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Résumé de l’avis n°122 du CCNE : « Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade »

Avis n°122 du CCNE : « Recours aux techniques biomédicales en vue de « neuro-amélioration » chez la personne non malade » : résumés

Publié le 16 avril 2014, par | Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

 

Présentation de l’avis

        Tout d’abord, profitons de l’excellent travail des rapporteurs du conseil qui ont la bonne idée de conclure à peu près toutes leurs parties (à l’exception de l’introduction et de la première partie) par des résumés succincts mais précis. Je vous donne bien sûr le lien vers l’intégrale du .pdf (29 pages), mais voici ces résumés, complétés des miens pour les parties où ils manquent.

NB : je propose un commentaire critique de cet avis dans l’article : « Commentaire critique de l’avis n°122 du CCNE sur la « neuro-amélioration » (à paraître)

–       Introduction :

Le CCNE reconnaît et rappelle d’abord que le désir et les pratiques d’amélioration cognitives sont immémoriaux. Il faut noter qu’il fait le choix de traduire « human enhancement » par « amélioration humaine » et non « augmentation humaine » comme c’est l’usage médiatique. Le souci est affirmé de vouloir éviter une condamnation implicite dans les termes choisis. Le conseil définit le champ de l’avis : il s’agira des pratiques biomédicales (exit l’alimentation ou les outils high-techs). Il souligne que les résultats des tentatives de neuro-améliorations ne sont pas acquis mais font débat. Il invite à la prudence en raison des grandes difficultés méthodologiques que rencontrent ces investigations. Il met en lumière le fait que se mélangent, dans ces problématiques, des choix individuels et des motivations sociétales. Enfin, il rappelle qu’il s’agit essentiellement aujourd’hui d’un problème de pays riches !

 

–       I) Du normal au pathologique à l’épreuve de la neuro- amélioration

Cette première partie s’ouvre sur une argumentation concernant la relativité du « normal », sur la variabilité de limites qui sont toujours fixées de manière arbitraire. Mais il souligne que la recherche d’amélioration remet d’autant plus en question la pertinence du « normal ». Il va jusqu’à considérer qu’une éventuelle pression sociale en faveur d’une amélioration pourrait faire surgir de nouveaux champs pathologiques (notamment par effet de stress). Il fait enfin valoir que c’est la recherche médicale elle-même qui a permis l’actuelle recherche de neuro-amélioration.

 

–       II) Les Techniques Biomédicales Neuro-modulatrices

<<En résumé, les médicaments et les dispositifs neuro-modulateurs sont essentiellement étudiés et utilisés, avec des indications de plus en plus larges, dans le traitement symptomatique de certaines affections neurologiques et psychiatriques. L’observation d’effets psycho-cognitifs inattendus, jointe au développement très rapide des techniques non invasives, a conduit à l’explosion des études de recherche cognitive chez le sujet non malade, avec des effets observés sur la mémoire, l’éveil, la concentration, le calcul, le raisonnement, l’humeur, l’état émotionnel et la cognition sociale. Une telle fragmentation est loin de refléter le fonctionnement psycho-cognitif global de la personne humaine. De plus, ces effets sont inconstants, modestes, parcellaires et de courte durée. C’est néanmoins à partir de l’observation de ces effets que s’est développée le phénomène de neuro- amélioration biomédicale.>> (p. 10)

 

–       III) Bénéfices et risques ?

<< En résumé, l’évaluation chez le sujet non malade des bénéfices et des risques du recours aux techniques biomédicales en vue de neuro-amélioration se heurte à des difficultés méthodologiques majeures. À court terme, il existe un décalage considérable entre la modestie des effets positifs observés dans les conditions expérimentales de la recherche cognitive et l’importance du bénéfice perçu par les utilisateurs dans la vie réelle. À long terme, le rapport bénéfice/risque est totalement inconnu, en ce qui concerne la durabilité du bénéfice (réel ou perçu) et la possibilité et la persistance d’effets délétères parmi lesquels le plus probable, compte tenu des expériences passées (amphétamines) est celui d’addiction. >> (p. 13)

 

–       IV) Le Recours Aux Techniques Biomedicales En Vue De Neuro- Amélioration : Par Qui, Pour Qui ?

Dans cette partie, le conseil insiste sur les implications sociétales. Il émet notamment l’hypothèse d’une coercition implicite qui fausse une liberté de choix qui ne serait que prétendue par les utilisateurs.

Ce serait notamment le cas des étudiants, sous la pression des exigences de performances et de sélection aux États-Unis.

 

(Nb : Des résumés apparaissent ici pour chaque sous-partie.)

 

–       IVa- L’ampleur du phénomène

<< En résumé : Le phénomène sociétal de neuro-amélioration, bien que d’ampleur difficile à évaluer, demeure actuellement limité, mais il est très probablement voué à se développer dans l’environnement socio-économique actuel, justifiant de ce fait la mise en place d’études d’observation. >> (p. 14)

 

–       IVb- Autonomie

<< En résumé, l’enjeu éthique de l’autonomie est fortement engagé par le phénomène de neuro-amélioration. L’individu se croit libre de tout, mais en réalité il est sous l’effet d’une injonction à la performance. « La recherche éperdue d’une performance mue par le désir impérieux de progresser peut masquer la plus contraignante des aliénations » (avis CCNE n° 81). Dans certains groupes particuliers comme les enfants, les personnes accusées, les soldats, les personnes considérées comme asociales, le risque existe de domination et de manipulation. Le « glissement de la bienfaisance à la manipulation, de « agir pour » à « agir sur » pourrait être subtil » (Chneiweiss, 2012). >> (p. 16)

 

–       IVc- Justice sociale, répartition équitable des ressources

<< En résumé le recours aux techniques de neuro-amélioration (en supposant que celle-ci soit efficace) met à mal l’égalité des chances et de réussite à l’échelle de chaque citoyen et comporte un risque d’émergence d’une classe sociale « améliorée » contribuant à aggraver encore l’écart entre riches et pauvres. >> (p. 17)

 

–       IVd- Rôle du médecin et place de la médecine

<< En résumé, la réflexion sur le rôle du médecin face à une demande venant d’une personne non malade de recourir aux techniques biomédicales de neuro-amélioration ne peut être dissociée de la réflexion de la société face au type de médecine qu’elle souhaite. L’élargissement du champ de la médecine à la neuro-amélioration du sujet non malade ne comporte-t-il pas un risque de distorsion majeure des priorités de santé, risque qui ne pourrait que s’aggraver si les ressources publiques étaient engagées ?. >> (p. 19)

 

–       IVe- Place de la recherche

<< En résumé, la recherche cognitive chez le sujet non malade, bien que n’ayant pas pour finalité la neuro-amélioration, soulève d’importants enjeux concernant en particulier la pertinence des questions posées, l’interprétation et la communication des résultats. Le risque existe que le développement de nouvelles techniques dites de neuro-amélioration ne se fasse, surtout en période de ressources contraintes, au détriment du développement des moyens de base que sont la nutrition, l’éducation, l’apprentissage et l’activité physique régulière. >> (p. 21)

 

–       V) La neuro-amélioration : la question des limites

Les deux premières sous parties sont ici résumées de manière beaucoup plus lapidaire :

V.1. Vers une physiologie du fonctionnement cognitif

et

V.2. Interaction cerveau/machine

<< En résumé, la fragmentation des fonctions cognitives ne reflète ni la plasticité du cerveau, ni la globalité de son fonctionnement. L’interaction cerveau/machine et les cyborgs ne constituent-ils pas de nouvelles formes de neuro-amélioration ? >> (p. 24)

V.3. Dépasser l’homme/dépasser l’humain ?

V.3.1. Position et modification du moi.

<< En résumé, la consommation de substances médicamenteuses et le recours aux techniques biomédicales posent la question de la possible modification du sentiment de soi et de celle de l’adhésion à soi. Cette consommation remet en question le rapport de permanence que chacun entretient avec soi-même. Que peut être ce soi qu’on dit être modifié ?>> (p. 25)

V.3.2. Humanisme, transhumanisme, posthumanisme

<< En résumé, l’humanisme classique, celui du siècle des Lumières notamment, repose sur la perfectibilité humaine. Il est de plus en plus confronté à un transhumanisme et à un posthumanisme, deux mouvements de pensée qui inscrivent la bio-finalité humaine dans des formes de contrôle.>> (p. 27)

 

VI – CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

 

Dans ses attendus, le Conseil rappelle que, selon ses experts, nous assistons actuellement à un « changement d’échelle et de nature des technologies de neuro-amélioration ». Selon eux, cette évolution est même « tellement rapide qu’elle précède en très grande partie l’acquisition des connaissances. »

 

Le CCNE alerte en conclusion sur deux questions :

 

1. Questionnement sur la recherche, la santé, la médecine et la protection sociale

 

–       Les incertitudes et les risques potentiels doivent entraîner de déconseiller les pratiques de la neuro –amélioration aux enfants, adolescents et personnes vulnérables.

–       Le Conseil appelle à la mise en place d’études, en France, sur le long terme en vue d’éventuelles « mesures de prévention, voire de régulation. »

–       le corps médical devra être informé des divers enjeux de la neuro-amélioration biomédicale.

–       La société devra se poser la question de savoir si elle souhaite que la médecine reste « dans son rôle traditionnel de prévention, diagnostic et traitement des maladies, ou [si elle doit] élargir son champ d’intervention à ce phénomène. »

–       Enfin, l’avis du CCNE est que « l’élargissement du champ de la médecine à la neuro-amélioration biomédicale du sujet non malade, comporterait un risque majeur de distorsion des priorités de santé, risque qui ne pourrait que s’aggraver si les ressources publiques étaient engagées », ce qui « mettrait à mal l’exigence de justice sociale ».

 

2. Questionnement sur la personne et la vie en société

 

–       Le Conseil alerte contre les risques de coercition implicite ou explicite qui peuvent induire ou suivre le désir de neuro-amélioration. Il signale aussi le risque d’apparition d’une « classe sociale améliorée » de nantis qui pourraient renforcer leur domination.

–       Il signale le biais de simplification des techniques de neuro-amélioration qui courent le risque de négliger la complexité globale du cerveau humain.

–       Il conclut en rappelant que « ces conclusions incitent à considérer la neuro-amélioration avec un mélange de modestie, d’ouverture d’esprit et de questionnement scientifique. »

Marc Roux

Adhérer ? Porte-parole de l’Association Française Transhumaniste : Technoprog, chercheur affilié à l’Institute for Ethics and Emerging Technologies (IEET). En savoir plus


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