Accueil > Immortalité ? > LE DENI DE LA MORT ?

LE DENI DE LA MORT ?

Suite à une émission d’ARTE diffusée le 7 septembre 2019, Harold Knoll, fondateur de la start-up longévitiste DAYU, précise ses réponses au philosophe Raphaël Enthoven.

Publié le 21 septembre 2019, par | Suivez-nous : facebook  

Avertissement : Les propos de l’auteur invité ici n’engagent pas l’AFT-Technoprog
--------------

Par un incroyable concours de circonstances permis par l’AFT-Technoprog, je me suis retrouvé un samedi matin à débattre sur la médecine du futur, l’immortalité, les religions avec le philosophe Raphaël Enthoven et le cardiologue Dr Philippe Abastado. Ce dernier venait justement de publier un livre, Le dernier déni : Craignons-nous plus la maladie que la mort ?, sur le fait que la mort a beau être omniprésente, on l’occulte totalement de nos vies.

Lien vers le replay de l’émission : https://www.arte.tv/fr/videos/084743-011-A/philosophie/?fbclid=IwAR1ZybHPPeIikRtW8ECg_H0rkt_NC7kBpUBdqBotzigytW9Fz8eKCU5UdAI (Disponible du 31/08/2019 au 05/11/2019)

L’idée de l’émission était bien sûr de considérer que la mort étant inéluctable, ce qui aujourd’hui est on ne peut plus vrai, les personnes croyant à la possibilité d’un allongement indéfini de l’espérance de vie, comme le mouvement des transhumanistes, se fourvoient. Mon rôle dans l’émission étant alors de défendre ce point de vue original et disruptif par rapport à la pensée dominante qui considère, trop hâtivement, que la limite est de 122 ans – une pensée à notre doyenne de l’humanité Jeanne Calment – et que l’on n’arrivera jamais à la dépasser, ou en tout cas que l’on n’arrivera jamais à stopper le processus de vieillissement et encore moins à l’inverser.

UNE PROFONDE CONVICTION SCIENTIFIQUE

Il se trouve que depuis mon plus jeune âge, je suis intimement convaincu, notamment de par mes lectures scientifiques, que l’humanité parviendra à drastiquement prolonger l’espérance de vie humaine grâce à l’évolution exponentielle des technologies, notamment la convergence des technologies NBIC, à savoir les Nanotech, Biotech, l’Informatique (que l’on devrait remplacer par l’Intelligence Artificielle) et les sciences Cognitives.

« Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

Arthur C. Clarke

Cette combinaison interdisciplinaire est et va être à l’origine de découvertes et d’innovations qui vont tout bouleverser, tout comme les inventions de l’avion, des voitures et des téléphones mobiles, par exemple ont transformé le monde. J’étais donc invité en tant que transhumaniste convaincu (bien que non-membre à ce jour de l’Association Française Transhumaniste et m’exprimant donc ici en mon nom). Ce terme ayant une connotation trop forte, je m’en tiendrais ici à cette définition : un désir puissant de vivre plus longtemps en bonne santé et en usant de la technique pour y arriver.

LES STRATEGIES ET TECHNOLOGIES

Listons donc les différentes stratégies et technologies potentielles, certaines sont encore du domaine de la science-fiction (SF), d’autres sont testées en laboratoires uniquement (L) et certaines commencent à être une réalité (R) :

  • Stratégie biologique avec les cellules souches (L), qui permettront de réparer le corps humain, de régénérer, réparer les organes ; les thérapies géniques (R), avec CRISPR-CAS9, qui permettront de réparer l’ADN en supprimant ou ajoutant des gènes ; les médicaments personnalisés en fonction du système biologique de chacun (R pour les cancers et SF pour le reste), etc.
  • Stratégie technologique avec les organes artificiels (L), les nanorobots (SF), les bio-imprimantes 3D qui imprimeront des organes sur demande, les implants cérébraux, etc.
  • Cryonisation (SF) (stratégie d’attente) afin de permettre au corps d’attendre que les technologies progressent suffisamment pour guérir une maladie incurable (dont la vieillesse fait partie). Environ 300 personnes dans le monde sont dans cet état et 1500 sur liste d’attente. https://www.cryonics.org/
  • Citons trois autres stratégies encore plus radicales, la transfusion de sang de jeunes (R) (société Ivy plasma), la greffe de tête (SF) (projet initié par le Dr Canavero puis avorté par le volontaire) et le transfert de mémoire vers un autre corps (SF) qu’il soit robotique ou biologique (dont une expérience récente montre l’état de l’art) : Scientists have successfully implanted an artificial memory ainsi que dans la prestigieuse revue Nature.

DAYU, MON PROJET POUR RELEVER CE CHALLENGE

De mon côté, j’ai justement créé la société Dayu pour relever ce défi. Nous proposons des tests ADN auprès du grand public afin de créer la plus grande base de données génétiques anonymisées dans le but d’aider au développement de thérapies géniques. En couplant cela avec les données du microbiome et de l’environnement, notre compréhension du système biologique s’affinera à tel point que nous pourrions le simuler précisément sur ordinateur. Ce faisant, nous pourrions prédire les réactions aux différentes thérapies et n’appliquer que les bonnes. Cela ouvrira la voie à une accélération phénoménale en médecine personnalisée notamment dans la mise sur le marché de nouvelles thérapies.

COMPLEMENT ET CLARIFICATION

Revenons à l’émission. Raphaël Enthoven émet le postulat qu’il faut ne pas croire en l’âme pour adhérer à ces idées d’amortalité (allongement radical de la durée de vie en bonne santé, c’est l’immortalité sans l’invulnérabilité). J’ai mal répondu à cette question en y acquiesçant trop rapidement mais en fait ce n’est pas du tout incompatible, vivre 90 ans ou 1000 ans quand Dieu a l’éternité pour lui, cela ne fait pas une grande différence. Dieu attendra simplement plus longtemps que l’âme lui parvienne.

Par contre cela devient plus problématique quand on parle de transfert de mémoire dans un autre corps, et quand ce corps est notre propre clone. Si on peut copier/coller sa mémoire, cela sous-entend que l’on pourrait créer, en théorie, plusieurs « moi », et là je vous l’accorde, l’âme est perdue. En fait les définitions usuelles du « moi » s’effondrent et n’ont plus de sens. Je conseille de regarder les films A l’aube du 6ème jour avec Schwarzenegger (dont j’étais fan !)  ou Dark City et certains épisodes de Black Mirror.

A un autre moment de l’émission, je cite l’invention de l’avion et de la marche sur la Lune comme des exemples d’exploits inouïs, considérés comme impossible, qui ont finalement été réalisés par le génie humain. Raphaël Enthoven, à juste titre, rétorque que les oiseaux nous avaient montré la voie en inspirant les frères Wright. Je n’ai pas rebondi sur le moment mais de nombreuses espèces animales (ou même végétales) peuvent nous inspirer aujourd’hui, ces espèces possèdent dans leur code génétique des facultés que l’homme ne possède pas, nous sommes pourtant fait du même ADN.

La nature nous dit que c’est réalisable biologiquement. Chez les abeilles par exemple, la reine vit en moyenne 4 ans alors qu’une ouvrière vit de 6 semaines à 6 mois selon la saison, soit de 8x à 35x plus longtemps alors qu’ils partagent exactement le même patrimoine génétique, la seule différence réside dans la nourriture, la reine n’est nourrie que de gelée royale. Si nous vivions 35x plus longtemps, nous atteindrions l’âge canonique de 2800 ans !

Le jour où j’ai appris ça, je voulais inclure dans mon alimentation quotidienne de la gelée royale avec cette idée naïve que cela prolongerait mon espérance de vie. 😊

De la même manière, le poisson zèbre a la capacité de régénérer l’ensemble de ses organes, cœur, cerveau, nageoires, foie, moelle épinière. La grenouille des bois a la particularité incroyable de geler en hiver et de ressusciter au printemps [https://www.youtube.com/watch?v=GaCv7qgc6mQ]. L’éponge de mer, qui est un animal, peut vivre jusqu’à l’âge de 11000 ans ! Plus proche de nous, car un mammifère, la Baleine peut atteindre les 200 ans. Des arbres, comme les séquoias et certaines espèces de coraux peuvent vivre pendant des milliers d’années.

Au cours de mes lectures de jeunesse, un article mentionnait la création d’une souris fluorescente par transfert d’un gène de méduse. Par la même technique on a créé toutes sortes d’animaux fluorescents, chats, chiens, etc. Aujourd’hui nous guérissons des maladies chez l’homme par transfert de gènes : la thérapie génique. Pourquoi ne pourrions nous pas transférer les gènes du poisson zèbre sur des souris ? C’est mon rêve depuis très longtemps. Techniquement, rien ne nous en empêche, et un jour nous arriverons certainement à régénérer de cette manière le membre d’une souris, puis celui d’un homme.

L’homme non seulement s’inspire de la nature mais la dépasse. Avons-nous vu un oiseau voler à 1000 km/h ? Un oiseau se poser sur la Lune ?

Enfin sur la conclusion de Raphaël Enthoven qui essaye d’anticiper les modifications de notre société et de nos comportements si l’on tue la mort, il faudrait certainement un livre pour y répondre donc je vais essayer de donner des pistes argumentaires :

  • L’humanité a démontré une capacité de résilience face à tous les bouleversements qu’elle a connu, monarchie, dictature, guerres, bombes nucléaire, augmentation de la population, etc.
  • Ce qui tient notre société est la crainte du qu’en-dira-t-on et la crainte d’une sanction, la prison, et non le fait de se savoir mortel ou non. Je dirais même le contraire car la mort finit par nous libérer de notre responsabilité et des conséquences de nos actes (pensez au suicide des nazis à la fin de la guerre) alors que l’amortalité signifie que tôt ou tard, nous devrons répondre de nos actes devant la justice.
  • La société est déjà égoïste et la très controversée Ayn Rand promeut même la vertu de l’égoïsme pour son bon fonctionnement. De même le « Selfish Gene »  du biologiste Richard Dawkins traite de l’égoïsme chez les animaux, dont certains vivent pourtant en symbiose.

Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent.

La Rochefoucauld
  • Les comportements peuvent être influencés par des réglementations, des incitations fiscales, etc.
  • Puisque nous sommes déjà dans un déni de la mort (thème de l’émission), la suppression ou l’atténuation de sa perspective à court terme ne devrait pas modifier brutalement nos comportements.

En conclusion je citerai encore :

Lorsqu’un scientifique reconnu mais âgé affirme que quelque chose est possible, il a presque certainement raison. Lorsqu’il déclare que quelque chose est impossible, il a très probablement tort.

la première loi de Arthur C. Clarke

Si vous voulez participer et m’aider dans ce challenge, vous pouvez donner à partir de 1€ en suivant ce lien Paypal.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter ou nous suivre sur les réseaux sociaux :

Harold Knoll, Founder of Dayu Inc.

Quelques liens informatifs :

Cellules souches

Gene Therapy

Nanorobots

3D bioprinting

Head transplant

Ayn Rand

Richard Dawkins


Pour être tenu au courant des nouveaux articles du site, abonnez-vous à notre page Facebook, notre compte Twitter et/ou notre Newsletter mensuelle. Adhérer ?


Abonnez-vous à notre newsletter