la société l’utilise

     Si le transhumanisme place l’humain au centre des préoccupations, alors il porte forcément beaucoup d’importance à ses droits, l’un des plus importants étant le respect du libre-arbitre. Ainsi, dans la pensée transhumaniste, même lorsqu’elle défend des projets tels que l’allongement de la vie en bonne santé, il s’agit avant tout d’offrir le choix à chacun de vieillir ou de ne pas vieillir, de vivre ou de mourir [3]. En effet, il y a probablement autant de manières de vivre qu’il y a d’humains sur Terre. Certains souhaiteront vivre 100 ans, et d’autres 150 voire 200 ans. Nous souhaitons, plus modestement que l’immortalité, que la science puisse offrir les thérapies pour supprimer la plupart des maladies connues, spécialement celles qui demeurent incurables. Mais le choix d’en bénéficier ou non sera toujours réservé au patient.

     C’est d’ailleurs ici un point important dans l’élaboration d’un transhumanisme au service du progrès social. Il faut penser dès aujourd’hui une éthique durable pour développer des technologies qui, lorsque certains humains choisiront de les utiliser, ne nuisent pas à ceux qui décideront de ne pas en faire  usage.

 

7 Contrôler la souffrance, c’est chercher à totalement la supprimer

     Commençons ici par faire la différence entre douleur et souffrance. La douleur est un phénomène biologique, donc bien réel. Il s’agit de l’activation des nocicepteurs, les nerfs sensibles à une altération du corps. La souffrance, elle, est davantage psychologique, elle est intimement liée à la notion de mémoire. Si on peut donc souffrir lorsque l’on ressent de la douleur, on peut également souffrir en anticipant celle-ci (par exemple à l’idée d’aller chez le dentiste), ou même en absence total de stimuli de douleur (souffrir de la mort d’un personne).

     Des philosophies comme l’hédonisme ou l’épicurisme prônent la suppression de la souffrance pour être heureux. Mais aujourd’hui, la science nous permet d’espérer faire cela directement au sein du cerveau, grâce à nos nouvelles connaissances en neurosciences. Mais inhiber totalement les aires du cerveau qui gèrent la souffrance est-ce vraiment une bonne idée ? Il est nécessaire de nuancer : choisissons quels types de souffrance supprimer. La souffrance survenant pendant les prémisses d’un arrêt cardiaque par exemple semblera inutile lorsque d’autres technologies de dépistage plus fiables et plus précoces apparaitront.

     Mais beaucoup d’autres formes de souffrance donnent du sens à l’humain, voire même sont intimement liées à la notion de bonheur. Au délà bien entendu des pratiques comme le sado-masochisme, je fais appel à mes expériences personnelles. Il existe de nombreuses situations dans lesquelles souffrir provoque du plaisir : aller au delà de ses limites lors d’une course de 400m, faire une immersion dans un lieu déroutant (pleine nature, pays éloigné) sans le confort de notre société moderne, partir à l’aventure en pleine nature, dans le froid pour mieux se connaître, ou simplement apprécier une douche chaude après une journée d’hiver. La plupart de ces situations, lors des phases de “souffrance”, déclenchent dans notre corps la sécrétion de molécules telles que l’adrénaline, la dopamine ou encore l’endorphine, des hormones qui sont impliquées dans l’état de bien-être.

     Ne dit-on pas que l’échec (générant une souffrance psychogène) est le plus riches des enseignements ? Je voudrais d’ailleurs finir sur ce paradoxe : Si un enfant venait à naître sans aucun moyen de ressentir la souffrance, pourrait-il être vraiment heureux en n’ayant jamais testé, en comparaison, l’expérience de la souffrance ?

 

8 Face à une technologie ou un progrès donné, il faut choisir entre l’accepter pour tout, ou totalement l’interdire

     L’année 2018 sera celle de la révision des lois de la bioéthique. Celles-ci, depuis 1994, date de la première loi, et jusqu’en 2013, ont posé comme base l’interdiction de la recherche sur l’embryon humain. Vraiment ? Emmanuelle Rial-Sebbag, une juriste travaillant à l’Inserm avec des scientifiques, rappellait pourtant à propos de cette période : « En réalité la loi n’a pas choisi. Elle a posé des limites. La recherche sur l’embryon est interdite sauf… exception » [4].

     En effet, face à une technologie donnée, devoir trancher est souvent difficile, et possiblement contre-productif. Par exemple, totalement interdire en France la recherche sur CRISPR-Cas9, une technologie d’édition du génome révolutionnaire, pourrait faire de nous un pays qui risque d’être dépassé par les événements demain. Notamment lorsque l’on sait que d’autres pays, ayant toléré la recherche dans ce domaine, sont en train de  réussir à mettre au point des thérapies contrôlées et envisageables sur l’homme [5].

     C’est pour cette raison qu’il est important d’autoriser CRISPR-Cas9, mais uniquement dans certains cas précis, comme dans le cadre de la recherche contre le vieillissement. Cela permet d’accompagner le progrès scientifique, tout en évitant au mieux les dérives possibles.

 

9 Il n’y a qu’UN transhumanisme

     Non, il en existe même une grande diversité, beaucoup d’ailleurs réfutant le terme même. Mais tout comme on peut placer les différents mouvements politiques sur un axe “droite/gauche”, on peut notamment distinguer deux grandes “idéologies” au sein des mouvements transhumanistes. Les transhumanistes à tendance libertarienne mettent la liberté individuelle au premier plan, mais s’intéressent peu aux questions globales, telles que les inégalités ou les risques. Ils font généralement confiance à la main invisible du marché pour corriger ces problèmes.

     À l’inverse, les transhumanistes les plus progressistes se regroupent sous le terme de technoprogressistes. Il s’agit d’un courant qui prône l’utilisation de la convergence des technologies émergentes au service du progrès social. L’Association Française Transhumaniste Technoprog en est le principal représentant dans le monde francophone. L’objectif du technoprogressisme est d’utiliser le transhumanisme pour supprimer les grands maux de ce monde, tels que les maladies incurables, les maladies infectieuses comme le SIDA, le problème de la pauvreté et de la famine, ou encore résoudre les questions environnementales. Notamment, on peut noter que l’un des fondateurs de cette doctrine, James Hugues, est également directeur de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies.

     D’autres nuances peuvent être apportées : certains transhumanistes, comme Nick Bostrom, s’intéressent d’abord aux risques des évolutions technologiques, des représentants du mouvement travaillent presque exclusivement sur la question de la longévité (Aubrey de Grey) alors que d’autres envisagent le très long terme et les questions liées à l’intelligence artificielle (Ben Goertzel).

 

10 Le transhumanisme se résume à l’avènement de 4 choses :

 

  • L’immortalité
  • L’homme-machine, ou cyborg
  • L’intelligence artificielle
  • La modification du génome

 

     Si nous avons déjà débattus de la question de l’immortalité et de l’homme-machine, les enjeux et les défis du transhumanisme sont bien plus complexes et variés que cela. Si l’un des principaux objectifs est d’améliorer notre niveau de vie et notre niveau de bonheur, alors la pensée transhumaniste nécessite de repenser le travail, l’argent et la redistribution des richesses, ainsi que l’automatisation. Il s’agit d’imaginer la société de demain, complexe équilibre entre l’utilisation de l’IA et la ré-appropriation de la société par les citoyens, par une conscience collective forte. Il s’agit également de s’atteler à la résolution des grands problèmes des pays sous-développés, tels que la famine, la pauvreté et les maladies infectieuses. On peut également souhaiter à plus long terme la fin des guerres et la réduction de la violence dans le monde, la conquête spatiale et la colonisation de Mars, ou encore l’avènement des villes de demains, avec la généralisation par exemple des énergies vertes et des transports autonomes.

 

En savoir + :

[3] Guilhem Velve Casquillas, citation disponible sur cette vidéo

[4] Source de la citation, La dépêche. L’interdiction a été levée en juillet 2013 et remplacée par un régime d’autorisation très restrictif. Voir par exemple : “Validation de la loi autorisant la recherche sur l’embryon humain et les cellules souches embryonnaires”,  Combats pour les droits de l’homme, 27 août 2013.

[5] Marilynn Marchione, AP, “US scientists try 1st gene editing in the body”, 15/11/2017 ; Mégane Fleury, “Première mondiale : le mecano des gènes directement dans le corps du malade”, 24/11/2017.


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