Points de vue technoprogressistes à propos du Covid-19

Ces dernières semaines, sauver des vies est devenu une priorité absolue. Les autorités et les citoyens agissent avec une détermination qui va bien au-delà des "désavantages" économiques et matériels normalement acceptés.

Publié le 23 mars 2020, par

Au moment d’écrire ces lignes (dimanche 23 mars), la pandémie liée au coronavirus COVID-19 a tué près de 15.000 personnes. Le virus, identifié il y a seulement 3 mois, ne tue plus guère en Asie (13 morts en Chine le 17 mars). Mais il fait de plus en plus de victimes dans le reste du monde, principalement actuellement en Italie, en Iran et en Espagne.

Nul ne sait encore combien la maladie s’étendra. Il est en tout cas presque certain que, sans les mesures strictes prises, une proportion importante de la population mondiale serait atteinte aujourd’hui.

Jamais dans l’histoire de l’humanité, une telle mobilisation ne s’est faite en aussi peu de temps pour sauver des vies humaines dans un cadre sanitaire.

Ces dernières semaines, sauver des vies est devenu une priorité absolue. Les autorités et les citoyens agissent avec une détermination qui va bien au-delà des « désavantages » économiques et matériels normalement acceptés.

Nous acceptons des contraintes qui vont bien au-delà des conventions sociales habituelles. Il y a trois mois, en France et dans bien d’autres pays, une personne qui vous aurait dit : « Je refuse de vous serrer la main pour des raisons prophylactiques » aurait été une personne insultante aux yeux de l’immense majorité des citoyens. Et pourtant, s’il s’agissait d’une personne âgée ou d’une personne en contact avec des personnes âgées, elle aurait eu de bonnes raisons d’agir ainsi. Aujourd’hui, la même personne vous tendant la main en vous disant « C’est sans danger, et si cela vous dérange, lavez-vous les mains ensuite » sera considérée comme insultante, même si vous pensez tous les deux être en bonne santé.

Cette mobilisation sans précédent s’explique en partie par la crainte de situations ingérables. Mais la situation ne deviendrait « ingérable » que parce que la vie humaine est devenue beaucoup plus précieuse qu’auparavant.

Le coronavirus tue d’abord des personnes âgées

Ceux qui pensent que le fonctionnement du monde est d’abord basé sur le profit ont dû prendre en compte cette donnée. Si les profits économiques avaient primé totalement sur la vie humaine, la société aurait pu continuer à fonctionner sans gros ralentissement. Dans le pire des cas actuellement raisonnablement envisageables, 6 % de la population serait morte (mortalité à Wuhan au débt de l’épidémie), mais la mortalité concernerait moins qu’1 % des actifs les plus productifs.

Ceux qui meurent sont dans leur grande majorité des « vieux inactifs », souvent atteints d’autres maladies (maladies cardiovasculaires et pulmonaires, cancers, hypertension, obésité…). La mortalité des personnes atteintes de moins de 50 ans est de moins de 4 pour 1.000, alors que celle des plus de 80 ans est d’environ 15 %. En fait, le coronavirus est une maladie contagieuse, mais qui ne tue presque que lorsqu’elle est liée à des maladies qui sont la conséquence du vieillissement. C’est vrai aussi d’autres maladies infectieuses comme la grippe, mais dans une autre mesure.

Attention, les personnes âgées ne meurent pas du coronavirus parce qu’elles sont fragiles, mais parce que leur système immunitaire est fort dégradé. Une personne âgée de 80 ans est fragile, mais plus solide qu’un enfant qui vient de naître. Or, parmi les milliers de victimes du virus il n’y a aucun décès de très jeunes enfants (moins de 10 ans).

En tant que technoprogressistes, nous sommes admiratifs devant la mobilisation mondiale en cours tant pour la prévention des contaminations que pour les recherches pour lutter contre le virus. Nous sommes particulièrement positifs en ce qui concerne :

  • La rapidité des recherches. Le virus a été isolé en Chine à peine un mois après les premiers cas, puis son séquençage génétique partagé au monde par les scientifiques chinois la semaine suivante. Fin janvier, deux mois après le début de l’épidémie, des scientifiques australiens répliquaient le virus en laboratoire afin de permettre aux chercheurs dans le monde de travailler dessus. Jamais un virus n’aura été aussi rapidement identifié et séquencé
  • L’intensification des recherches, à la volonté de collaboration par-delà les frontières et souvent les intérêts économiques et à la vision « open source » qui semble prédominer.
  • L’intensification potentielle des recherches relatives au vieillissement. Nous avons ici un virus dont l’étude pourrait à l’avenir nous donner quelques clés sur les mécanismes du vieillissement, du fait que l’âge est un facteur déterminant de sa gravité.
  • Le développement global de l’opinion des citoyens, sans que nous assistions, à ce jour, à beaucoup de développement « complotistes », anti-vaccin ou autres. Face au danger réel, il s’avère que les gens font confiance à la rationalité scientifique.
  • Le fait que les sociétés touchées (officiels et populations) se sont donc massivement tournées vers les scientifiques pour trouver des solutions.

Une société résiliente et réactive

Il faut aussi faire remarquer que jusqu’ici, les infrastructures et les organisations font preuve de réactivité et de solidité. Des millions de réunions se tiennent désormais en ligne, des dizaines de millions de personnes travaillent à domicile, les réseaux en ligne ont résisté et l’ensemble de la société semble faire preuve de bien plus de résilience que dans les récits de collapsologie.

Bien sûr, en Europe, cela ne fait que quelques semaines (Italie), voire une dizaine de jours (France, Belgique,…) que les changements les plus radicaux se sont produits. De plus, à court terme, il faudra réfléchir aux libertés individuelles, et peut-être en inventer de nouvelles, liées au temps du confinement.

Les progrès technologiques n’ont pas que des aspects positifs. Sans les technologies et la croissance économique de ces dernières décennies, l’épidémie progresserait certainement plus lentement, parce que les transports seraient moins performants et les échanges moins nombreux.  Mais il serait beaucoup plus difficile de l’arrêter. Et sans accès internet, les progrès scientifiques pour lutter contre la maladie seraient moindres. Le confinement actuel serait infiniment plus complexe à organiser et délétère pour l’économie. Et, surtout, il est probable que l’épidémie ne pourrait être enrayée par manque de réactivité.

Si le « lockdown » fonctionne bien dans un pays comme la France ou dans d’autres pays ayant des politiques du même ordre, la mortalité après quelques semaines pourrait ne pas être plus élevée que la normale. En effet, la surmortalité due au virus pourrait être plus que compensée par les investissements « prudentiels » et de santé pour les personnes âgées.

Dans les pays les plus pauvres, particulièrement en Afrique, les risques d’épidémie se répandant rapidement sont extrêmement élevés. Fournir le maximum possible d’assistance technologique, médicale, sanitaire, souhaitée par les citoyens de ces Etats est un devoir éthique, outre les avantages liés à la maîtrise de la maladie au niveau mondial.

Le déploiement de moyens technologiques, humains et financiers pour trouver des médicaments pour diminuer les effets de la maladie et trouver un vaccin est considérable. Chaque jour qui passe devrait nous rapprocher d’un vaccin et diminuer le risque que ceux qui sont contaminés ne meurent.

Évidemment, des actions plus énergiques et des investissements en faveur d’une meilleure longévité sans morts inutiles et innocentes aurait été de loin préférables. Mais une fois la maladie vaincue, ou au moins jugulée, l’énergie engagée pour la protection de la santé pourra se prolonger par d’autres recherches contre les maladies liées au vieillissement, voire contre la sénescence elle-même.

La prise de conscience des scientifiques, des parties prenantes et de la population qu’il faut en faire plus pour la longévité pourrait aller presque de soi. Non seulement pour prévenir et, si nécessaire, vaincre de nouvelles maladies, mais aussi pour vaincre les maladies existantes liées au vieillissement et à la sénescence elle-même.

Il faudra faire des progrès médicaux pour la longévité en bonne santé une priorité aussi importante que la lutte contre la pandémie actuelle.

Un technoprogressisme, écologique et social, est en germe

Cette crise pourrait permettre également de prendre conscience que le monde a pu, à un niveau jamais atteint jusque-là, être plus solidaire, se soucier de tous et de chacun ; ralentir certaines activités (et ainsi de baisser les niveaux de pollution) et en accélérer d’autres infiniment plus profitables (recherche). Nous aurons vu qu’il est possible de travailler à distance, de moins utiliser les transports, d’agir efficacement et à moindre coût, sans que le monde ne s’effondre.

C’est l’opportunité de repenser les échanges et l’économie, notamment en épongeant les effets négatifs de la crise (revenu universel, taxe Tobin ?), inciter à pérenniser les pistes positives (télétravail, sobriété énergétique, accès gratuits aux ressources digitales : musées, savoirs, œuvres, etc.)

Un technoprogressisme, écologique et social, est en germe,  cette crise démontre que sa réalisation est possible et souhaitable.

Mais ce jour ne viendra d’abord que moyennant la poursuite de la mobilisation globalement remarquable des décideurs et de l’ensemble des citoyens.
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