De l’invisibilité du changement

Le mind uploading, ou bio-exode, sera-t-il l'exode rural du XXIème siècle ?

Publié le 12 janvier 2019, par

Il semblerait que nous ne soyons pas conscients du changement, en général ; la raison en est peut-être que la plupart des changements sont graduels. Nous ne remarquons pas que nos amis ou nous-mêmes prenons de l’âge, par exemple. Ce n’est qu’en regardant, de temps en temps, de vieilles photos que nous remarquons ces changements.

Cela est sans doute la même chose pour la société et la technologie. Dans les années 1990, je me souviens d’un ami de la famille qui prédisait que l’on achèterait de tout en ligne. Personne n’y croyait. Je me souviens également que, collégien, je ne me vantais pas du tout d’avoir un site internet, tellement c’était mal vu. A l’époque, je n’aurais jamais cru qu’un outil comme Facebook serait aussi populaire. En gros, surfer en ligne était vu comme un acte profondément asocial.

Bien avant cela, au milieu du XIXème siècle, la plupart des gens ne voulaient pas vivre en ville. Il a fallu toute une accumulation de raisons pour que les paysans abandonnent leurs campagnes et leurs montagnes natales. Pourtant, en un siècle à peine, de 7%, la moitié de la population française est devenue urbaine. Aujourd’hui, les citadins représentent plus de 80%.

Il se pourrait que le téléchargement de l’esprit (mind uploading) suive le même chemin. Aujourd’hui, il est légèrement anxiogène de s’imaginer vivre sans corps biologique dans une collection de cyber univers. Le téléchargement de l’esprit consisterait en effet à scanner son connectome (son cerveau, en gros) pour en faire une émulation, selon toute vraisemblance douée de conscience, dans un univers virtuel.

Personne ne veut de ça. C’est malsain !

Mais l’appel vers le virtuel au XXIème siècle pourrait être tout aussi fort que celui vers la ville au XXème siècle, ou que celui vers les champs au Néolithique. Y céderaient d’abord quelques pionniers isolés, pour des conditions spartiates et sans confort ; puis de plus en plus de monde, jusqu’à un point de basculement où, comme pour les réseaux sociaux, tout le monde devra en être.

D’une certaine façon, le futur est rarement désirable quand il est vu par la lorgnette du présent : trop de changement d’un coup ! Mais cela ne veut pas dire qu’il ne sera pas désirable pour nos “futurs nous-mêmes”. Travaillons donc à multiplier nos choix.


Illustration de tête : association « Stop ! Exode Rural Cameroun ». Vidéo extraite du film La Machine à Explorer le Temps (2002).

PS : La narration de cette vidéo a été réalisée par un robot.

Parisien, né l'année où Madonna sortait son premier disque. A adhéré à l'AFT en 2013. « Dans toutes les espèces animales et chez l’homme, la récompense ne s’obtient que par l’action. Le bonheur ne vous tombe qu’exceptionnellement tout préparé dans les bras. Il faut aller à sa rencontre, il faut être motivé à le découvrir, à tel point qu’il perd de son acuité s’il vous est donné sans être désiré. La pulsion primitive est indispensable, celle de la recherche du plaisir, de l’équilibre biologique » (Henri Laborit) Je me suis toujours intéressé aux questions scientifiques insolubles comme celle du temps, de la conscience ou de l’origine de l’univers. Certains professeurs d’architecture et d’urbanisme m’ont orienté vers la prospective et donné le goût de l’anticipation. Puisqu’un bâtiment, et a fortiori une ville, vont durer plusieurs siècles, peut-on raisonnablement tenter de deviner l’évolution de la société à très long terme ? Puis j’ai découvert que le mouvement technoprogressiste englobait plusieurs thèmes qui m’étaient chers : anti-âgisme, droit à la différence, transidentité…