Réparation VS Augmentation/Amélioration

La distinction entre réparation et augmentation/amélioration n'est valable que par rapport à une norme humaine, subjective, fixée de manière essentiellement arbitraire. Ce n'est pas une loi objective comme la vitesse de la lumière ou la gravité.

Publié le 30 juin 2020, par

On entend souvent débattre de la différence entre réparation et augmentation/amélioration.

En premier lieu, il convient de définir les termes du débat afin d’éviter des confusions inutiles. 

La distinction entre réparation et augmentation/amélioration n’est valable que par rapport à une norme humaine, subjective, fixée de manière essentiellement arbitraire. Ce n’est pas une loi objective comme la vitesse de la lumière ou la gravité. De façon globale, la réparation est le mouvement qui conduit de ce qui se trouve avant notre curseur qui fixe l’état de santé « normal » jusqu’à cette “norme” ; et l’augmentation/amélioration, le mouvement qui va au-delà de cette “norme”.

La subtilité étant bien sûr, qu’il y a des curseurs pré-pensés ( par la société, la religion, la philosophie… ) et que nous avons chacun le nôtre construit par nos idées, nos vies, nos influences…

Deux questions se posent alors d’emblée:
1. La “norme” (1) est-elle une valeur en elle-même?
2. La technologie (2) (voire l’action) est-elle légitime pour déplacer le curseur?

Si on place le curseur à l’extrémité la plus “conservatrice”, proche de la prédestination, alors tout ce qui nous arrive est normal, créateur de la “norme”.  Notre état de santé actuel est notre curseur, il est la référence et donc toute “réparation” est une “augmentation/amélioration anti temporelle” puisque toute dégradation est d’abord due de façon inextricable au simple écoulement du temps. En ce sens le curseur “normal” se déplace tout au long de la vie, généralement vers le pire. On considérera normal que, vieillissant, nos sens baissent, nos dents tombent etc. En poussant ce raisonnement dans ces retranchements, même la nourriture et l’hydratation, pourraient être considérés comme des augmentations puisqu’ils nous permettent de restaurer un état de santé précédent.  

A l’extrême opposé, le curseur sera placé sur un état idéal, peut-être inatteignable, d’un humain qui disposera de toutes les capacités qu’il souhaite. N’ayant pas atteint cet état, tout sera donc une réparation voulant mener notre situation actuelle vers notre situation idéale. C’est une réparation par rapport à ce qu’on pressent qu’on aurait pu ou voulu être. En posant cet idéal comme norme, tout humain actuel, étant en-deçà, est lésé et ainsi en droit de demander les réparations.

Entre les deux, se trouve la norme actuelle, qui oscille entre 3 catégories:

1)  Le curseur, la norme, est placé sur notre état de meilleur état de santé personnelle jamais connue. Tout ce qui nous y ramène quand on l’a perdu est une réparation, ce qui nous fait le dépasser est une augmentation/amélioration. Il n’y a pourtant aucun droit absolu à voir son état de santé précédent être restauré, mais cette réparation est jugée majoritairement comme moralement acceptable.

2) Le curseur est placé sur la santé moyenne d’un être humain. On s’autorise donc à “réparer” quelqu’un qui n’a jamais rien perdu dans sa vie mais qui serait en dessous de cette norme (par exemple, quelqu’un né sans un bras) pour le rapprocher de la moyenne des autres être humains (avoir deux bras fonctionnels). Éventuellement, ce curseur sera placé en tenant compte de l’âge de la personne, sur la santé moyenne à cet âge plutôt que sur la santé moyenne au cours de la vie. La « réparation » d’une personne de 25 ans sera acceptable pour tout ce qu’une personne jeune peut faire. La « réparation » d’une personne âgée ne devra pas lui permettre de retrouver toutes ses fonctions de sa jeunesse car cela serait « contre-nature ». 

3) Cependant, en général, quand on “répare” quelqu’un dans le point précédent, on ne se contente pas de lui donner la santé moyenne de l’Humanité. Par exemple, si l’Humanité a en moyenne 8/10 de vision, mais qu’on redonne la vue à un malvoyant, on lui donnera généralement 10/10 si c’est techniquement faisable. Ainsi sur chaque critère, la réparation peut mener à la santé maximale d’un humain sain. En cumulé, le curseur peut donc être fixé sur “ l’état de santé maximale possible dans chaque domaine “. L’augmentation/amélioration ne se situerait alors que si on dépassait la santé maximale de l’humain possédant la meilleure santé dans un domaine (par exemple, voir mieux que l’humain qui voit le mieux). En cumulant plusieurs réparations dans des domaines variés, on pourrait alors atteindre une santé globale maximale encore jamais atteinte par un seul être humain. Avoir à la fois, la meilleure vision, ouïe, capacité respiratoire, endurance, etc. que possède l’être humain le plus chanceux génétiquement. De plus, la médecine d’hier, d’aujourd’hui et de demain vise à permettre aux personnes avançant en âge de vivre mieux que ne vivaient les autres personnes âgées auparavant.

Evidemment, le curseur peut être déplacé dans un sens comme dans l’autre selon nos réflexions. Il glisse actuellement du fait de la possibilité, lors de la correction d’un état défaillant, d’obtenir un état de santé final supérieur à celui de n’importe quel autre humain pourtant considéré comme sain.

On pourrait imaginer entre la norme actuelle et la norme “état idéal”, une future nouvelle norme. On pourrait lui faire dire que toutes les caractéristiques que nos ancêtres ont possédées un jour dans l’histoire de l’évolution des espèces peuvent être récupérées et considérées dans le domaine de la réparation et que l’augmentation/amélioration se ferait seulement si nous cherchons à acquérir des caractéristiques que nos ancêtres n’ont jamais possédées.

Par exemple,  la capacité de respirer sous l’eau de nos lointains ancêtres marins serait une réparation puisqu’il s’agit d’une perte due à l’évolution alors que la capacité de voler serait une augmentation. Il suffirait que ce soit ce que pense la majorité de la population pour que ce soit considéré comme… normal, la nouvelle norme donc.

La réparation et l’augmentation/amélioration sont donc à mon sens, bel et bien la même chose. Tout dépend où on met son curseur. Et vous, où placez-vous le vôtre ? 

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  1. C’est-à-dire, qui correspond à la norme que nous acceptons et que nous avons construite, quand bien même nous aurions tendance à naturaliser (ou à oublier) le caractère institué de cette norme.
  2. On pense aux technologies avancées comme aux plus simples (pêche, agriculture, langage, coopérations, etc.)