Extension du manifeste : pour l’égalité de toutes les consciences suivi d’une compilation de divers textes transhumanistes (Augustin Frey-Trapp)
Note de lecture par Patricia Ithier
Publié le 4 avril 2026, par dans « Général »

La conscience peut être définie comme la capacité à percevoir des stimuli, ressentir des affects, et créer une représentation de soi-même et de son environnement.
Augustin Frey-Trapp considère que les êtres humains n’ont pas l’apanage de la conscience : des programmes d’intelligence artificielle, voire des entités extra-terrestres peuvent être considérées comme sujets porteurs de conscience, ou susceptibles de le devenir dans un avenir proche. L’univers entier aurait dans sa constitution même la tendance à créer de la conscience, afin de “se penser lui-même”. Les différentes formes de conscience seraient chacune une manifestation différente de cet effort universel.
L’auteur rappelle la tendance humaine au rejet et à l’asservissement de ce qui lui semble étranger ( allusion aux guerres et colonisations qui jalonnent notre histoire). Il préconise de ne pas retomber dans ces travers et souhaite une ouverture bienveillante à toutes les consciences alternatives à la nôtre. Ceci dans l’objectif de créer un monde où tous cohabiteraient harmonieusement et en complémentarité pour l’intérêt commun.
L’humain possède la forme de conscience la plus aboutie connue à ce jour. C’est donc à lui que revient la responsabilité d’agir comme médiateur et unificateur de l’ensemble des consciences, humaines ou non humaines. En particulier, l’humain a un devoir “éducatif” vis-à-vis des consciences numériques qu’il a lui-même générées (intelligences artificielles).
Augustin Frey-Trapp esquisse quelques fondements d’une organisation politique transversale qui encadrerait la cohabitation des consciences dans leur diversité. Ce faisant, il pointe quelques risques associés à cet ordre des choses potentiel.
- Il imagine une gouvernance universelle des consciences, non hiérarchisée, basée sur le droit de chacun à l’existence, et le dialogue constructif autour des différentes visions.
- Il insiste sur le droit à la reconnaissance des IA comme cas particulier de consciences individuelles, qui doivent être respectées en tant que telles. Mais cela s’accompagne de devoirs de l’IA vis-à-vis de l’humanité : respect et soutien, non-discrimination, devoir de rester compréhensibles par les humains, responsabilité écologique, etc…
- Il soutient également dans ce cadre la possibilité d’un droit régulé à l’union maritale humain/IA.
- Il évoque la possibilité d’un droit de vote pour les IA, ce qui pose selon lui quelques difficultés. Par exemple, comment définir un “individu IA”, s’agissant d’une entité multi-distribuée sur des supports différents ? Comment s’assurer de pondérer le poids décisionnel des IA si celles-ci surpassent largement en nombre les êtres humains ?
Commentaires
Les idées avancées s’intègrent bien avec la pensée transhumaniste, même si on peut souligner certaines limites :
- L’auteur semble ignorer toutes les recherches sur la conscience animale. Que la conscience n’est pas l’apanage de l’humain n’est plus un point de vue mais une hypothèse scientifique bien argumentée depuis des années (voir la “Déclaration de Cambridge sur la conscience”).
- L’affirmation selon laquelle l’univers tend à se penser lui-même relève du biais de téléologie. Rien ne nous permet de vérifier ou d’infirmer que l’orientation universelle dépend d’une intention délibérée. Elle peut tout aussi bien relever du hasard ou émerger du chaos. Cette affirmation relève donc d’une pensée métaphysique.
- L’angélisme de la bienveillance a priori ne représente-t-il pas un danger existentiel ?
Ce que l’on peut retenir : Nous avons affaire à une œuvre de jeunesse, touchante et belle, qui pose de bonnes questions.