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La révolution Social-Futuriste & Zero State

Un texte écrit en anglais par Amon Twyman, transhumaniste britannique à l'origine du premier parti politique transhumaniste européen (TPEU), et traduit en français par Audrey Arendt.

Publié le 21 janvier 2016, par | Suivez-nous : facebook  

NB : Le texte qui suit est bien particulier. Il s’agit du premier d’une série de textes écrits en anglais par Amon Twyman, transhumaniste britannique bien connu, successivement fondateur des initiatives « Zero State », « WAVE », « Social-Futurism » et à l’origine du premier parti politique transhumaniste européen (TPEU). Leur orientation est donc clairement politique (notamment des considérations de politique économique). Ils datent de 2014, ont été publiés en anglais, entre autre sur le site de l’IEET, et sont des éléments précurseurs du lancement du Transhumanist Party en Grande-Bretagne et de la candidature d’Alexander Karan (premier candidat à des élections législatives en tant que transhumaniste).

Merci infiniment à Audrey Arendt pour la traduction

 

Par Dr. Amon Twyman de Institute for Social Futurism

« Il est temps d’en finir avec cette notion douteuse qui nous présente comme nécessité le fait de devoir gagner notre vie. Aujourd’hui déjà, une personne sur dix mille peut faire une découverte technologique qui permettrait de soutenir le reste de l’humanité. Notre jeunesse actuelle a tout à fait raison lorsqu’elle dénonce l’absurdité patente qu’il y a dans le fait de devoir gagner sa vie. Nous n’avons de cesse d’inventer des emplois, d’après cette idée fallacieuse selon laquelle nous devons tous être employés à quelque fastidieux labeur, car si l’on en croit la théorie darwiniste-malthusienne, chacun doit justifier son droit à l’existence. Ainsi, nous avons des inspecteurs pour inspecteurs, et des gens qui créent des instruments pour que ces inspecteurs puissent inspecter les inspecteurs. La véritable entreprise des gens devrait être de retourner à l’école et de réfléchir sur tout ce sur quoi ils étaient en train de mener réflexion, avant que quelqu’un n’arrive et ne leur dise qu’ils devaient aller gagner leur vie. »

R. Buckminster Fuller

 

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Nous assistons, depuis quelque temps, à un accroissement de l’intérêt public concernant les problèmes de l’automation du travail, du chômage technologique et du Revenu de Base Universel et Inconditionnel. Certains observateurs sont restés perplexes devant la division nette et viscérale de l’opinion publique, tandis que d’autres ont perçu ces phénomènes comme quelque chose d’intrinsèquement bénéfique ou dangereux.

 

Mon point de vue là-dessus est que lorsque les gens perçoivent le chômage technologique comme fondamentalement bon ou mauvais, le parti qu’ils prennent dépend du fait qu’ils se focalisent soit sur les possibilités du futur, soit sur la problématique du présent. La plupart des emplois n’ont de valeur qu’en ce qu’ils permettent de gagner de l’argent pour vivre. Mais si nos besoins pouvaient être satisfaits sans avoir recours à ces emplois, alors ce serait une bonne chose d’avoir le choix de ne pas travailler pour de l’argent. Par là même et dans un monde idéal, le chômage technologique serait une bonne chose. Le problème apparaît lorsque le chômage technologique s’installe dans un contexte capitaliste. C’est-à-dire, dans un monde tel que le nôtre et dans lequel, sans emploi, on en viendra jusqu’à ne plus pouvoir payer ses soins médicaux, à perdre sa maison et même jusqu’à souffrir de la faim.

 

Nous vivons une époque intéressante et dans laquelle notre société, qui n’a pas encore fini d’explorer les conséquences du capitalisme, lancé dans sa trajectoire de plusieurs siècles, est en même temps grosse d’un nouveau paradigme civilisationnel. Nous ne savons pas de quoi exactement sera fait ce paradigme, mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer que son émergence sera saluée d’une avalanche de technologies de rupture, qui rendront entièrement obsolètes les notions de commerce et de gestion issues du XIXe siècle. Ce peut donc être une très bonne ou une très mauvaise chose, mais c’est avant tout un problème qu’il devient urgent de résoudre.

 

  1. Le capitalisme est une machine sans interrupteur.

Eh bien, le capitalisme est un gros problème, parce qu’avec le capitalisme, vous allez simplement continuer d’acheter et de vendre des trucs jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à acheter ni vendre, ce qui signifie engloutir la planète.

– Alice Walker

 

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Le capitalisme peut se concevoir comme une machine ou un processus. Selon moi, il s’agit d’une machine – une sorte de moteur – qui a beaucoup apporté à la société. Il a rendu possible un futur de hautes technologies. Malheureusement, le fonctionnement de ce moteur a aussi entraîné de malencontreux effets secondaires. La procédure à suivre serait ici d’optimiser le processus, de maximiser l’efficacité du moteur et de minimiser ses effets sociaux négatifs (sans oublier de faire en sorte que le rôle du moteur ne se confonde pas avec celui de l’équipage). Mais il apparaît que si le capitalisme est une machine, il est une machine qui n’a ni interrupteur, ni bouton de pause. C’est un processus qui s’est emballé.

 

Autrement dit, le capitalisme n’a pas de mécanisme d’inversion lorsque ses effets deviennent problématiques. Par exemple, maintenant que l’automation permet aux gens de consacrer leur temps et leur énergie à d’autres choses que des tâches insensées (certes les emplois sont supprimés qu’on le veuille ou non), le capitalisme ne va pas tout d’un coup offrir une voie de sortie possible. « En sortir » n’est pas ici une ligne de conduite viable. Ceux qui sortent du capitalisme se retirent, en même temps,  la possibilité de s’acquitter du coût de la vie dans la société moderne.

 

En ce sens, le vieux système semble ne pas être capable de céder gracieusement le passage à de nouvelles manières de faire les choses, lorsque les gens le veulent. L’ancien système étouffera le nouveau au berceau, avant même qu’il n’émerge.  Par conséquent, quiconque veut pouvoir mettre les nouvelles technologies au service de la création d’une société progressiste, doit aussi se préparer à forcer le vieux système et le contraindre à relâcher l’emprise qu’il a sur nos vies.

 

  1. L’alternative Social-Futuriste

Généralement, les premiers problèmes que l’on règle à l’aide du nouveau paradigme étaient ceux qui étaient insolubles dans l’ancien.

Joel A.Barker

 

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Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, un vaste espace s’est ouvert aux alternatives post-capitalistes, alternatives que les nouvelles technologies rendent possibles. Parmi ce champ des possibles, je plaide pour une catégorie singulière que j’appelle le Social-Futurisme. Pour le moment, Social-Futurisme fait simplement référence à une application intelligente et compassionnée des nouvelles technologies, pour l’amélioration individuelle et sociale, en mettant l’accent sur le volontarisme et la liberté personnelle. Ainsi, pour l’instant, si le Social-Futurisme peut être considéré comme un synonyme de Technoprogressisme, personne ne sait encore si cela restera vrai lorsque les deux écoles de pensée évolueront.

 

WAVE est un mouvement Social-Futuriste, ses idées et ses préoccupations sont ouvertement compatibles avec le Technoprogressisme. Nous croyons en un changement social positif via la technologie, et nous nous plaçons fermement du côté du nouveau paradigme émergent. Mon opinion personnelle est qu’il y aura toujours une place pour le commerce responsable des marchandises émergentes, et qu’une compétition privée saine encourage l’innovation ; mais jusqu’ici, le Social-Futurisme laisse ces questions ouvertes. Le capitalisme, tel quel, se trouvera bientôt confronté à des challenges sans précédent. Si le capitalisme ne peut laisser le champ libre aux réformes souples et s’intégrer au nouveau paradigme, comme je le suspecte très fortement, alors le Social-Futurisme et les autres mouvements post-capitalistes seront forcés de prendre un tour révolutionnaire. De nous libérer en débranchant  par la force cette machine qui n’a jamais été dotée d’interrupteur.

 

  1. La révolution se fait en réseau

On ne change pas les choses en combattant ce qui existe déjà. Pour changer les choses,  il faut construire un nouveau modèle qui rendra l’ancien obsolète.

        – R. Buckminster Fuller

 

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Mais que doit-on entendre par « révolution » et « force » ? Bien évidemment nous pouvons toujours citer en exemple les violentes révolutions politiques, et l’on ne niera pas non plus que la rébellion publique soit de nouveau dans l’air du temps. Mais je crois personnellement que la révolution violente n’est ni désirable, ni quelque chose qui doit se laisser idéaliser. À la fois parce qu’elle se termine rarement bien, ou comme attendu, et aussi parce que les révolutions les plus profondes sont des révolutions intégrales qui mettent du temps à aboutir. Là-dessus, je ne fais pas tant référence aux révolutions politiques mineures qu’à un changement de paradigme majeur, tel que la révolution industrielle. Nous nous sommes actuellement confrontés à un virage techno-culturel de cette envergure, sinon plus large encore. Mais ce tournant est en même temps susceptible de souffler sur les braises de nombreux conflits sociaux, économiques et politiques, généralement corrélés aux révolutions violentes. Nous devons nous interroger sur la meilleure ligne de conduite à adopter, tout en envisageant de voir de tels évènements passer au premier plan.

 

Au moins deux de ces questions peuvent trouver réponse auprès de la communauté Zero State, issue du mouvement WAVE. L’idée ZS est de créer un État distribué virtuel, qui reconnaît un ensemble de principes éthiques et comprend les limites d’une juridiction gouvernementale. La première réponse est que l’engagement des Social-Futuristes dans des situations violentes doit être conduit par des principes, tels que l’impératif de n’agir ainsi qu’en cas d’auto-défense. La seconde réponse est de concentrer nos efforts sur la construction de nouvelles communautés, de nouvelles infrastructures et de nouveaux paradigmes, plutôt que d’essayer de réparer des systèmes cassés. En bref, nous avons besoin de construire des réseaux fondés sur des principes, et de les utiliser pour mettre les innovations les plus récentes aux services de nos idéaux les plus hauts, au bénéfice du plus grand nombre possible.
Si nous pouvons le faire, alors je crois que nous assisterons effectivement au déploiement d’une révolution. De nouveau modèles économiques et sociaux se développeront et émergeront de l’ancien, les nouveaux modèles entreront en compétition avec les anciens pour apporter la meilleure qualité de vie possible. Puisque les gens n’ont pas la liberté de choisir entre ces différentes alternatives, et tant que les vestiges de l’ancienne société cherchent à détruire sa postérité, nous devons être prêts à nous battre pour nos libertés. Si nous nous organisons suffisamment et travaillons sans relâche, nous aurons l’opportunité de contribuer à façonner le futur. Et avec un peu de chance, ce futur se réalisera paisiblement pour tous.


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