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L’Afrique à la traîne des technosciences ?

À quelles conditions l'Afrique pourra-t-elle participer à la révolution des NBIC et du transhumanisme ? Une réflexion en provenance du Togo

Publié le 6 décembre 2018, par | Suivez-nous : facebook  

Avertissement. Cette tribune a été écrite par Siba Tcha-Mouza, transhumaniste togolais et membre de l’association. Nous la publions sans autre intention que de diffuser un point de vue transhumaniste africain. Pour contacter Siba : sibmar2015 arobase gmail point com.

 

L’humanité a toujours été parcourue de vagues d’innovation socio-technique qui viennent changer la donne. Quelques cours d’histoire peuvent être rappelés sur la révolution industrielle qu’a connue l’Europe au début du 19ème siècle. Sans tergiverser sur les origines de l’industrialisation, qui n’est que la suite du processus anthropotechnique, il s’avère légitime de s’interroger sur le retard manifeste de l’Afrique, en la matière, sur le reste du monde.

 

Ce vieux processus de transhumanisation de l’homme, ou de l’humanisation technicienne de l’homme et de la société dans son ensemble, est resté extrêmement lacunaire sur le continent africain. Imputer la responsabilité à la traite négrière et à la colonisation revient à toujours tenir les conséquences pour les causes. Comme jadis, l’homme le plus augmenté par sa maîtrise de la technique a toujours dominé ses semblables et su réduire les contraintes naturelles dans la mesure du possible. C’est ainsi que les deux douloureux évènements qui constituent un passé sombre pour le continent africain peuvent être considérés comme les conséquences atroces d’une insuffisance de maîtrise de la technique de plus en plus perfectionnée. Celle-ci ouvre l’esprit à d’autres ambitions dont la conquête d’autres espaces vitaux.

Toutes les sociétés ou nations ont connu par le passé de lourdes épreuves, dont entre autres, les deux guerres mondiales, la guerre de Sécession aux Etats-Unis (1861 et 1865), la guerre civile chinoise (1927-1950), la traite négrière et la guerre civile russe (1917-1921). Cependant, ce passé douloureux n’a pas empêché les Etats-Unis, les pays européens, la Chine ou la Russie de se reconstruire et de se faire une place sur l’échiquier international.

Le recours perpétuel au passé pour y trouver des causes du sous-développement de l’Afrique exclusivement imputables aux autres serait un acte d’abandon face à ses responsabilités. Le progrès scientifique et technologique n’est plus un choix, mais une nécessité vitale dans un monde où il détermine considérablement la condition humaine et sociale des nations. Une expérience douloureuse, pour un esprit accompli, sert de source d’enseignements précieux afin de mieux préparer l’avenir. De la Société des Nations (SDN), en 1919, à l’Organisation des Nations Unies (ONU), en 1945, on voit dans ces initiatives internationales combien les leçons tirées des horreurs des conflits généralisés ont été nécessaires pour maintenir la paix, ou du moins pour éviter les nouveaux conflits mondiaux jusqu’à ce jour. Cette paix relative a permis à bon nombre de nations de poser les bonnes bases pour se reconstruire et maintenir une cohésion sociale fondée sur des valeurs.

Il reste très curieux que le continent africain  ait si peu tiré comme enseignements de son histoire aussi très éprouvante, depuis des décennies et des siècles durant. Les valeurs indispensables à la création des sociétés stables et tournées vers l’avenir sont, jusqu’alors, moins intériorisées. Le retard scientifique et technologique de l’Afrique relève de l’insouciance collective à se fixer des objectifs véritablement sincères à court, à moyen et à  long terme.

Évoquer le problème de retard technologique de l’Afrique, c’est soulever les problèmes relatifs à la santé, à l’économie, à l’éducation, etc. Plus que le transfert de la technologie vers l’Afrique, il est question de la maîtrise de l’innovation technologique.

Il faut, en outre, reconnaître que la révolution industrielle n’a pas été la chose la mieux partagée au monde. Cependant, c’est avec stupéfaction que l’on voit certains pays pousser leurs limites naturelles par la maîtrise de la technique afin de se doter de capacités à répondre aux nouveaux enjeux décisifs émergents. Un cas emblématique est celui de la Chine.

Elle  a décidé de rompre avec le suivi passif des tendances technologiques pour se lancer dans l’innovation à travers sa mise en place de nouvelles politiques. Sa réorientation dans ce secteur n’est pas sans effet sur sa position stratégique mondiale.

Une urgente prise de conscience individuelle et collective, permettant de faire un bilan socio-historique avec réalisme et ambition de développement, serait un préalable inéluctable pour un véritable progrès scientifique et technique. C’est à cette condition que l’Afrique pourra participer pleinement à la 4ème révolution industrielle qui se profile à présent, celle de la convergence des technologies NBIC* et du transhumanisme. Faute de cela, l’Afrique encourt un risque de discrimination 2.0 qui mettrait  en cause sa légitimité en tant que continent, un groupe de pays peuplés d’humains.

 

Siba TCHA-MOUZA

 

* Nano, Bio, Info et Cogno-sciences et technologies


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