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Une vie plus longue

Vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé : est-il raisonnable d'y croire ? Et pour quoi faire ?

Publié le 16 novembre 2016, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

Cet article fait partie d’un livre sur le transhumanisme. Pour en savoir plus, cliquez ici.

 

« J’ai des choses à faire pour mille ans. Il n’y a que les déprimés qui veulent mourir à 75 ans ! »

(Laurent Alexandre)

 

S’il y a une chose qui met tous les transhumanistes d’accord, c’est la suivante : vivre plus longtemps est quelque chose de positif, de souhaitable, de désirable.

Face à cela, beaucoup de gens s’écrient : « Mais je ne veux pas passer 50 ans de plus dans un lit d’hôpital ! Merci bien ! »

Il faut donc bien clarifier ce dont nous parlons. Il ne s’agit bien sûr pas de prolonger la vie tout en continuant à se dégrader physiquement et mentalement. Il s’agit justement de lutter contre ce mécanisme de vieillissement, en tentant de le ralentir, de le stopper, et pourquoi pas de l’inverser. Le but étant de rester le plus longtemps possible en pleine forme, en pleine santé et en pleine possession de ses moyens.

Cela semble utopique, car nous voyons le vieillissement comme une sorte d’usure inexorable de notre corps, à la manière d’un vélo qui rouille. Or, cette vision ne correspond pas à la réalité biologique.

En effet, certains organismes ne vieillissent pas (ou quasiment pas), notamment de nombreuses espèces d’arbres : séquoias, chênes, oliviers… Le requin du Groenland peut vivre des siècles, et la méduse Turritopsis nutricula peut renouveler indéfiniment ses cellules dans certaines conditions. Ce dernier cas peut être qualifié d’« immortalité biologique » : en l’absence de maladies, de prédation ou d’accident, elle peut vivre pour une durée indéfinie.

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Turritopsis nutricula, la méduse qui trompe la mort

 

Nous vieillissons donc, non pas parce que notre corps s’use, mais parce que nos cellules cessent de se renouveler, ou que leur renouvellement devient anarchique (cancers). Des chercheurs de l’université de Harvard ont récemment réussi à inverser le vieillissement de souris, autrement dit, à les « rajeunir » biologiquement. Il n’y a donc aucune raison de penser que cela est impossible pour l’humain. Du moins, ces exemples devraient nous motiver à chercher ! Comme le dit Ronald de Pinho, l’auteur principal de l’étude : « Cela démontre bien que les maladies liées à l’âge sont réversibles ».

De nombreux laboratoires de recherche étudient le vieillissement cellulaire. C’est notamment le cas de l’équipe AVENIR de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), que dirige Jean-Marc Lemaître. Dans une émission radio en 2016, il déclarait :

« Depuis une bonne quinzaine d’années, un consensus entre les laboratoires qui travaillent sur le vieillissement est apparu sur certaines données particulières du vieillissement, qui indiquent que probablement, toutes les pathologies qui sont liées à l’âge pourraient avoir un dénominateur commun. Et finalement, aller essayer de cibler cet état particulier cellulaire va peut-être permettre d’avoir tout un ensemble de répercussions sur toutes les pathologies. » (source)

Il y a également de nombreuses pistes du côté des thérapies génétiques, des nanotechnologies, de la compréhension des maladies neurodégénératives…

 

Mais pourquoi voudrait-on vivre plus longtemps, même en pleine forme et en pleine santé ? Certains pourraient dire : « Que ferais-je de 50 ans de vie en plus ? Je ne sais déjà pas quoi faire le dimanche après-midi ! »

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« Que pourrais-je bien faire ? »

 

Précisons tout d’abord qu’il ne s’agit en aucun cas de forcer des gens à rester en vie contre leur gré ! La liberté de mourir est tout aussi importante que celle de continuer à vivre. Simplement, il s’agira d’une mort consciente et choisie, et non d’une mort subie.

Si vous ne savez pas quoi faire de vos dimanches après-midi, je vous invite à prendre un peu de recul : la quantité de choses que nous pourrions faire, voir, expérimenter, créer… en l’espace d’une vie est virtuellement infinie. Nous avons tendance à perdre cela de vue à cause de l’abrutissement du train-train quotidien, mais c’est pourtant bien le cas. Cinq siècles ne suffiraient pas à lire un millième des livres qui pourraient nous intéresser, à maîtriser un millième des domaines qui nous fascinent, à rencontrer un millième des personnes qu’il serait enrichissant de rencontrer, à visiter un millième des lieux que nous aimerions voir de nos yeux, à créer ou découvrir un millième de ce que nous pourrions créer (art) ou découvrir (science)…

Et je ne parle ici que des choses que nous pourrions faire dans le monde actuel. Or, si l’on y ajoute les autres évolutions transhumanistes envisageables (augmentation cérébrale, réalité virtuelle…), la « quantité de choses à faire » augmente de façon exponentielle. Si bien qu’il deviendra de plus en plus impossible d’avoir « tout vu, tout fait, tout essayé » : les possibilités apparaissent plus vite que nous ne pouvons les épuiser. Que se rassurent donc ceux qui affirment sentencieusement que « vivre, c’est choisir » : même en vivant de façon indéfinie, ils devront effectuer une sélection de plus en plus drastique au fil des années !

Il y a une suffisance terrible dans le fait de dire qu’on a « fait le tour de la vie », quand on vit tout au plus 130 ans. Ironiquement, ce genre de remarques vient rarement de personnes qui « vivent à 200% », mais plus souvent de personnes aux perspectives de vie étriquées, qui écartent d’un revers de main dédaigneux tout ce qu’ils ne connaissent pas. Je ne suis pas un apôtre d’une vie à un rythme effréné, et j’aime bien prendre mon temps pour faire les choses ; cependant, l’idée de ne plus savoir quoi faire (à moins de me retrouver enfermé seul dans une pièce sombre – et encore !) me semble relever de la pure fiction théorique. Les seules limites sont le temps et l’énergie, et l’un comme l’autre sont des limites biologiques que nous pourrions repousser.

Mais imaginons tout de même que l’on finisse par avoir le sentiment d’avoir fait le tour de la vie, que l’on commence à ressentir une certaine lassitude (qu’il ne faut pas confondre avec la lassitude induite par la fatigue de l’âge). Pour certains, cela pourrait se produire à 75 ans ; pour d’autres, à 500 ans ; pour d’autres, dans aucune durée temporelle que nous pourrions raisonnablement concevoir. Il sera alors toujours temps de mourir – mais ce sera alors la conclusion libre et volontaire d’une « vie bien remplie », et non une contrainte biologique qui anéantit nos espoirs et notre potentiel en nous affaiblissant jusqu’au trépas.

 

Bien entendu, cela ne doit pas nous empêcher d’accepter l’éventualité de mourir. Même en vivant très longtemps, vivre mille ans n’est pas forcément pour demain ! Et on peut toujours mourir de façon accidentelle. Vouloir se protéger de tout risque de mourir aboutirait à une vie paranoïaque et au final bien terne.

Mais contrairement à ce qu’affirment certains, il n’y a pas forcément de contradiction entre l’acceptation de la mort et le désir de vivre beaucoup plus longtemps. Il n’y a contradiction que s’il s’agit en fait d’une résignation mortifère à ce que nous pensons être un « ordre des choses » millénaire. On peut accepter l’idée de sa propre fin tout en désirant exploiter tout le potentiel de la vie.

Il n’y a pas non plus de raison de faire dépendre l’intensité de la vie de sa brièveté. C’est une conception bien masochiste de la vie, qui n’attribue de valeur aux choses que par leur rareté. Or, les jeunes enfants n’ont pas encore conscience de la mort, et cela ne les empêche pas de jouer avec application ! Sur ce plan, nous aurions tout à gagner à « redevenir des enfants ». « La maturité de l’homme, c’est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant », disait le philosophe Nietzsche – chez qui la figure de l’Enfant est la troisième et ultime métamorphose de l’esprit.

Je précise enfin que, même si je ne devais bénéficier d’aucun allongement de durée de vie, cela me semblerait quand même une cause louable et légitime à défendre. En effet, pour peu qu’on se soucie des générations futures, il me semble important que ceux qui le souhaitent puissent réaliser leur plein potentiel en vivant aussi longtemps qu’ils le désirent. Pour ne prendre qu’un exemple, très peu de chercheurs scientifiques dédaigneraient 50 ans de vie supplémentaire en bonne santé ! Et cela ne devrait pas être le privilège d’une élite, mais bien un droit fondamental, un bien commun. Nous mettons souvent en avant la notion de liberté. Or, le temps n’est-il pas la condition d’exercice de toutes les autres libertés ?

 

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Adhérer ? Porte-parole de l’association, j’écris régulièrement des articles pour le site. Pour me contacter : alexandre.technoprog@gmail.com | En savoir plus


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