Le droit de ne pas pourrir
Est-il possible de briser en France, le tabou cryogénique et le dogme de la mort obligatoire ?
Publié le 24 octobre 2026, par dans « Immortalité ? »
Depuis des siècles, on nous vend la mort comme une poésie. Un « grand voyage », un « cycle de la nature ».
En réalité, ce n’est qu’un syndrome de Stockholm à l’échelle de l’humanité : nous glorifions notre impuissance. Consentir à la décomposition ou à la crémation n’est pas un acte de sagesse, mais une démission de la volonté.
Pourquoi devrions-nous capituler avec l’accord de la loi ?
Aujourd’hui, l’État s’arroge le droit de réglementer votre dernier souffle. En faisant de la cryopréservation un tabou intouchable et une pratique interdite sur notre sol, la législation vous imposes le néant par décret.
Jusqu’où va ce dogme ? Souvenons-nous de l’affaire du docteur Raymond Martinot . Cet homme, alors atteint d’un cancer incurable, avait dit explicitement, dans ses dernières volontés, qu’il voulait se faire cryogéniser avec sa femme, morte en `1984, selon un pacte qu’ils avaient fait. Après la mort de M. Martinot, ce fut à leur fils, à qui il incomba de faire respecter ce droit. Cependant, suite à une panne du système cryogénique, ordre fut donné au fils d’incinérer les corps de ses parents. Le dernier mot, comme on peut le voir, revient aux autorités immanquablement. Tel est le vrai visage de ce tabou : l’État préfère mandater la destruction biologique et piétiner les dernières volontés plutôt que d’autoriser l’espoir.
Il ne protège pas les vivants : il verrouille l’avenir et condamne administrativement nos corps. En clair, c’est un un abus de pouvoir biopolitique.
Briser le dogme de la finitude
En 1981, l’État français a aboli la peine de mort, arguant que le droit de détruire une existence était non conforme à la Constitution. Pourtant, aujourd’hui, ce même État sanctifie le dogme de la mortalité obligatoire et s’autorise à proscrire la préservation, de la même façon qu’il a proscrit, durant des années, voire des siècles, la pratique de la crémation : en effet, jugée comme étant une pratique païenne par Charlemagne, ce dernier l’interdit officiellement au sein de son empire ; Pendant plus de 900 ans, l’Église, connue pour son conservatisme légendaire, fit obstacle à toutes tentatives de changements, car ses pairs jugeaient cette pratique comme « Contraire à la mort du Christ ».
Il fallut attendre la IIIe République, avec la promulgation de la loi du 15 Novembre 1887 concernant la liberté de la sépulture, et près de 70 ans encore pour que l’Église la reconnaisse ; exactement, cela eut lieu en 1963, sous le concile Vatican II. Voyez l’hypocrisie du système : chercher à mourir devient un droit accompagné et encadré par la loi, tandis que chercher à survivre par la science est frappé d’interdit. Nous dénonçons ce deux poids, deux mesures idéologique. L’État n’a pas à imposer sa métaphysique de l’anéantissement. S’il accepte de garantir le droit de renoncer à la vie, pourquoi n’accepterait-il pas aussi le droit de se battre pour elle ?
Refuser ce dernier droit, dans un état de démocratie, nous semble absurde et immoral.
En finir avec la ségrégation et l’exil biologique
Aujourd’hui, faute de cadre légal en France, la cryogénisation est un privilège réservé aux exilés fortunés. Une certaine élite, en somme. Pour espérer préserver leur corps, les citoyens convaincus sont contraints de s’expatrier ou de transférer leur dépouille à l’étranger :
- Dans les centres spécialisés en Suisse (en partenariat avec l’entreprise allemande Tomorrow Biostasis) ;
- En Russie ;
- Ou dans les installations historiques des États-Unis.
Cette double peine — la prohibition légale sur notre territoire et la ségrégation par la fortune et les frontières — tout cela imposé au nom d’une « morale » qui arrange bien qui elle veut, est profondément inacceptable.
Bien entendu, le but n’est en aucun cas d’imposer ce choix à la société entière, mais d’ériger un droit fondamental : la cryopréservation doit devenir une liberté légale, encadrée et garantie pour les personnes qui l’ont choisie, car elles espèrent que le pari scientifique réussira. Il est temps que notre pays sorte de sa cécité idéologique, pulvérise ce tabou institutionnel et cesse de criminaliser la volonté de vivre.
Un passeport pour le futur : la lucidité contre la résignation
Toutefois, restons lucides et ne regardons pas cela avec des yeux naïfs ! Personne ne prétend que la cryopréservation est une baguette magique. À l’heure actuelle, la technologie se limite à conserver la structure biologique et à essayer de préserver l’information du corps humain. En d’autres termes, elle permet de surseoir à la mort, de mettre son procédé biologique en pause. Mais cette préservation, c’est un passeport pour le futur.
Notre conception de la mort biologique a bien changée : après avoir parlé d’arrêt du souffle pendant longtemps, on s’est mis à parler d’arrêt cardiaque, puis d’arrêt cérébral. N’est-ce pas une preuve que nous adaptions déjà nos législations, nos mœurs à nos capacités et à nos connaissances scientifiques ?
Fort de ce constat, la légalisation de la cryopréservation serait simplement anticiper une capacité à venir.
Certes, pour beaucoup de gens, cela paraît tout droit sorti de l’univers de la science-fiction. Mais force est de reconnaître que ce n’est pas par hasard, ni par fantaisie, si ce droit est revendiqué par certaines personnes.
Beaucoup espèrent que, demain, des pathologies aujourd’hui incurables pourront être soignées ; des personnes en situation de handicap lourd, ou frappées par des maladies génétiques dévastatrices, pourront peut-être retrouver leur intégrité physique grâce aux biotechnologies de médecine régénérative.
« Je n’ai que 14 ans et je ne veux pas mourir […] Je pense que la cryopréservation me donne une chance d’être guérie et réveillée, même dans des centaines d’années. »
« JS », 14 ans, atteinte d’un cancer terminal (extraits de sa lettre à la Haute Cour de Londres en 2016. Le tribunal a finalement validé la demande soutenue par la même et permis la cryogénisation de la jeune femme).
Cela peut être considéré comme un acte de foi rationnel dans le progrès scientifique. C’est ce que pensait sans doute, le docteur Martinot et sa femme, que nous avons mentionnés plus haut.
Pourquoi devoir contraindre des mourants à mener des guerres juridiques acharnées ou à s’exiler à l’autre bout du monde pour avoir simplement le droit d’espérer ? Maintenir le tabou, c’est décider arbitrairement que la médecine d’aujourd’hui doit être la limite définitive de toute vie humaine.
L’heure du choix
Regardez nos cimetières : des parcelles de marbre payées à prix d’or pour y abandonner notre histoire et notre génie biologique à la pourriture. Quant à la crémation, elle anéantit à jamais l’information et la complexité humaine sous le couvert d’une norme sociale incontestée.
En France, on vous garantit le droit de mourir dans la dignité administrative d’un lit d’hôpital, mais il vous est interdit d’espérer franchir le siècle.
Il est temps d’employer la force des grands combats : brisons ce tabou d’État, détruisons ce dogme mortifère. Nous exigeons le droit le plus fondamental de tous : la liberté absolue de tenter de survivre pour ceux qui le décident.