Technoprogressisme et nature humaine

Celui-ci est le premier d’une série de posts sur le lien entre le projet technoprogressiste de redéfinition du potentiel biologique humain et la notion de nature humaine.

Publié le 11 octobre 2008, par

Quelle notion de nature humaine ?

Dans quelle mesure l’ambition de modifier les ressources biologiques de l’homme doit faire face à la question de la nature humaine ? Quelle que soit la position défendue, on a tendance à évacuer trop rapidement le problème. Certains auteurs pensent que la nature humaine est un mythe, il n’y en aurait aucune et le débat ne devrait surtout pas se concentrer sur cette notion vétuste. D’autres croient que l’impératif de respecter la nature humaine est une évidence. Dans les deux cas, souvent on va trop vite. Dans ce post je chercherai à esquisser les « règles du jeu » pour établir quelles sont les notions de nature humaine dignes d’êtres prises en considération.

Toute notion existe en plusieurs variantes, qui partagent un thème de fond. Il y a deux façons d’évacuer trop vite un débat sur une notion. On peut choisir trop vite la version qui mérite d’être analysée ou décider trop vite qu’aucun candidat n’est à l’hauteur. La faute est toujours de ne pas avoir évalué attentivement les alternatives. D’ailleurs, c’est un problème très général : il arrive souvent de décider trop vite qu’on n’a pas besoin d’un ordinateur, d’une vacance, d’une nouvelle voiture, ou alors, au contraire, qu’on a certainement besoin d’un certain modèle d’ordinateur, d’un voyage ou d’une voiture spécifiques. Il en va de même pour les concepts.

Au cœur du concept de nature humaine, on retrouve deux éléments : universalité et valeur. (1) il existe un ensemble de propriétés qui caractérisent le genre humain, que tous ou la plupart des hommes et des femmes possèdent, (2) ces propriétés sont extrêmement importantes.
Suivant la manière dont on caractérise ces deux idées de fond, on peut classifier les conceptions de la nature humaine. Les deux variables principales sont le niveau d’universalité et l’intensité de la valeur.

Dans ce schéma, pour être un candidat « acceptable » en tant que notion de nature humaine, il ne faut pas descendre au dessous d’un certain seuil critique dans chacune des deux échelles. Une capacité extrêmement importante mais qui ne serait partagée que par une minorité d’être humains ne peut faire partie de la nature humaine. Quelque chose d’absolument universel mais qui a très peu de valeur non plus. Est-ce que cela signifie qu’on ne devrait pas s’intéresser à ce qui est universel et à ce qui a une très grande valeur mais qui est rare ? Bien sûr que non. Tout simplement, cela ne relève pas du questionnement posé par la notion de nature humaine.

Cela laisse quatre possibilités : universalité (modérée/forte) x valeur (modérée/forte). Comme on le verra dans la suite, la notion la plus débattue dans la tradition philosophique a été très ambitieuse (forte/forte), s’agissant de définir l’essence de l’homme, ce que tous les être humain partagent et qui ne doit pas être modifié, sous peine de perdre toute source de valeur dans la vie humaine. La philosophie s’est concentrée surtout sur des facultés cognitives de haut niveau, comme la raison, mais il existe aussi des versions contemporaines biologiques. Par exemple, Fukuyama pense que la totalité du génome définit la nature humaine (il l’appelle facteur X), qui est intouchable.

Néanmoins, les versions de la notion de nature humaine plus courantes et intéressantes aujourd’hui sont modérées. La biologie évolutionniste contemporaine pense qu’il y a une série de propriétés typiques de l’espèce humaine, qui sont importantes pour comprendre le fonctionnement de nos sociétés et les choix individuels. Par exemple, le choix du partenaire sexuel serait conditionné par des critères biologiques. Mais il s’agit de propriétés typiques de l’espèce, non strictement universelles. En plus, ce n’est pas forcément grave de ne pas posséder ces propriétés. Les personnes qui choisissent une stratégie reproductive minoritaire (ex : pour l’homme, ne pas donner beaucoup d’importance à la beauté physiques des femmes) ne font rien de mal.

La tâche du défenseur d’une notion de nature humaine est de prouver qu’il existe des propriétés qui caractérisent le genre humain d’une façon suffisamment forte et que ces propriétés sont suffisamment importantes. La difficulté est surtout de prouver l’universalité et la valeur en même temps. Dans les prochains posts, on cherchera à classifier les théories de la nature humaine et à évaluer les découvertes de la biologie et de la psychologie évolutionnistes.

Publié par Alberto Masala