Corps humanoïdes et cyberattaques rebattent les cartes du mind uploading

Deux changements majeurs pourraient influencer les scénarios de prospective relatifs au mind uploading : les progrès de la robotique et l’instabilité cyber mondiale

Publié le 18 septembre 2026, par dans « __Général »

Alors que l’avènement de la Singularité Technologique, que nous annoncions dès 2022, est salué par plusieurs personnalités de la tech, et que les “pays de génies dans un data center” que sont les grands laboratoires d’IA multiplient les exploits scientifiques en inquiétant le monde de la cybersécurité, nos paysages et horizons socioculturels changent.

Parmi ces changements, signalons-en deux qui pourraient influencer la manière dont nous envisageons le mind uploading, ou “téléchargement de l’esprit” (plus scientifiquement : l’émulation de cerveau) : le perfectionnement des corps artificiels humanoïdes d’une part, et la vulnérabilité du stockage de données d’autre part.

Des corps nettement plus agiles

La maîtrise réelle de la bipédie par la robotique est très récente. 16 000 robots humanoïdes ont été produits l’année dernière dans le monde. Ce nombre est appelé à augmenter, au vu des investissements colossaux réalisés aux Etats-Unis, en Europe et surtout en Chine, en accompagnement d’une demande croissante. Les “jeux olympiques des robots” à Pékin ont notamment attiré l’attention médiatique cet été.

Au-delà des considérations relatives aux emplois ou à la répartition des richesses, ces corps artificiels de plus en plus agiles peuvent permettre à d’éventuels futurs “émulés” de se rapprocher du reste de l’Humanité.

Les récits de fiction ou de prospective qui abordaient jusqu’ici le mind uploading imaginaient en effet un passage soit initiatique (San Junipero) soit carrément douloureux (Transcendance) vers le virtuel et les mondes numériques, parfois même un enfermement définitif loin du monde physique dans lequel nous évoluons tous, à la manière du film Tron où un joueur d’arcade est happé par l’ordinateur.

Avec le recul, de tels récits paraissent aujourd’hui peu crédibles. Pourquoi s’interdire une incarnation dans le monde réel, incarnation qui permettrait par ailleurs une liberté morphologique quasi totale ? Si l’on réfléchit aux motivations des futures personnes émulées (les “early uploaded”), il paraît évident que cette technologie s’adressera – dans un premier temps en tout cas – essentiellement à des personnes frappées par une maladie incurable, au seuil du grand âge ou victimes d’accidents graves (et par exemple tétraplégiques). Ces personnes vont vouloir avoir la possibilité de continuer à vivre chez elles, à interagir avec leurs proches, collègues et amis, à poser leurs petits-enfants sur leurs genoux, s’asseoir à la terrasse d’un café, bref à jouir des plaisirs de la vie comme tout le monde.

La fiabilité des mondes numériques en question

Un autre argument vient appuyer ce changement de perspective. Alors que les LLM démontrent chaque jour de grandes capacités dans le piratage informatique, que le cyberterrorisme prospère, que des dictateurs engagent des moyens considérables pour dominer les réseaux, le monde virtuel semble maintenant moins sûr que le bon vieux monde physique.

Une personne émulée (dont les connexions neuronales sont stockées sur un, voire plusieurs supports informatiques) est théoriquement moins vulnérable qu’un humain biologique. Néanmoins, si des individus mal intentionnés mettent la main sur ses données, le pire est imaginable : torture virtuelle continue, exploitation, etc. Il apparaît donc sensé, dans un monde où de surpuissantes IA déjouent tous les garde-fous virtuels pour dérober des données, de s’en remettre à la bonne vieille tradition du corps physique doté de capteurs et capable de se défendre (jusqu’à un certain point). Ne pas avoir, en tant qu’individu, de prise physique sur ses propres données constitue un danger certain et qui sera probablement inacceptable pour la majorité.

Notons au passage que le “cerveau embarqué” ne sera pas forcément situé dans l’occiput (si occiput il y a) : s’il est de taille raisonnable (ce qui semble envisageable, vu les progrès des LLM), il pourra être caché un peu n’importe où, à condition de se trouver dans une gangue protectrice.

Malgré tout, la possibilité de l’existence d’une copie de sauvegarde quelque part (ou à plusieurs endroits distincts ; voire de manière distribuée) fait tout l’intérêt de l’émulation : si jamais il arrive quoi que ce soit à ce “cerveau embarqué”, la personne meurt tout aussi définitivement qu’un humain de chair et d’os. Il conviendra donc d’effectuer, à intervalles réguliers, des copies de nos souvenirs et de nos connexions neuronales artificielles évoluant avec le temps.

En conclusion, voici peut-être un scénario réaliste de la procédure à l’avenir : 

  • la personne qui souhaite se faire émuler, voyant son heure arriver, rejoint une clinique spécialisée (ou l’hôpital public, soyons fous) pour se faire scanner le cerveau (opération destructrice, au vu des techniques actuellement utilisées) ;
  • après l’émulation, un ajustement est effectué pour “accorder” le connectome obtenu avec le corps choisi – et une sorte de rééducation a lieu sur plusieurs semaines ;
  • L’émulé(e) repart de la clinique avec son propre corps et surtout son “disque dur” (ses données) avec elle ;
  • Une copie du connectome est conservée sous haute sécurité.

Il est à noter que si cette copie venait à être “subtilisée”, la personne émulée ne s’en douterait pas forcément. Ce serait une autre personne qui serait exploitée/torturée (j’imagine ici volontairement le pire des scénarios, même si on peut espérer que de tels comportements disparaissent avec l’apaisement social provoqué par l’abondance et les progrès en neurosciences). Cela est bien sûr regrettable, mais cela ne diffère pas fondamentalement de la problématique plus générale des IA non incarnées et peut-être ponctuellement conscientes qui peuplent déjà nos data centers.

On pourrait ici se demander si on aurait plus de compassion pour une copie de nous-même que pour celle d’un autre. C’est l’une des questions vertigineuses que pose l’accélération technologique actuelle.

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