POSITION OFFICIELLE DE L’AFT SUR L’EUTHANASIE ET LE SUICIDE ASSISTE

Nos sociétés ne devraient pas abandonner face à leur solitude et leur désespoir, celles et ceux qui vivent une souffrance extrême ; et l'allongement de la durée de vie en bonne santé est notre meilleur espoir.

Publié le 23 septembre 2021, par

L’AFT-Technoprog, à la suite d’un processus de votation interne ouvert à l’ensemble de ses membres, adopte en date du 05/09/2021 le texte suivant :

Les transhumanistes sont en général porteurs d’un très fort optimisme et d’un très grand amour de la vie. La plupart s’accordent pour reconnaître que la vie est la première des valeurs : celle qui permet toutes les autres.

Pourtant, parce qu’ils se positionnent en cohérence avec leur revendication d’une liberté optimale de disposer de son corps, ainsi qu’avec leur objectif de permettre des existences en bonne santé d’une durée indéfinie (ou amortalité), ils reconnaissent et acceptent que, parfois, des personnes peuvent en venir à désirer ne pas poursuivre leur vie. Du point de vue de l’Association Française Transhumaniste, dans des conditions définies, nos sociétés doivent permettre l’euthanasie et le suicide assisté. En effet, en élargissant le champ du transhumanisme à l’amélioration de la condition biologique de l’humain, l’euthanasie et le suicide assisté participent en creux à cet objectif en mettant fin à une situation devenue irrémédiablement insupportable.

Toutefois, l’AFT-Technoprog rappelle également que diverses pistes de recherche sont en développement et devraient être considérablement plus soutenues afin d’offrir des alternatives à ce qui ne saurait être qu’un pis-aller.

À court ou moyen terme, et tant qu’il existera des situations dans lesquelles des personnes subiront des souffrances physiques ou psychologiques extrêmes, incurables dans un délai prévisible, seront engagées dans une fin de vie à relativement court terme, et où certaines de ces personnes auront exprimé une demande claire, plusieurs fois renouvelée, consciente et éclairée, il nous paraît que l’accès à l’euthanasie (pour des personnes incapables d’agir par elle-même), ou au suicide assisté (pour ceux et celles qui sont en mesure d’agir) doit être garanti par la loi.

Nos sociétés ne devraient pas abandonner face à leur solitude et leur désespoir, ceux et celles qui vivent cette souffrance extrême

Mais les transhumanistes invitent à aller au-delà sans tarder. S’il n’est pas un instant question de promouvoir le suicide comme une quelconque solution, l’aide au suicide nous paraît devoir être accessible de manière plus élargie. En effet, nul ne peut juger à la place de la personne concernée le degré de souffrance, physique ou psychologique, qui pousse au suicide. Et nos sociétés ne devraient pas abandonner face à leur solitude et leur désespoir, ceux et celles qui vivent cette souffrance extrême ne leur laissant que le choix d’une fin souvent horrible. Assister ceux qui souffrent sans être atteint d’une maladie physiologique létale à court terme est particulièrement important. L’enjeu est une alternative entre un décès volontaire immédiat et des dizaines d’années de vie qui pourraient être épanouies.

Respecter la volonté quel que soit le choix : l’enjeu n’est pas simple

Nos sociétés doivent continuer à développer et améliorer les conditions d’écoute et d’accompagnement des personnes en fin de vie, ou qui demandent une fin de vie, dans l’objectif de faire diminuer le nombre des suicides. Elles doivent cependant respecter, in fine, la libre décision et la volonté de ces personnes. L’enjeu n’est pas simple. Faut-il privilégier, la volonté à un moment de désespoir, autoriser donc le suicide assisté ? Faut-il le refuser, sachant que, après un suicide « raté », la majorité des personnes ne recommencent pas ? Nous choisissons déjà la liberté aujourd’hui puisque le suicide n’est pas interdit. Cependant, l’assistance doit comporter au moins une période de suivi et de soutien suffisamment longue préalable à la mise à disposition des moyens létaux.

Par ailleurs, dans une perspective transhumaniste, il nous faut anticiper la possibilité que, dans les décennies ou siècles à venir, notre durée de vie puisse continuer à s’accroître de manière importante. À ceux ou celles qui, à un moment donné, souhaiteraient ne pas poursuivre une vie déjà très longue, ne serait-il pas encore plus indispensable qu’aujourd’hui de pouvoir donner accès à une fin de vie digne?

Nous sommes certainement en faveur de l’euthanasie, telle qu’elle est d’ailleurs déjà pratiquée dans des États voisins de la France, pour les personnes dont la situation ne peut que s’aggraver, lorsque leur situation de santé et leur volonté sont clairement établies.

Pour les autres personnes, il convient d’être extrêmement prudent. La très large majorité des tentatives de suicide aujourd’hui (90 à 95 %) ne sont pas suivies de décès. Une des raisons principales de la réussite de ces tentatives est la létalité des moyens à disposition. Les policiers meurent plus que les autres citoyens, car ils portent des armes. Les anesthésistes se suicident plus que les autres citoyens, car ils peuvent aisément s’injecter un produit létal.

Enfin, les transhumanistes proposent de s’engager sur diverses pistes comme alternative à ce qu’ils perçoivent en fait comme un choix par défaut, si ce n’est comme un échec.

Une hypothèse encore audacieuse est d’investir dans la recherche sur la “cryonie” (ou cryogénisation). Entendons-nous bien, l’AFT n’encourage pas, à ce jour, à ouvrir des contrats avec les rares entreprises qui proposent, à l’étranger, des services de vitrification (une technique qui permet de refroidir les corps en évitant les dégâts cellulaires de la congélation) des corps après la mort légale, dans l’espoir de les réparer un jour et de les ramener à la vie. Cependant, nous appelons à un financement privé et public des recherches dans ce domaine. Si la cryonie devenait efficiente, cela transformerait peut-être considérablement la question de l’euthanasie, voire celle du suicide.


Une perspective déjà plus tangible et plus consensuelle qui conduirait à diminuer sans doute fortement les demandes d’euthanasie

Par ailleurs, il existe une perspective déjà plus tangible et plus consensuelle qui conduirait à diminuer sans doute fortement les demandes d’euthanasie et les causes de suicide, c’est la lutte contre le vieillissement. En effet, les conséquences diverses les plus atroces du vieillissement, les maladies et dégénérescences qui lui sont liées sont aujourd’hui la source de la majorité des demandes d’euthanasie et d’une part des suicides.

Une autre partie de ces demandes devrait pouvoir également être réduite en finançant de façon plus importante la santé mentale, souvent négligée, et en s’intéressant davantage à l’état de bien être mental et social, tel que présent dans la définition de la santé selon l’OMS. Pour les transhumanistes, un des objectifs majeurs est de permettre un meilleur bien-être psychologique. La poursuite des progrès médicaux devrait permettre d’éviter les souffrances involontaires et inhumaines. Cela ne signifierait pas une perte dans l’expérience humaine, mais simplement la possibilité d’une « modification des gradients » du bonheur et des souffrances ressenties. L’expérience du bien-être demeurerait variable, mais elle serait globalement accrue. Quant aux souffrances, elles deviendraient modulables !

La préservation de la vie est notre premier objectif. Néanmoins, parce que ni nos sociétés, ni la science et la médecine actuelles ne sont en mesure d’offrir de manière systématique des solutions acceptables et supportables à ceux dont les douleurs sont insoutenables, l’Association Française Transhumaniste demande que l’euthanasie et le suicide assisté soient rapidement légalisés.

La perpétuation de la vie est notre meilleur espoir, mais le désespoir ne peut être ignoré.