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La mort de la mort. Lettre de janvier 2015. Numéro 70.

Si vous pouviez prendre un homme, le disséquer d’une telle manière que  vous puissiez équilibrer ses natures (qualités) et ensuite le ramener à la vie, il ne serait plus sujet à la mort. Jabir ibn Hayyan, alchimiste musulman (connu comme Geber en France 721-815) Thème du mois: Longévité et religions Nous autres civilisations, nous savons désormais... [lire la suite]

Publié le 1 février 2015, par | Suivez-nous : facebook  

ndexperimentSi vous pouviez prendre un homme, le disséquer d’une telle manière que  vous puissiez équilibrer ses natures (qualités) et ensuite le ramener à la vie, il ne serait plus sujet à la mort. Jabir ibn Hayyan, alchimiste musulman (connu comme Geber en France 721-815)

Thème du mois: Longévité et religions

Nous autres civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles, écrivait Valéry il y a un peu moins d’un siècle au lendemain de la première guerre mondiale.

Les religions meurent aussi, l’une après l’autre, au crépuscule des cultures qui les ont portées. Elles meurent dans le sang et les larmes ou parfois dans le silence de l’oubli des derniers pratiquants épisodiques devenus agnostiques ou conquis par d’autres idées religieuses.

Chronos, Dieu grec du temps, ne dévore plus ses enfants depuis 25 siècles. Thot, divinité égyptienne, seigneur du temps, ne joue plus aux dés contre Nout depuis plus de 3 millénaires.

Souvent, les religions nous annoncent la fin des temps alors qu’elles sont incapables d’annoncer leur propre mort. Le calendrier Tzolk’in ne rythme plus les journées des dieux mayas depuis bien longtemps. Il avait bien permis à quelques-uns de se faire peur en 2012, mais certainement pas de faire revivre les panthéons mayas, aztèques ou incas.

Pour les trois religions du livre, ainsi que pour la majorité des autres courants de pensée religieux contemporains, notamment l’hindouisme et le bouddhisme, un aspect fondamental est l’affirmation que la mort biologique d’un être humain, n’est pas la fin de tout: la conscience subsistera.

Les promesses d’une existence après la mort sont un élément essentiel de (presque) toutes les religions. Consciemment ou inconsciemment, la quête de spiritualité ‑ et ce qui nous fait aimer et respecter les religions ‑ c’est notamment la promesse d’être conscients aujourd’hui et à travers le torrent des siècles.

Pour (presque) toutes les religions contemporaines, ce sont toutes les femmes et les hommes qui ont cette possibilité, même si le sort des uns est plus enviable que celui des autres, même si donc le paradis est plus souhaitable que l’enfer.

L’universalité de la vie après la mort n’a pas toujours été présente dans tous les cultes. Par exemple, dans l’Egypte ancienne, l’accès à l’au-delà des croyants osiriens exigeait des conditions strictes. Dans la religion aztèque, la mise à mort de femmes ou d’hommes par sacrifice était même nécessaire pour permettre la course du soleil.

Les religions ont d’innombrables manières d’envisager la longévité après la mort biologique, mais elles s’inscrivent toujours dans trois grands ensembles d’explications:

– La résurrection. Un jour, l’être humain renaitra sur la base de ce qu’il était avant son décès. Le corps sera donc reconstitué, presque à l’identique.
– L’âme. L’enveloppe charnelle disparait, mais la conscience (l’âme, l’esprit, …) subsiste et peut poursuivre une existence. Cette existence est généralement non perceptible aux humains vivant sur terre, sauf de manière diffuse.
– La réincarnation (métempsychose). La conscience migre vers un autre corps, que cela soit un être humain ou un autre être vivant ou même un objet inanimé.

Il faut remarquer qu’une religion peut combiner plusieurs explications avec des accents divers. Ainsi, la religion catholique a longtemps mis l’accent principalement sur la résurrection, mais le concept d’âme était également fort présent. Aujourd’hui, c’est le maintien de l’âme qui est plus mis en avant, la résurrection étant moins abordée.

Les grandes religions contemporaines sont apparues il y a de nombreux siècles. Elles se sont adaptées aux connaissances scientifiques et ont converti bien des affirmations en métaphores. Lorsqu’un croyant de religion musulmane, juive ou catholique parle du ciel, de l’enfer, du paradis à des personnes, il est rare que ce soit aujourd’hui perçu comme une référence à un lieu physique. Il s’agit plutôt d’une autre dimension ou d’un concept inconnaissable. Pour les hindouistes et les bouddhistes, le concept de « transfert » de l’âme est central, mais les informations précises sur ce qui est transféré se font de plus en plus rares.

Un point commun des conceptions des religions du livre est que le vieillissement n’existe plus au-delà de la mort biologique. L’existence dans l’au-delà se poursuivra sans plus aucun processus de sénescence.

Mais les religions ne s’intéressent pas à la santé des femmes et des hommes uniquement dans l’au-delà, elles s’y intéressent également en ce monde. En effet, pour l’immense majorité des croyants, même si la vie ici est supposée courte et la vie au-delà est supposée éternelle, la vie sur terre est ce qui occupe le plus les esprits. Et c’est encore beaucoup plus le cas en ce début de 21ème siècle. C’est beaucoup plus le cas en effet dans un monde où la vie « terrestre » est de plus en plus longue et agréable et où la certitude de la vie dans l’au-delà fait l’objet d’interrogations de plus en plus nombreuses, même de la part des croyants.

Dans ce cadre, les religions considèrent de plus en plus positivement le fait de conserver et d’améliorer la santé. Il n’y a généralement pas d’opposition forte aux techniques médicales. Dans certains cas (de plus en plus exceptionnels), les représentants religieux affirment même que la puissance divine intervient pour favoriser la santé par des miracles.

Lors de progrès médicaux considérables, certains croyants, certains experts religieux s’interrogent sur la légitimité d’avancées où l’homme serait atteint de démesure, ferait « concurrence » à Dieu. Ces interrogations disparaissent généralement une fois que le progrès médical est intégré. Ainsi, un catholique (juif, musulman,…) pratiquant du 18ème siècle aurait probablement été horrifié par les transgressions que représentent les transfusions, les greffes d’organes, l’anesthésie générale, tout comme son frère contemporain pourra être effrayé par l’idée que des nanorobots médicaux navigant dans son corps lui permettront peut-être un jour de vivre beaucoup plus longtemps en bonne santé.

D’innombrables lettrés musulmans, chrétiens et juifs ont écrit des textes et traités médicaux par le passé afin de permettre d’améliorer la santé de leurs frères humains. Ils continueront très probablement à le faire dans le futur parfois avec un peu de retard sur les plus avancés de leurs contemporains mais très souvent avec un sens développé de la compassion.

Les bonnes nouvelles du mois : des progrès dans la recherche relative aux maladies neuro-dégénératives

Des chercheurs de l’Université de Stanford ont établi qu’une protéine appelée EP2, a pour conséquence, chez des souris âgées que certaines cellules du cerveau (les cellules microgliales) cessent de fonctionner efficacement, suite à un mécanisme similaire à la maladie d’Alzheimer. Ils ont également constaté qu’un médicament donné, interrompait l’effet de cette protéine et améliorait les performances cognitives de ces souris.

Catherine Verfaillie et Philip Van Damme, biologistes moléculaires de l’Université catholique flamande de Louvain (KUL) ont réalisé une expérience de laboratoire dans laquelle des cellules de patients atteints d’une forme de démence ont pu être « guéries ». Il s’agit de patients atteints de démence fronto-temporale dont des cellules de la peau ont été transformées en cellules-souches, puis en cellules neuronales. Ces cellules ont ensuite pu être guéries, soit par manipulation génétique, soit par l’injonction d’un « cocktail » de molécules.

Ces expériences sont prometteuses, mais cependant, comme toujours jusqu’ici dans le cadre des maladies neuro-dégénératives, nous sommes encore très loin d’une thérapie et il faudra d’abord confirmer les résultats obtenus.


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