La mort de la mort. Lettre de février 2014. Numéro 59

Depuis plusieurs années, Didier Coeurnelle, vice-président de Technoprog mais aussi co-fondateur de l'organisation internationale HEALES, publie une lettre mensuelle intitulée "La mort de la mort". Voici le #59 dédié à la notion de "placebo".

Publié le 30 mars 2014, par

<<Il faut rester vigilant, mais il ne faut pas être inquiet. Je me mets à la place d’Homo Erectus, moi. Je connais bien ces gens-là. Quand Homo erectus a maitrisé le feu, toute la société a dit: Oh là là, oh là là. Il faut des comités éthiques pour surveiller ça. Et ce n’était pas faux. C’est pareil aujourd’hui.>>

Yves Coppens, paléontologue français, à propos des améliorations possibles de l’être humain.

 

Thème du mois: Placebos, nocebos et luttes contre le vieillissement

 

L’effet placebo en médecine, c’est une amélioration de l’état d’une personne qui pense recevoir un traitement médical, alors que cette personne ne reçoit aucun produit ou traitement spécifique.

 

Le plus souvent l’effet placebo est produit suite à l’ingestion d’un produit que le patient pense être un médicament mais qui est en fait un produit sans effet médical (une pilule de glucose, par exemple). Mais il peut faire suite à bien d’autres traitements. Par exemple, si un patient pense qu’un appareil dans sa chambre diffuse des sons apaisants durant son sommeil, il pourra avoir un sommeil plus réparateur.

 

L’effet nocebo est le même phénomène mais dans un sens défavorable. C’est une détérioration de l’état d’une personne qui pense subir un traitement qui lui est défavorable, alors que cette personne ne reçoit aucun produit ou traitement spécifique. Tout comme l’effet placebo, l’effet nocebo se produira souvent suite à l’ingestion de substances inactives, mais perçues comme nocives. Cet effet peut aussi se produire, par exemple, lorsqu’une personne est convaincue de la présence

Nouvelle d’ondes nocives, même en l’absence de nouvelles sources de radiations.

 

Le mot placebo en latin signifie « je plairai » et le mot « nocebo » signifie « je nuirai ».

Il est fondamental de savoir que ces effets ne sont pas des effets fictifs.

Dans le langage courant, beaucoup parleront « d’effet placebo » pour s’opposer à des mesures avec le sous-entendu que cet effet n’est pas véritable. En réalité, l’effet placebo et l’effet nocebo ont des conséquences tangibles et mesurables mais ces effets ont une autre origine que ce que pense le patient.

Selon la majorité de la communauté scientifique, les effets placebo sont la cause principale de l’efficacité des traitements homéopathiques.

 

Le corps humain fonctionne selon des mécanismes d’interactions innombrables, conscients, partiellement conscients et inconscients. La perception consciente d’un changement (avaler une pilule par exemple) déclenche des processus physiologiques. Ces processus vont ensuite mener à une perception globale différente, laquelle va à son tour influencer notre corps et ainsi de suite. Les modifications induites les plus fortes sont des modifications de perception sensorielle (moins de douleur ressentie) mais tous les mécanismes du corps peuvent être modifiés pour une durée de temps importante, ce qui peut finalement influencer notamment sur la durée de vie.

 

L’effet placebo est une des raisons pour lesquelles, depuis des siècles et même des millénaires, ceux qui consomment des produits censés améliorer et prolonger la vie, se sentent mieux, même si, le plus souvent, leur durée de vie totale ne sera pas plus longue.

 

L’effet placebo, abondamment étudié, et l’effet nocebo restent quand même parmi les mécanismes les plus fascinants et mystérieux qui gouvernent notre physiologie. Comment le corps peut-il changer de manière importante suite à une « croyance » ? Nous ne le comprenons pas encore entièrement mais c’est en tout cas la preuve que des mécanismes venus du système nerveux influent sur notre physiologie, de manière importante, sans que nous en soyons conscients.

 

Enfin, la compréhension de l’effet placebo amène des questions éthiques.

Sachant que l’état de santé d’un patient s’améliorera s’il croit qu’il prend un produit efficace, n’est-il pas souhaitable de faire croire au patient qu’il reçoit un produit supposé efficace ?

Pour complexifier encore un peu, il faut noter qu’un effet peut parfois être mesuré, même lorsque le patient sait qu’il prend un placebo!

 

Placebo, nocebo et recherche

 

Les effets placebo et nocebo lorsqu’ils sont mesurés rigoureusement démontrent l’importance fondamentale de la perception dans les mécanismes de santé, tant pour les conséquences positives que négatives.

 

L’effet placebo observé chez l’homme ne se transpose pas en tant que tel pour les animaux puisqu’un animal ne sait pas ce qu’est un médicament. Il existe néanmoins

Des phénomènes très proches. Ainsi, un animal qui reçoit une pilule sans principe actif percevra que l’on s’occupe de lui, ce qui pourra améliorer son état de santé par rapport à un animal laissé sans soin. Autrement dit, dans ce cas, l’effet naîtra du contact humain différent occasionné selon que celui qui donne un produit pense qu’il aide l’animal ou non.

 

Pour la recherche en général et pour la recherche médicale en particulier, la prise en compte de ces mécanismes a obligé les chercheurs à mettre sur pied des protocoles de recherche stricts par lesquels les personnes (ou les animaux) expérimentant des produits et méthodes nouvelles sont divisés en deux groupes: le groupe recevant un produit présumé actif et un groupe recevant un produit inactif. De plus, pour éviter toute influence inconsciente de la part des expérimentateurs, il est nécessaire que même ceux qui donnent les produits ignorent s’ils donnent un produit actif ou inactif. C’est ce que l’on appelle les études en double aveugle.

 

Pour tester l’efficacité d’un produit, il faut donc au moins :

 

– Deux groupes similaires de personnes (ou d’animaux)

– Deux produits de présentation similaire: un actif et un placebo

– Des personnes qui « anonymiseront » les produits

– D’autres personnes qui donneront les produits

 

Ces opérations sont complexes. Il faut notamment veiller à avoir des groupes de taille suffisante et de composition très proches. Il faut aussi que le véritable produit et le produit inactif se ressemblent vraiment. Par exemple, il a été démontré qu’une pilule placebo pouvait avoir un effet différent selon sa couleur! Le goût de la capsule peut également avoir un impact.

 

L’inconvénient de ce type d’études est qu’il nécessite plus de sujets d’expérience. Il est cependant possible de limiter le surcoût en effectuant des opérations de tests portant sur plusieurs produits simultanément (par exemple en testant quatre médicaments nouveaux et un placebo).

 

L’avantage de la compréhension du phénomène est qu’il exige des scientifiques une attitude plus rigoureuse et donne des résultats beaucoup plus probants qu’auparavant. Cependant, même une étude en double aveugle devra être vérifiée par une autre étude, faite par une autre équipe, notamment pour écarter le risque de fraude ou d’erreur.

 

Aujourd’hui, de par le monde, des produits et traitements sont testés sur des animaux, dans le but de mesurer la longévité. Ces études portent le plus souvent sur des souris. De trop nombreuses opérations sont malheureusement encore effectuées sans la garantie du double aveugle ou parfois avec un placebo qui n’est pas suffisamment ressemblant au produit actif. Les progrès de la connaissance et des recherches dans ces domaines permettent d’envisager des tests de plus en plus fiables et donc de plus en plus fructueux. En ce qui concerne les traitements expérimentaux sur des personnes, un des avantages éthiques des tests groupés de plusieurs produits et d’un placebo est qu’un patient qui sait qu’il reçoit probablement un médicament, a des fortes chances de se sentir mieux de toute façon de par l’effet placebo.

 

Bonne nouvelle du mois: Un ancien premier-ministre belge s’enthousiasme pour une vie beaucoup plus longue en bonne santé.

 

Mark Eyskens, ancien premier-ministre social-chrétien néerlandophone a lu le livre « La mort de la mort » du docteur Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et dirigeant de la société DNAvision. Selon le journal L’avenir, il a déclaré « On dirait de la science-fiction, et pourtant le transhumanisme est en train d’émerger ».

Marc Eyskens rejoint le groupe encore petit, mais en croissance, des responsables politiques et sociaux qui comprennent l’importance des recherches et des réflexions pour les progrès de la longévité, en faveur d’une vie en bonne santé beaucoup plus longue.

 

Pour en savoir plus

 

Didier Coeurnelle