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La mort de la mort. Lettre de mars 2015. Numéro 72.

Lorsqu'on aborde la lutte contre les maladies liées au vieillissement, beaucoup pensent qu'il s'agit de vieillir plus longtemps, et disent qu'ils ne souhaitent pas dépérir ou se dégrader davantage. D'où vient cette conception très souvent entendue et pourtant incorrecte ?

Publié le 1 avril 2015, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Aujourd’hui, la vie commence à 70 ans. Trente années ont été ajoutées à notre espérance de vie en une génération. (…) Les investissements dans la recherche, la science et l’innovation que nous faisons maintenant, définiront le type de soins et les possibilités que nous nous-mêmes et les générations futures peuvent se permettre.


C’est pourquoi l’Union européenne a investi plus de 526 millions d’euros dans les recherches de santé relatives au vieillissement.
Carlos Moedas, Commissaire européen en charge de la Recherche, de la Science et de l’Innovation. 9 Mars 2015.


Thème du mois: Longévité, fragilité et mythe de Tithon


 

Lorsqu’ils abordent la lutte contre les maladies liées au vieillissement, les scientifiques décriront des recherches permettant une longévité accrue, une vie plus longue en bonne santé ou des processus de  réjuvénation.

Intuitivement, un citoyen non impliqué dans le domaine médical parlera plutôt de vieillir plus longtemps ou affirmera qu’il ne tient pas spécialement à vouloir dépérir ou se dégrader plus longtemps.

Ces descriptions expriment bien la profonde croyance de nombreuses personnes que vivre plus longtemps comprend nécessairement un processus peu agréable, souvent envisagé comme à peine meilleur voire pire que le vieillissement dit « naturel ».

La mention de la dissociation entre longévité et santé est illustrée dès la mythologie grecque. Eos, déesse de l’Aurore, demande à Zeus de donner à Tithon, prince troyen d’une grande beauté l’immortalité. Mais Zeus omet de lui donner l’éternelle jeunesse. Tithon se dégrade donc alors inexorablement.

D’où vient cette conception très souvent entendue et pourtant incorrecte?

Le premier déterminant actuel de la fragilité pour les femmes et les hommes est l’écoulement du temps donc l’âge. Rien ne permet encore de renverser le processus de dégénération, nous ne pouvons que le ralentir. Il peut être logique de s’imaginer qu’une vie plus longue correspondra à une dégradation plus avancée.

Etant donné que les processus de dégénération sont aujourd’hui inévitables, nous avons tendance à considérer qu’une personne qui apparemment vieillit peu, se dégrade quand même, mais de manière moins visible. De plus, souvent un aspect de croyance morale est présent. Il est « équitable » que ceux qui vivent plus longtemps souffrent aussi et il est « mal » de vouloir échapper à la mort. Ce serait faire de la démesure, de « l’hybris ». Ceci est donc « puni par la nature », par une poursuite de la décrépitude.

Notre vocabulaire n’envisage pas une avancée en âge d’êtres vivants sans dégradation. Vieillir, dans le langage commun, c’est s’endommager. Lorsque nous disons que quelqu’un ou quelque chose prend de l’âge, à de très rares exceptions près, nous pensons à des mécanismes de détérioration. Seul le mot « immortalité » a partiellement le sens envisagé de longévité sans dégradation. Cependant, le terme vise aussi le concept d’indestructibilité et il a de nombreuses implications religieuses et philosophiques. Il s’éloigne donc des aspects médicaux.

L’herbe est toujours plus verte dans le champ du voisin. Elle tend aussi à toujours être plus verte dans nos souvenirs que dans notre réalité quotidienne. Ainsi, nous garderons de notre grand-mère aujourd’hui décédée un souvenir idéalisé. De plus, souvent nos parents et nos grands-parents tenaient à donner autant que possible d’eux-mêmes une image « fraiche et joyeuse ».

Enfin, beaucoup estiment que des traitements médicaux nouveaux amènent à ce que des personnes âgées soient gardées en vie grâce à des méthodes trop techniques et artificielles qui sont responsables d’une moindre qualité de vie.

Mais vivre plus longtemps en bonne santé, c’est réellement gagner des années de vie de qualité.

Les études sur la durée de vie sont plus précises que celles sur la durée de vie en bonne santé. La presse relève souvent des évolutions à la baisse des indicateurs de vie en bonne santé, mais ne se fait que rarement l’écho des périodes de progression. Cependant, il apparait tout de même des statistiques que, globalement, la majorité des années de vie supplémentaires gagnées sont des années en bonne santé.

Pour certaines affections, l’état de santé va même s’améliorant par rapport à autrefois, sans que cela ait une grande influence sur la durée de vie. Dans ces cas, c’est donc plus de la qualité de vie qui est obtenue que de la quantité. Ainsi, il y a beaucoup moins de personnes se servant d’une canne ou atteintes de rhumatismes et de sciatique qu’auparavant, ce qui permet des années de mobilité accrue.

Les progrès technologiques, mais aussi sociaux, sanitaires et de gestion de la santé permettent des avancées considérables en matière de sécurité et de sentiment de sécurité. Les législations relatives à l’accompagnement des personnes âgées et les connaissances à ce sujet s’étendent. Le développement, complémentaire aux rapports humains, des applications mobiles et de la robotique est en train de permettre très rapidement un accompagnement automatisé de plus en plus performant et rassurant. Ces mécanismes de surveillance plus perfectionnés peuvent aussi être moins invasifs. Les personnes concernées (ou leurs familles) peuvent déterminer plus de paramètres (par exemple les périodes avec ou sans surveillance) et se sentir plus libres.

Pour aller plus loin

Il est cependant un domaine où, malgré des recherches non négligeables, la vie devient plus longue avec des gains de bien-être réduits, c’est celui des maladies neuro-dégénératives, particulièrement la maladie d’Alzheimer. Il faut faire remarquer que la majorité des victimes de ces maladies seront, presque jusqu’à leur mort, trop pauvres pour pouvoir recevoir une aide médicale, matérielle ou psychologique autre que familiale. Pour gagner des années de vie en meilleure santé partout dans le monde, des recherches fondamentales et appliquées plus intenses et plus nombreuses sont nécessaires. Il y va de la qualité de vie de millions de femmes et d’hommes âgés victimes de ces terribles affections.

Plus largement, la vieillesse, c’est, au sein de notre corps, un déséquilibre progressivement croissant entre mécanismes de réjuvénation et processus de dégénération. Les produits nouveaux, les thérapies géniques, les recherches en matière de mécanismes de réjuvénation, les nanotechnologies et d’autres champs médicaux que nous ne faisons encore qu’effleurer en 2015 nous permettent d’envisager de réduire ce déséquilibre, voire un jour de le renverser. Dans tous ces domaines, il s’agit beaucoup plus d’ajouter des années de vie en bonne santé que de prolonger une existence dégradée.


La nouvelle du mois : Google Ventures investit des centaines de millions de dollars en recherches pour la longévité


Bill Maris, dirigeant de Google Ventures a annoncé que sa société investirait 425 millions de dollars en 2015 pour financer des recherches de sociétés voulant ralentir ou renverser le vieillissement et donc augmenter l’espérance de vie.

Cette initiative s’ajoute aux autres projets de Google liés aux recherches en matière de longévité à savoir:

– Google Calico, entreprise de recherche concernant le vieillissement qui a notamment engagé la célèbre chercheuse Cynthia Kenyon;
– Google Genomics, plate-forme informatique de stockage, partage et traitement de séquençage ADN;
– Baseline study, projet de séquençage de l’ADN de centaines de personnes pour déterminer ce qu’est le génome d’un être humain en bonne santé.


Pour en savoir plus:

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Vice-président de l’AFT-Technoprog

Je me définis comme un activiste du social essayant de promouvoir l’égalité et la solidarité à tous les niveaux notamment grâce aux progrès technologiques utiles qui nous permettent de vivre mieux, plus longtemps et d’échanger de plus en plus de connaissances.

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