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Intelligence artificielle et automatisation

Avec l'automatisation et l'IA, l'emploi est condamné à terme. Cela peut être une très bonne chose... si nous changeons de modèle !

Publié le 19 février 2017, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

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L’intelligence artificielle (IA) a fait des progrès remarquables ces dernières années. On pense évidemment à la victoire d’AlphaGo, l’IA de Google Deepmind, contre le champion de Go Lee Sedol. De façon plus pragmatique, des IA remplacent aujourd’hui des assureurs et détectent des cancers de la peau avec la même expertise qu’un dermatologue. Et cela n’est que le début.

Il devient clair que de nombreux métiers, aujourd’hui effectués par des humains, pourront demain être effectués par des IAs. Il s’agit par exemple du métier de conducteur routier, à l’heure où se profilent les premières voitures autonomes. Mais comme on l’a vu plus haut, les métiers réputés plus complexes ne sont pas à l’abri non plus. Selon une étude de l’université d’Oxford, 85% des emplois pourraient être rendus obsolètes par l’automatisation.

 

Quel avenir pour les conducteurs routiers à l’ère des véhicules autonomes ?

 

Beaucoup pensent que, similairement à ce qu’on a pu observer pendant la révolution industrielle, l’IA créera autant d’emplois qu’elle en détruira (la « destruction créatrice » de Schumpeter). Cependant, cette analogie est erronée. La première vague d’automatisation a fait disparaître de nombreux métiers manuels, et a poussé les humains vers des emplois dits « de bureau » : secrétaire, avocat, ingénieur… Autrement dit, des métiers où l’on traite de l’information. Mais si l’IA effectue ces tâches intellectuelles aussi bien (voire mieux) que l’humain, que restera t-il à ce dernier ?

En vérité, si l’IA atteint le même degré de complexité que le cerveau humain, il n’y a a priori rien qu’elle ne pourrait effectuer. Même la création artistique, domaine réputé exclusif à l’humain, n’est pas à l’abri : on voit apparaître des IA qui composent de la musique ou écrivent des scénarios de films !

 

Faut-il s’en inquiéter ?

Idéalement, nous ne devrions pas. A l’instar de l’allongement de la durée de vie, l’IA représente une formidable opportunité de « libérer du temps de vie » pour se consacrer à l’épanouissement personnel et collectif. Libérée du labeur et de la nécessité, l’humanité pourrait se consacrer à l’art, la science, la découverte, la création…

Cependant, notre économie s’est construite autour de l’idée même du travail. Pendant longtemps, il y avait assez de travail pour que chacun ait un emploi à temps plein, et que le chômage soit minoritaire. Le « chômage systémique » est un phénomène récent, et il va s’amplifier dans les décennies à venir. On doit donc se poser la question suivante : notre système économique actuel est-il adapté à un futur où la quasi-totalité des métiers seraient effectués par des machines ? Probablement pas.

Persister dans le modèle économique actuel, avec son fantasme désuet du plein emploi et du travail à temps plein, risque de mener à des crises politiques majeures à l’issue potentiellement funeste. Pour éviter cela, il faut dès à présent songer à une manière de redistribuer les bénéfices de l’automatisation. Une idée qui gagne en popularité est celle du Revenu Universel de Base : verser à tout citoyen une somme fixe par mois, sans contrepartie, qu’il peut compléter par d’autres emplois s’il le souhaite (et s’il le peut !). L’avantage de cette idée est sa relative simplicité de mise en œuvre. Mais ce n’est bien sûr pas la seule : d’autres parlent de salaire à vie ou de réduction globale et massive du temps de travail.

Quoiqu’il en soit, il faut dès à présent réfléchir à des solutions pour faire en sorte que l’automatisation soit bénéfique à la société dans son ensemble (ce qu’elle devrait logiquement être), et non un accélérateur de crises économiques et politiques (si l’on persiste dans le paradigme actuel).

Certains se plaisent à dire que le travail est un pilier fondamental de la société, et que sans lui, l’humain se retrouverait perdu et désorienté. C’est ce que Raphaël Liogier appelle la « religion du travail » dans son livre « Sans Emploi »  (qui traite de façon beaucoup plus complète de ce qui a été dit plus haut). A l’instar de la mort, le travail a été quelque chose d’incontournable pendant plusieurs millénaires. Afin de ne pas en souffrir, nous avons donc appris à vivre avec, en lui inventant des vertus, des qualités. Cependant, ce discours est aujourd’hui un frein qui nous empêche de penser au-delà du travail.

 

Stakhanov, célèbre apôtre de la religion du travail.

 

Se libérer du travail était pourtant l’idéal des classes dominantes dans les sociétés anciennes : citoyens grecs, patriciens romains, aristocratie… La plupart des grands scientifiques, artistes, écrivains, poètes et philosophes de ces époques en sont issus : cela n’aurait pas été possible sans s’affranchir préalablement du labeur. Aujourd’hui, il devient envisageable de rendre cette condition accessible à tous, sans astreindre une majeure partie de l’humanité à des tâches ingrates. Il ne tient qu’à nous de nous saisir collectivement de cette opportunité.

Notons également que l’IA peut présenter des risques, que les transhumanistes sont les premiers à anticiper. On peut citer Nick Bostrom, co-fondateur de la World Transhumanist Association et professeur à Oxford, avec son livre « Superintelligence ». Beaucoup sont également investis dans le Future of Life Institute, qui finance des recherches pour développer une IA sans danger, et a établi 23 principes éthiques (« principes d’Asilomar ») dans cette optique.

 

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Porte-parole de l’association, j’écris régulièrement des articles pour le site.

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