Le défi d’un monde sans travail

L’arrivée de l’informatique de manière invasive et les progrès de l’intelligence artificielle puis de la robotique bouleversent le monde du travail.   La notion de chômage technologique L’arrivée de l’informatique de manière invasive et les progrès de l’intelligence artificielle puis de la robotique bouleversent le monde du travail. Comme je l’avais déjà illustré dans un... [lire la suite]

Publié le 16 octobre 2014, par

L’arrivée de l’informatique de manière invasive et les progrès de l’intelligence artificielle puis de la robotique bouleversent le monde du travail.

 

La notion de chômage technologique

L’arrivée de l’informatique de manière invasive et les progrès de l’intelligence artificielle puis de la robotique bouleversent le monde du travail. Comme je l’avais déjà illustré dans un précédent article(1) le phénomène de la disparition du travail par l’automatisation des tâches semble loin d’être une illusion. Depuis la crise des subprimes en 2008 et un chômage de longue durée qui s’installe aux États-Unis et ailleurs, une réflexion de fond se développe outre Atlantique sur la possibilité que cela soit dû à une automatisation accrue de l’économie(2). Face aux contraintes de la crise, en quête de gains de productivité, les entreprises accélèrent ce phénomène déjà ancien qui redevient d’actualité(3).

Ainsi, sommes-nous pris sous une épée de Damoclès, celle de ne plus pouvoir subvenir à nos besoins essentiels dans une société où les tâches courantes sont exécutées par des machines autonomes. Et si l’on en croit le paradoxe de Moravec(4) les emplois intellectuels ne sont pas les moins menacés, bien au contraire.

L’exemple du diagnostic médical peut servir d’illustration de référence d’ailleurs(5). Aujourd’hui une intervention humaine est encore d’actualité et ces systèmes experts ne sont que des outils d’aide à la décision. Mais déjà IBM avec Watson (celui-là même qui gagna à Jeopardy) a de meilleurs résultats dans le diagnostic sur certaines pathologies cibles(6). Nous sommes donc encore à une certaine distance du docteur artificiel de Start Trek… cependant, si demain leurs performances surpassent celles des médecins humains au point de rendre le facteur humain secondaire, voire superflu, ce métier tendra à se raréfier ; peut-être continuerons-nous à garder une présence humaine par confort. Élargi à nombre de métiers aujourd’hui considérés comme typiquement humains, la décrue du marché de l’emploi pourrait mener à un chômage technologique massif.

Une évaporation des revenus

Comme Martin Ford le décrit dans The Lights In the Tunnel(7) toute notre économie de Marché repose sur l’idée de consommation. Or, nos économies aujourd’hui ont tant intégré l’idée de consommation de masse que tout hoquet du corps des consommateurs provoque une souffrance économique globale. Et en cas de disparition du travail c’est le revenu des employés qui constituent également le corps des consommateurs qui s’évaporera. Si Martin Ford a vu juste, sans revenus pour la majorité, les entreprises se retrouveront à ne vendre qu’à ceux possédant des revenus de rente, forcément minoritaires dans la société. Le marché de la consommation s’effondrera et par ricochet la plupart des entreprises. Ne subsisteront probablement que celles opérant sur des niches de marché(8) indépendantes de la consommation de masse.

De plus, l’absence de revenus pour la majorité des citoyens risque de provoquer de sérieux remous sociaux. Même si des doutes se sont fait entendre outre Atlantique quant au lien de causalité direct entre pauvreté et criminalité(9), un peuple paupérisé est souvent un peuple instable et dangereux. Ainsi, une société où l’essentiel de l’activité économique est exécutée par des machines totalement autonomes ne pourra rester stable, viable et dynamique que si une solution est trouvée et mise en application concernant les moyens de subsistance du plus grand nombre.

Travail et lien social

Mais au-delà de l’aspect purement financier, un emploi est aussi un outil fabuleux d’intégration sociale. Notamment à travers le réseau professionnel qu’une personne tisse au cours de sa vie active. Cet aspect social est tel que la mode des réseaux sociaux a accouché de réseaux sociaux à vocation professionnelle comme Linkedin(10) ou Viadeo(11). Cet aspect social de la fin du travail pourrait être amoindri par la création de nouvelles formes de relations en société, mais cela ne concernera-t-il pas principalement ceux nés dans cette société sans travail et donc adaptés et habitués à tisser des liens en dehors de toute activité professionnelle ? Je m’interroge : le risque n’est-il pas grand, pour les générations nées dans un monde où l’emploi humain reste au centre du monde du travail, de ne pas savoir gérer psychologiquement l’entrée dans ce monde sans travail ? Car nombre d’études montrent que le chômage est disruptif et destructeur de lien social(12).

Des expériences concernant le revenu de base(13) démontrèrent même une faible désincitation au travail tendant à illustrer que la notion couvre probablement bien plus que sa motivation principale sur le revenu. Et même si l’argent reste le premier facteur d’incitation au travail, il n’est pas le seul comme le montre un sondage effectué par le site de recherche d’emploi Monster(14)(15).

Un problème de perspective

Face à cette problématique majeure d’une société où les machines autonomes ont rendu l’employé humain dispensable, un changement majeur de paradigme s’impose. Si nous continuons à placer la valeur travail au centre de toute chose très vite l’économie de la machine nous renverra une image négative de nous-mêmes, l’idée de notre obsolescence. Malheureusement, l’idée de chômage technologique porte en elle cette vision négative. Elle s’inscrit dans un logique de compétition contre la machine que l’homme ne peut que perdre car il ne bénéficie pas de la loi de Moore(16) pour augmenter sa performance. C’est ce piège que Erik Brynjolfsson et Andrew McAffee préconisaient d’éviter dans Race Against The Machine(17). Face à la force brute de la machine l’humain sera toujours perdant à terme.

Comme je l’avais déjà dit dans mon premier article, il nous faudra réinventer notre place dans la société. Être innovant dans les idées à défaut de pouvoir suivre dans la performance qui sera donc l’apanage de nos machines. Et le premier pas dans cette démarche passe déjà par notre posture face au problème. C’est pour cela que j’ai fait mien ce terme imaginé par David Latapie, membre de l’AFT : Transition Laborale. Derrière l’anglicisme se cache une posture plus positive qui voit le défi qui s’annonce comme une opportunité et non une fatalité. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons avancer et faire de ces machines autonomes notre nouvel outil vers plus de prospérité et non un Skynet(18) économique.

Dans de prochaines contributions, les aspects particuliers de cette transition laborale seront abordés de manière plus détaillée.

Cyril Gazengel

1 http://www.transhumanistes.com/archives/1599
http://alittledisorder.com/resilience-across-domains/economics/technological-unemployment-amidst-stagnation/
http://business.lesechos.fr/directions-ressources-humaines/0202578127382-quand-les-machines-remplacer ont-les-hommes-5000.php
4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Moravec
5 http://singularityhub.com/2010/05/10/the-ai-doctor-is-ready-to-see-you/
6 http://www.rawstory.com/rs/2013/02/12/ai-system-diagnoses-illnesses-better-than-doctors/
7 http://www.thelightsinthetunnel.com/
8 http://fr.wikipedia.org/wiki/Niche_de_march%C3%A9
9 http://www.contrepoints.org/2011/09/07/44484-la-pauvrete-a-lorigine-de-la-criminalite
10  http://fr.wikipedia.org/wiki/Linkedin
11  http://fr.wikipedia.org/wiki/Viadeo
12  http://ress.revues.org/248
13  http://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base
14  http://info.monster.fr/Lesalaireconstituelepremierfacteurdemotivationautr-120403291/article.aspx
15 http://www.lavieeco.com/news/la-vie-eco-carrieres/motivation-l-argent-reste-le-premier-facteur-en-europe- 4307.html
16 http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_moore
17 http://www.transhumanistes.com/archives/620
18 http://fr.wikipedia.org/wiki/Personnages_de_Terminator#SkyNet