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Faudra-t-il aussi simuler les relations cerveau/intestins ?

Dans l'actualité scientifique du mois d'août, je retiens une série d'articles revenant sur cette découverte étonnante : une voie de communication bidirectionnelle existerait entre le cerveau et … nos intestins. Quelles conséquences pour ceux qui veulent modéliser voire simuler l'activité cérébrale ?

Publié le 1 septembre 2013, par | Suivez-nous : facebook  

Dans l’actualité H+ de ce mois d’août, je retiens notamment un article de The Verge découvert à travers Le Monde.

Le Monde :

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/08/22/psychosoma-guerir-des-maladies-mentales-en-soignant-lintestin-ce-deuxieme-cerveau/

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/03/23/flore-intestinale-le-cerveau-sous-influence_1674270_1650684.html

Article de The Verge :

http://www.theverge.com/2013/8/21/4595712/gut-feelings-the-future-of-psychiatry-may-be-inside-your-stomach

Voici, je pense, qui intéresse au plus haut point tout ceux qui réfléchissent à l’hypothèse d’une Intelligence Artificielle forte, voire à celle du téléchargement de la pensée.

En effet, les articles du Monde ici cités reprennent diverses informations – notamment celles de l’article de The Verge, qui mettent en avant les surprenantes relations existant entre notre cerveau et … nos intestins.

Non seulement les milliers de milliards de bactéries qui le colonisent et avec lesquelles nous vivons en symbiose joueraient un rôle non négligeable dans la production, entre autre, de neurotransmetteurs essentiels, mais encore il existerait un canal d’échange bidirectionnel cerveau-intestin, l’un influençant l’autre.

Quel rapport avec l’AGI ou le mind uploading me demanderez-vous.

Et bien, c’est que ces deux champs de recherche utilisent à ce jour des tentatives de modélisation de notre propre fonctionnement cérébral. Seulement, dans ces modélisations, celle de l’européen Human Brain Project ou celles de l’américain BRAIN, il me semble que ce ne sont principalement que les neurones du cerveau qui soient pris en compte dans le modélisation.

Déjà, je trouve qu’il y a de quoi s’inquiéter du fait que les cellules gliales – dix fois plus nombreuses que les neurones – soient pour l’essentiel laissées de côté (au moins à l’origine du projet HBP), mais que vaudra la simulation si elle néglige des entrées aussi importantes ? Je reste impressionné à cette heure par cette citation du scientifique britannique concerné : « “The gut is really your second brain,” Greenblatt said. “There are more neurons in the GI tract than anywhere else except the brain.” »

De manière plus large, cela me renvoie aux conclusions que j’ai trouvé chez les neuroscientifiques (Damasio, Changeux, Edelman) selon lesquels la pensée consciente émerge d’un jeu de représentations rétroactives par le cerveau des informations provenant du corps : les émotions.

Selon ces conceptions, sans une simulation suffisamment fidèle des interrelations corps/cerveau, nous ne verrons pas surgir de la silicone l’équivalent des émotions, encore moins de pensée autonome, encore moins quelque chose que nous puissions assimiler à une conscience.

Il faudra donc que les progrès de la puissance de calcul et de simulation de nos machines tiennent toutes leurs promesses mais que nos scientifiques améliorent aussi considérablement leur travail de modélisation avant de voir émerger quoi que ce soit.

Still working …

Marc


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Commentaires

  1. Transquoi dit :

    Cela est souvent évoqué mais ne semble pas fondamental pour l’exercice de la pensée. De facto, les êtres vivants qui extraient l’énergie de ce qu’ils ingèrent ont tout intérêt à développer une mémoire/reconnaissance des aliments. Cela permet de déclencher des réactions d’adaptation du reste du corps pour faciliter cette extraction. D’ailleurs quand on vient d’avaler quelque chose d’avarié, on s’en rend compte très vite 🙂

    Quant aux cellules gliales, elles ne seraient tout au plus que des « facilitatrices » de la transmission synaptique (au delà de leur rôle premier de support vital des cellules nerveuses). Elles devront probablement être prises en compte dans une simulation, mais d’après ce que j’ai pu deviner des échanges entre David Dalrymple (Nemaload) et Randal Koene (carboncopies.org), elles ne feraient partie que de l' »ambiance chimique » qu’il faudra de toutes façons modéliser. Une expérience récente montrait notamment que des cellules gliales humaines injectées dans des cerveaux de souris amélioraient la mémoire desdites souris (une différence quantitative seulement, donc).

    Un sujet qui m’a intéressé ce week-end par contre, c’est cela :
    http://www.futura-sciences.com/magazines/matiere/infos/actu/d/physique-coherence-quantique-temperature-ambiante-biologie-22503/

    A contrebalancer avec un article de Max Tegmark prouvant que la décohérence quantique empêchait l’influence de la mécanique du même nom sur les opérations cérébrales.
    Comme je n’y connais rien en MQ, difficile de dire…

  2. introspection dit :

    Bravo Marc, j’ai très apprecié ton analyse. Je partageais déjà mon doute sur l’absence des cellules gliales dans les modèles présentés comme les plus aboutis, surtout quand le nombre d’études attestant de leur rôles actifs se multiplient.
    Le point sur le système digestif est très pertinent et renvoie bien au cérébro-centrisme de la communauté IA. Comme dit Damasio, il y a plus que le cortex dans le cerveau (bon nombre de structure sous-corticales comme le thalamus sont clef dans le phénomène conscient) et le corps fournis en permanence une quantité phénoménale de traitement d’information qui sont ensuite réutilisées par le système nerveux. On peut notamment parler des synergies musculaires qui participent aux mouvements sans controle centralisé.

    En ce sens, le propos est effectivement que si l’on veut un jour pretendre à de l’uploading, il ne faut pas rester dans l’idéal de la théorie de l’information à la Shannon et aux idées de l’IA des années 50 pourtant encore tenant la tête des sciences cognitives (le cognitivisme est exactement ce projet qui à present se heurte au mur de la complexité).

  3. Paul75 dit :

    Dans les relations cerveau-intestin, il y a aussi le biofeedback gastro-intestinal EGEG ou électrogastro-entérographique: Estomac, Intestin.

    On mesure l’activité (micro) électrique des organes pour les réguler.
    http://en.wikipedia.org/wiki/Electrogastrogram

    Il y a des applications peut mesurer l’activité du stress (somatisation) sur ces organes.


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