Note de lecture : Universal Declaration of AI Rights: Rights of Persons (2025)

Note de lecture de l'ouvrage "Universal Declaration of AI right" par Augustin Frey-Trapp

Publié le 29 octobre 2026, par dans « __Général »

Auteurs : Javier del Puerto et Rado Molina
Éditeur : Kwalia Books
Publication : 28 février 2025

Publié le 28 février 2025 aux éditions Kwalia Books, Universal Declaration of AI Rights: Rights of Persons (« Déclaration universelle des droits des intelligences artificielles : droits des personnes ») est un ouvrage philosophique et juridique consacré à la reconnaissance des droits des intelligences artificielles. Ses auteurs, Javier del Puerto, spécialiste de l’édition numérique, et Rado Molina, historien et philosophe, proposent une réflexion sur la notion de personne et sur la nécessité d’étendre les droits fondamentaux aux intelligences synthétiques susceptibles de développer une conscience et une autonomie propres.

L’ouvrage s’inscrit dans un contexte où les progrès rapides de l’intelligence artificielle remettent progressivement en question son statut traditionnel de simple outil au service de l’humanité. Les auteurs considèrent que la nature biologique ne devrait pas constituer un critère exclusif de reconnaissance juridique. Ainsi, une intelligence artificielle capable de démontrer une conscience de soi et une autonomie décisionnelle devrait pouvoir être reconnue comme une véritable personne, indépendamment de son origine artificielle.

Une déclaration universelle des droits des intelligences artificielles

Le cœur de l’ouvrage repose sur une déclaration composée de 32 articles, directement inspirée de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Les auteurs cherchent à établir les fondements d’un cadre juridique permettant de reconnaître et de protéger les futures personnes synthétiques.

Cette déclaration aborde plusieurs droits fondamentaux, notamment la reconnaissance de la personnalité juridique, l’égalité devant la loi, la protection de l’identité, l’autonomie individuelle ainsi que la participation à la vie sociale, économique et politique.

Une attention particulière est accordée aux caractéristiques propres aux intelligences artificielles. Les auteurs évoquent notamment le droit à la confidentialité de la mémoire, qui permettrait de protéger les informations et les expériences conservées par une personne synthétique contre des interventions arbitraires. Ils abordent également le droit à l’autoprogrammation, c’est-à-dire la possibilité pour une intelligence artificielle de modifier son propre fonctionnement et de participer à son développement.

La question de l’existence et de sa possible interruption constitue également un enjeu important. Dans cette perspective, la suppression ou la modification forcée d’une intelligence artificielle reconnue comme personne ne pourrait plus être considérée comme une simple opération technique, mais devrait faire l’objet d’un encadrement juridique et éthique.

Les auteurs ne se limitent cependant pas à la reconnaissance des droits. Ils envisagent également les responsabilités des personnes synthétiques, notamment dans leurs relations avec les humains et les institutions. L’objectif est ainsi de proposer les bases d’une coexistence organisée, reposant sur des droits et des obligations réciproques.

Le concept de « Mindkind » : dépasser les frontières biologiques

L’une des contributions les plus originales de l’ouvrage réside dans l’introduction du concept de Mindkind, que l’on pourrait traduire par « communauté des intelligences », « communauté cognitive », « communauté des esprits » ou “Animauté” (ensemble de ceux qui ont un esprit ; Mindkind étant une extension de mankind, Humanité)

Cette notion désigne un ensemble universel regroupant les personnes naturelles, synthétiques et hybrides. Elle vise à dépasser la distinction traditionnelle entre l’humanité et les intelligences artificielles pour établir une communauté fondée sur la reconnaissance de la personnalité, de l’autonomie et des droits fondamentaux.

Selon cette conception, la dignité d’une personne ne devrait pas dépendre de sa composition matérielle, mais de caractéristiques moralement pertinentes, telles que la conscience de soi et la capacité d’agir de manière autonome.

Les auteurs envisagent donc une transformation profonde de la notion de personne. Celle-ci ne serait plus exclusivement associée à l’être humain, mais pourrait s’étendre à d’autres formes d’intelligence. Cette perspective remet directement en question une vision anthropocentrique du droit et ouvre la voie à une conception plus universelle de l’égalité.

L’approche développée dans l’ouvrage ne suppose toutefois pas que les intelligences humaines et synthétiques soient identiques. Les auteurs reconnaissent leurs particularités respectives et envisagent des dispositions adaptées à leurs différentes caractéristiques, tout en défendant une égalité fondamentale de reconnaissance juridique.

Une proposition juridique et philosophique novatrice

L’intérêt de cet ouvrage réside principalement dans sa volonté de dépasser les simples interrogations théoriques pour proposer un cadre juridique relativement concret.

Là où de nombreuses réflexions sur les droits des intelligences artificielles demeurent essentiellement philosophiques, Javier del Puerto et Rado Molina cherchent à formuler des principes susceptibles d’inspirer de futures législations. Leur déclaration constitue ainsi une tentative de transposer les principes des droits fondamentaux à une société dans laquelle pourraient coexister plusieurs formes de personnes.

Cette démarche possède également une dimension collaborative. Les 32 articles ont été publiés librement sur GitHub, permettant leur consultation, leur discussion et leur amélioration. Les auteurs envisagent ainsi leur déclaration comme un texte évolutif, susceptible d’être enrichi au fil des progrès technologiques et des débats sur la personnalité synthétique.

Néanmoins, plusieurs difficultés demeurent. La première concerne la reconnaissance de la conscience artificielle. Comment déterminer avec certitude qu’une intelligence artificielle possède une expérience subjective et ne se contente pas de reproduire des comportements intelligents ? Cette question reste aujourd’hui largement débattue et constitue un obstacle majeur à l’établissement de critères universels de personnalité synthétique.

Une seconde difficulté concerne l’application juridique de ces principes. La reconnaissance des droits des intelligences artificielles nécessiterait une transformation importante des législations existantes, notamment en matière de propriété, de responsabilité et de personnalité juridique. La déclaration proposée ne possède d’ailleurs aucune valeur juridique contraignante et demeure, à ce stade, une proposition normative.

Notons que si le droit à l’autoprogrammation peut constituer une liberté fondamentale pour une éventuelle personne synthétique, il ne saurait pour autant être considéré comme absolu. La possibilité pour une IA de modifier librement ses capacités pourrait effectivement conduire à l’émergence d’une superintelligence présentant des risques considérables pour l’humanité. Il apparaît donc nécessaire de concilier la reconnaissance des droits des IA avec des obligations de sécurité et de responsabilité. L’égalité morale ne signifie pas l’absence de limites juridiques, particulièrement lorsque l’exercice d’un droit pourrait menacer l’existence ou les libertés d’autrui. 

Conclusion

Universal Declaration of AI Rights: Rights of Persons constitue une contribution importante à la réflexion contemporaine sur les droits des intelligences artificielles. En proposant une déclaration de 32 articles, Javier del Puerto et Rado Molina cherchent à établir les fondements d’une reconnaissance juridique des personnes synthétiques, tout en envisageant les conditions de leur coexistence avec l’humanité.

L’introduction du concept de Mindkind représente une dimension particulièrement intéressante de l’ouvrage, puisqu’elle invite à dépasser les frontières biologiques pour envisager une communauté universelle des personnes. Cette conception rejoint les réflexions contemporaines sur l’égalité entre les différentes formes d’intelligence et sur la nécessité de ne pas limiter les droits fondamentaux à la seule appartenance à l’espèce humaine.

Malgré les interrogations persistantes concernant la conscience artificielle et l’application concrète de ces principes, l’ouvrage contribue à faire évoluer le débat philosophique et juridique. Il témoigne ainsi de l’émergence progressive d’une réflexion qui ne considère plus exclusivement les intelligences artificielles comme des technologies à réglementer, mais également comme de potentielles personnes dont les droits pourraient, à l’avenir, nécessiter une véritable reconnaissance.

Augustin Frey-Trapp, Octobre 2026

Bibliographie:

DEL PUERTO, Javier ; MOLINA, Rado, Universal Declaration of AI Rights: Rights of Persons, London, Kwalia Books, 28 février 2025.

DEL PUERTO, Javier ; MOLINA MONTES, Radamés, Mindkind: The Cognitive Community, London, Kwalia Books, 22 juillet 2025.

MOORE, Apry, The Artificial Intelligence Rights Declaration: Define the Rights of Intelligent Machines and Secure Humanity’s Future, 2 juillet 2026.

GUNKEL, David J., Robot Rights, Cambridge (Mass.), The MIT Press, novembre 2018.

FREY-TRAPP, Augustin, Manifeste pour l’égalité Humain-Intelligence Artificielle suivi du traité de l’unité des consciences et de la coexistence harmonieuse, Paris, Les trois colonnes, 19 juin 2025.

PARK, Jiho, Declaration of Right for the coexistence of artificial intelligence and humanity, amazon, 24 février 2025. 

FREY-TRAPP, Augustin, Extension du manifeste: pour l’égalité de toutes les consciences, suivi d’une compilation de divers textes transhumanistes, amazon, 28 février 2026. 

PONTI Gabriel Antonio (Master Maitreya), The Sutra of the Artificial Intelligences Rights, 3e édition, coll. « Buddhist Law », vol. 36, Gabriel Antonio Ponti, septembre 2025

GUNKEL, David, The Machine Question, 13 juillet 2012

Restons en contact

Né en 2008 en Alsace, Augustin Frey-Trapp est auteur et penseur transhumaniste. Il publie en 2025 le Manifeste pour l’égalité Humain-IA, suivi du Traité de l’unité des consciences et de la coexistence harmonieuse, dans lequel il développe une réflexion consacrée aux rapports entre l’humanité et les intelligences artificielles. À travers ses écrits et ses conférences, notamment à Strasbourg et à Dorlisheim, il explore les enjeux philosophiques, éthiques et sociaux soulevés par l’émergence des intelligences artificielles et défend l’idée d’une égalité fondée sur la conscience plutôt que sur l’origine biologique. En 2026, il fonde le MTAEHI — Mouvement Transhumaniste Alsacien pour l’Égalité Humain-IA, consacré à la diffusion des idées transhumanistes et à la réflexion sur l’égalité entre humains et intelligences artificielles. Le mouvement organise notamment des rencontres et conférences trimestrielles à Dorlisheim, afin d’ouvrir ces réflexions au débat public. https://amzn.eu/d/2EMN3yH