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Évolution naturelle ou évolution technologique ?

Dans le transhumanisme, il y a l’idée que l’humain doit prendre en main sa propre évolution. De ce fait, le transhumanisme est souvent mis en parallèle avec l'évolution naturelle théorisée par Darwin.

Publié le 5 mai 2016, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Ce parallèle est-il pertinent ? Oui… et non. Dans cet article, nous tenterons d’en cerner les limites. Puis nous expliquerons pourquoi une évolution technologique (dans le cadre du transhumanisme) nous semble largement préférable.

L’évolution naturelle (darwinienne)

La théorie de l’évolution (formulée par Charles Darwin, et largement confortée depuis) repose sur une idée très simple.

A l’origine, il y a des organismes élémentaires capables de se reproduire en transmettant leur ADN. Si la réplication était parfaite, le monde serait bien simple : nous serions encore tous des protozoaires !

Or, la réplication n’est pas parfaite, et comporte toujours quelques « bugs » (mutations). Dans un environnement donné, ces mutations peuvent être positives ou négatives. Mais pour bien visualiser, prenons un exemple célèbre : celui de la girafe.

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Comment cet animal a-t-il évolué jusqu’à développer un cou aussi gigantesque ? Voici une explication évolutionniste simplifiée, afin d’illustrer le principe dans les grandes lignes.

L’ancêtre de la girafe était une sorte de cheval, avec un cou de taille raisonnable. Quand ces animaux se reproduisaient, la réplication de l’ADN n’étant pas parfaite, leurs descendants n’avaient pas exactement la même longueur de cou : certains se retrouvaient avec un cou légèrement plus court, et d’autres un cou légèrement plus long.

Ceux qui avaient un cou plus court étaient désavantagés : ayant plus de mal à manger des feuilles sur les arbres, leurs chances de survie jusqu’à l’âge de reproduction étaient diminuées. Ils se reproduisaient donc moins que les autres.

A l’inverse, ceux qui avaient un cou plus long étaient avantagés : ayant plus de facilité à manger des feuilles sur les arbres, leurs chances de survie jusqu’à l’âge de reproduction étaient augmentées. Ils se reproduisaient donc davantage que les autres.

Ainsi, les « cous long » se reproduisant davantage que les « cous court », les représentants de la génération suivante avaient statistiquement un cou légèrement plus long. Et comme le même phénomène s’est reproduit à la génération suivante, le cou de nos animaux s’est allongé très légèrement à chaque génération. Ce qui, sur des milliers et des milliers de générations, nous a donné des girafes.

 

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Y a-t-il un « sens » de l’évolution ?

 

Nous sommes l’une des espèces les plus récentes, et également la plus complexe d’un point de vue cérébral. De ce fait, nous avons souvent l’impression que l’évolution va dans le sens de « toujours plus de complexité ».

Or, ce n’est pas nécessairement le cas. Le principe ci-dessus ne dit nulle part que la progression se fait vers davantage de complexité. Les espèces évoluent simplement pour être de plus en plus adaptées à leur milieu naturel (dans le cas des girafes : un milieu avec des feuilles d’arbres très en hauteur).

Il se trouve que l’évolution a favorisé l’apparition d’organismes complexes, mais ce n’est pas obligatoirement le cas : dans certains milieux, l’espèce la plus adaptée peut tout aussi bien être la plus agressive (lion), la plus discrète (caméléon), ou celle qui se reproduit le plus (punaise).

Pourquoi donc avons-nous un cerveau très complexe par rapport à celui des autres animaux (cerveau qui nous permet de nous poser toutes ces questions) ? L’explication pourrait bien être très… accidentelle ! Un article de 2004 de la revue Nature lie cela à la dégénérescence des mâchoires de nos ancêtres. Avoir une mâchoire plus faible aurait logiquement dû diminuer leurs chances de survie. Or, en se rétrécissant, la mâchoire aurait « décomprimé » la boîte crânienne et permis au cerveau de se développer. Ce qui s’est au final révélé être un avantage évolutif, compensant largement la perte de puissance des mâchoires.

 

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On voit donc que l’évolution ne suit pas une « ligne droite » menant glorieusement du protozoaire à l’humain. Elle est en réalité chaotique et imprévisible, et l’apparition de l’intelligence n’était nullement écrite dans les gènes de nos ancêtre monocellulaires.

Et cette intelligence humaine, apte à se projeter à long terme et à donner du sens à nos existences, nous permet aujourd’hui d’envisager un autre mode d’évolution…

 

 

L’évolution technologique

 

Grâce aux progrès de la génétique, il devient peu à peu possible de modifier nous-mêmes notre ADN. Une grande percée en ce sens est la fameuse technique CRISPR-Cas9, qui permet d’éditer avec précision des portions d’ADN. Cette technique fait l’objet d’une controverse bioéthique, mais cela sort du cadre de cet article.

Ainsi, plutôt que d’introduire des mutations au hasard et de « voir ce que ça donne » (comme le fait la nature depuis des millions d’années), il devient possible d’orienter précisément l’évolution de notre ADN.

Mais l’évolution technologique ne se limite pas au cadre de notre ADN. Elle peut consister à allonger radicalement notre durée de vie, à augmenter le nombre de nos connexions neuronales par voie chimique, ou encore à nous interfacer avec des « organes » artificiels : prothèses, contrôle par la pensée, réalité virtuelle…

 

 

Pourquoi préférer l’évolution technologique ?

 

Beaucoup de gens se disent : au fond, pourquoi ne pas laisser faire la nature ? Après tout, c’est elle qui nous a créés au terme d’un long processus d’évolution.

Tout d’abord, on peut relever que cette affirmation n’est pas totalement exacte. En effet, depuis l’apparition du genre humain, l’un des facteurs de son évolution a également été l’usage de ses outils et des ses techniques. La maîtrise du feu et l’alimentation cuite ont contribué à modifier notre mâchoire et notre dentition ; les vêtements ont accéléré la raréfaction de notre pilosité. De manière globale, la théorie de l’anthropotechnie, notamment telle que la conçoit le philosophe allemand Peter Sloterdijk ou le biologiste français Jean-Jacques Kupiec, amène à considérer que l’humain co-évolue depuis toujours avec ses techniques.

 

Quoi qu’il en soit, on peut citer au moins 3 raisons de préférer l’évolution technologique :

 

1) D’un point de vue humain, l’évolution darwinienne est extrêmement cruelle (bien qu’elle soit en réalité indifférente, bien entendu). En effet, pour qu’elle ait lieu, il faut qu’un grand nombre d’individus meurent avant de pouvoir se reproduire, ce qui a pour conséquence que seuls les plus adaptés survivent. Aujourd’hui, nous avons largement fait reculer la mortalité infantile, et c’est une très bonne chose. Voudrions-nous à nouveau d’une société où la majorité des individus meurent avant d’atteindre la puberté ? Comme dit le Dr. Anders Sandberg : « Nous valons mieux que ça ! L’évolution nous a peut-être créés, mais nous pouvons faire bien mieux. »

 

2) L’évolution darwinienne est infiniment lente à l’échelle de l’histoire récente de l’humanité. En 2000 ans, l’humanité a connu un progrès technique spectaculaire et transformé le monde, pour le meilleur et pour le pire. Et sur ces 2000 ans, dans les 100 dernières années, davantage de découvertes ont été faites que dans les 1900 précédentes ! Or, 2000 ans, ce n’est rien à l’échelle de l’évolution darwinienne (des dizaines de millions d’années), tout au plus un battement de cils. Voulons-nous sérieusement attendre 50 000 ans pour percevoir de nouveaux changements ? Si le progrès technologique se poursuit, le monde sera radicalement transformé d’ici là, bien au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Se focaliser sur l’évolution darwinienne serait comme regarder une fougère pousser pendant une éruption volcanique !

 

3) Même en acceptant les deux points précédents, il n’est pas dit que l’évolution darwinienne puisse se poursuivre. En effet, le processus de sélection naturelle nécessite une adaptation à un environnement donné. Or, cet environnement, l’espèce humaine l’a largement dominé et transformé, en bâtissant des villes qui n’ont plus rien de comparable avec une jungle ou une savane. Nous ne nous adaptons guère aux villes : pour l’essentiel, les villes sont bâties en fonction de nos contraintes économiques, politiques et culturelles ! Dans ce contexte, le paradigme de l’évolution darwinienne est brisé. Pour qu’elle se poursuive, il faudrait que nous retournions vivre nus dans des cavernes en chassant avec des cailloux – ce que même les luddites les plus radicaux ne souhaitent pas.

 

Et dans ce contexte privé de sélection naturelle (ce qui est une très bonne chose !), les lois de l’évolution jouent précisément contre nous : faute de cette sélection, notre patrimoine génétique se dégrade lentement. Les progrès de la médecine permettent aujourd’hui à des personnes génétiquement moins résistantes de survivre (ce qui est tout à son honneur). Pour enrayer ce problème, deux solutions s’offrent à nous :

– Revenir à une société primitive et brutale où les plus faibles meurent, et seuls les plus forts survivent.

– Ou alors, prendre en main notre destin génétique grâce aux biotechnologies, compenser cette lente dégradation… et, pourquoi pas, aller bien au-delà, en prenant activement le contrôle de notre évolution. Une évolution consciente, voulue, et beaucoup plus rapide que l’évolution darwinienne, même s’il restera nécessaire de prendre le temps de vérifier la pertinence de nos choix.

Cette seconde issue nous semble bien entendu largement préférable !

Adhérer ?

Porte-parole de l’association, j’écris régulièrement des articles pour le site.

Pour me contacter : alexandre.technoprog@gmail.com | En savoir plus



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