La mort de la mort. Lettre de juillet 2014. Numéro 64.

Leluis et Scipion, il faut résister à la vieillesse, s’évertuer pour en racheter les défauts et la combattre comme on fait de la maladie. Cicéron dans son Traité De senectute (de la vieillesse), faisant parler Caton, 44 avant Jésus-Christ. En latin: Resistendum, laeli et scipio, senectuti est; ejusque vitia diligentia compensanda sunt; pugnandum, tamquam contra... [lire la suite]

Publié le 13 octobre 2014, par dans « transhumanisme »

Leluis et Scipion, il faut résister à la vieillesse, s’évertuer pour en racheter les défauts et la combattre comme on fait de la maladie. Cicéron dans son Traité De senectute (de la vieillesse), faisant parler Caton, 44 avant Jésus-Christ. En latin: Resistendum, laeli et scipio, senectuti est; ejusque vitia diligentia compensanda sunt; pugnandum, tamquam contra morbum, sic contra senectutem.


Thème du mois: Souris vieillissantes, recherches rajeunissantes


 

Vous ne les verrez presque jamais. Vous les entendrez parfois. Elles vivent dans nos maisons, dans nos appartements et dans nos bureaux, généralement à moins d’un mètre d’un lieu où vous passez tous les jours, voire où vous dormez.
Nous sommes généralement indifférents à ces milliards de petits animaux si ce n’est pour les éliminer s’ils deviennent trop envahissants. Alors, nous utilisons de la « mort aux rats », sans guère nous préoccuper de leur mort, lente et douloureuse, par hémorragie interne.
En fait, nous ne nous préoccupons que des souris qui sont en captivité comme animaux de compagnie ou comme sujets d’expérimentation. Cette préoccupation est louable car le degré d’avancée d’une société se mesure notamment au degré de protection des êtres sans défense dont nous avons la garde. Mais la différence de traitement selon la proximité physique et psychologique est considérable.
De par le monde, il existe une catégorie de personnes qui cherchent à permettre une vie beaucoup plus longue pour certaines souris particulièrement protégées. Ce sont les chercheurs qui s’intéressent à la longévité. Ils expérimentent des produits, des régimes alimentaires, des exercices, des transfusions et bien d’autres méthodes encore. Dans leur travail, ils sont soumis â des règles très strictes d’attention voire de compassion pour les animaux. Parfois, ils s’attachent même à leurs sujets d’expérimentation. Cependant leur action n’est pas prioritairement destinée au bien-être des animaux, mais bien à celui d’autres êtres souvent faibles et presque sans défense, les personnes les plus âgées.
Il en va de souris de laboratoire comme des êtres humains de tous les terroirs. Le début de la vie est généralement sans grand souci de santé et ce n’est que plus tard que les symptômes de vieillissement apparaissent. Mais une différence fondamentale existe : chez les humains, « plus tard » se traduit par une grosse cinquantaine d’années alors que chez nos très lointains cousins muridés, par seulement d’une grosse cinquantaine de dizaines de jours.
Une souris de 18 mois commence à vieillir et c’est donc à partir de cet âge qu’il faudrait idéalement tester non seulement tout ce qui a une influence sur sa longévité, mais même tout ce qui a un impact sur sa santé. En effet, si nous pouvons faire des essais sur des souris plus faibles et en mesurer l’impact, nous pourrons un jour protéger et améliorer la vie des femmes et des hommes les plus faibles.
Cela se pratique peu encore aujourd’hui. Parce que les chercheurs  s’intéressent peu à la lutte contre le vieillissement, parce qu’il est plus simple de tester sur des animaux jeunes et en parfaite santé, mais aussi pour de simples raisons économiques. Même si une souris consomme très peu (un gramme de nourriture par jour), élever une souris jusqu’à l’âge de 18 mois signifie 15 mois de garde supplémentaire dans des conditions correctes avec un suivi quotidien par rapport à l’élevage de jeunes souris adultes.
Elever des souris pendant longtemps pour pouvoir tester dans des conditions ressemblant plus à ce qui nous menace comme humains est souhaitable. De plus, pour les souris jeunes comme pour les souris adultes, pour l’expérimentation, il est nécessaire de travailler en comparant les individus bénéficiant d’un traitement à ceux n’en bénéficiant pas et ceci dans des conditions de strict « (double) aveugle ».

 

Cela signifie:

 

  • que les souris doivent être séparées en deux groupes (ou plus) dont au moins un groupe témoin, sans traitement spécifique;

 

  • que les personnes qui s’occupent des animaux ainsi que les personnes qui mesurent les résultats ignorent à quel groupe de souris ils ont affaire. Ceci pour diminuer le risque de fraude mais surtout pour diminuer le risque de traitement différencié fait par les chercheurs sans qu’ils s’en rendent compte. Même le meilleur chercheur du monde est inconsciemment influençable.

Dans certains cas, le double aveugle est impossible. Il faut alors veiller autant que possible à ce que les conditions soient quand même similaires et à ce que ceux qui soignent et mesurent les résultats ignorent le but de l’expérimentation.

Enfin, les progrès technologiques permettent de plus en plus une automatisation de bien des procédures. Outre l’avantage économique, les risques d’erreur et de biais inconscients sont considérablement limités lorsque le traitement et la mesure sont effectués par des machines.
Les expériences qui pourraient être faites concernent notamment:

 

  • les produits, pharmaceutiques ou non, pour lesquels des spécialistes pensent qu’un effet positif est possible;
  • la thérapie génique;
  • l’injection de cellules souches;
  • l’alimentation;
  • des techniques diminuant l’impact de maladies neurologiques;
    les nouveaux produits testés dans le cadre REACH (aujourd’hui, seule la nocivité éventuelle est testé; il serait envisageable de tester aussi pour des effets positifs induits);
  • des « cocktails » de mesures, par exemple, injection de cellules souches et administration simultanée d’un produit.

 

Une fois ce type de test lancé, les résultats sont rapides. Les souris vivent rarement plus de 3 ans. L’efficacité d’un traitement peut donc être établie en 18 mois. Psychologiquement, le jour où une thérapie aura un impact considérable sur la longévité de la souris, beaucoup de citoyens pourront se dire et souhaiter que ce soit leur tour de vivre plus longtemps. C’est d’ailleurs notamment pour cela qu’une organisation britannique, la « Methuselah Foundation » dote d’un prix celui qui arrivera à établir un traitement permettant à une souris de vivre plus longtemps que toutes les autres souris de laboratoire avant elles.

 

Il faut cependant rester prudent. Des moyens peuvent être efficaces pour les souris et pas pour l’homme. Inversement, il peut y avoir des moyens inefficaces pour les souris ayant un impact positif sur l’homme qui risquent de passer inaperçus. Il reste que l’expérimentation sur des souris vieillissantes est un moyen économique, efficace, prometteur, relativement simple et facilement compréhensible pour promouvoir et accélérer les recherches en matière de longévité. Toutefois, d’autres recherches restent nécessaires pour être en mesure de donner aux personnes âgées du futur et même à certaines des personnes déjà âgées aujourd’hui une vie en bonne santé plus longue et plus heureuse.

 


Bonne nouvelle du mois: Un nouveau projet de Google,

« Baseline Study »


Google continue ses investissements dans le domaine de la compréhension de la physiologie des êtres humains et donc de la santé. Cette société va recueillir l’information génétique et moléculaire de 175 personnes (anonymes) en bonne santé pour pouvoir décrire aussi parfaitement que possible ce qu’est un être humain sans maladie. Pour ce faire, Google a notamment engagé Andrew Conrad, biologiste spécialiste des tests relatifs au Sida.

Des milliers d’autres personnes devraient être examinées après les 175 premières personnes. Cela devrait permettra de déterminer avec précision de multiples éléments génétiques et physiologiques qui contribuent à notre bonne ou mauvaise santé.

Ce projet intitulé « Baseline Study » est remarquable. Il reste à espérer que des institutions publiques emboitent le pas et/ou que les éléments utiles découverts soient mis à disposition de manière ouverte pour les chercheurs, le corps médical et l’ensemble des citoyens.


Pour en savoir plus:

Vice-président de l’AFT-Technoprog Je me définis comme un activiste du social essayant de promouvoir l’égalité et la solidarité à tous les niveaux notamment grâce aux progrès technologiques utiles qui nous permettent de vivre mieux, plus longtemps et d’échanger de plus en plus de connaissances. En savoir plus