Les “Jeux Augmentés” n’ont rien à voir avec le transhumanisme
Quand une clique fasciste et obnubilée par le profit à court terme subvertit les idéaux transhumanistes et abîme notre image.
Publié le 11 juin 2026, par dans « Général »
Les “Jeux Augmentés” (Enhanced Games) se sont déroulés récemment à Las Vegas. Organisés par la société Enhanced, qui vend également toute une panoplie de substances dopantes sur son site internet, financés par le technofasciste Peter Thiel et soutenus par les proches de Donald Trump, ces “jeux olympiques de la dope” ont bien évidemment récolté l’opprobre de la presse, des gouvernements et comités sportifs du monde entier – et à raison.
En effet, l’EPO, les anabolisants, les hormones de croissance, ne sont pas interdites partout pour le simple plaisir de brider les performances des athlètes. Elles le sont parce que leurs effets à moyen et long termes sont nocifs pour celles et ceux qui en prennent – cela a été suffisamment documenté : l’histoire du sport moderne regorge de drames humains causés par les expérimentations chimiques.
Mais le plus gênant dans toute cette histoire, où un seul record a été battu, en nage libre (et sans doute grâce à une combinaison en polyuréthane non homologuée), est que cet événement a été largement associé… au transhumanisme.
Nous devons ici rappeler que le combat majeur de notre mouvement, depuis ses débuts et avant même celui de la liberté corporelle et morphologique, est celui de la prolongation de la vie humaine en bonne santé. Or la plupart des substances autorisées aux Enhanced Games entrent en conflit direct avec cette aspiration centrale.
Aller vite, sauter haut, nager loin, récupérer plus vite d’un effort physique – certes, cela peut être vu comme une augmentation passagère. Mais si cela grève la santé, augmente les risques d’accident cardio-vasculaire ou de développer un cancer – non, cela n’est en rien de l’amélioration. Éventuellement, si cela était organisé dans un tout autre cadre, on pourrait le considérer comme un jeu, une prise de risque, une manière librement consentie de mettre son corps en jeu – et ainsi notre critique verser dans le moralisme. Mais le contexte idéologique, économique et les personnes à la tête des Enhanced games doivent nous alerter.
On peut d’ailleurs étendre la réflexion à tout le sport de haut niveau – qui est souvent synonyme de mise en danger de la santé des athlètes, à cause du rythme et de la fréquence des compétitions, mais aussi des pressions morales et financières et d’un suivi parfois négligé. Et quand on sait que le déterminisme génétique a un rôle prépondérant en athlétisme, le mérite de gagner une médaille et battre un record n’est-il pas très relatif ? L’idée d’établir des discriminations, fussent-elles sportives, reposant sur le patrimoine génétique est fort peu transhumaniste. Si l’on devait associer un événement sportif à notre mouvement, ce serait plutôt le Cybathlon.
En l’état, nous demandons surtout à la presse francophone de cesser, à l’avenir, d’associer une idéologie centrée sur l’extension du bien-être humain – le transhumanisme – à une entreprise valorisée à 2 milliards de dollars dont le seul vrai combat semble être la dérégulation économique et sanitaire pour le profit de quelques-uns ; et plus globalement, à une clique néo-réactionnaire qui dispose de beaucoup de moyens financiers mais n’est pas représentative de la grande majorité des hommes et des femmes qui se réclament du transhumanisme.
Heureusement, les Enhanced Games ont été un échec commercial. La société Enhanced aurait perdu 75% de sa capitalisation boursière à la suite des épreuves. Les transhumanistes technoprogressistes s’en félicitent.