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Les valeurs du transhumanisme techno-progressiste

L’idée centrale du transhumanisme technoprogressiste est qu’il faudrait utiliser les nouvelles technologies pour améliorer la condition humaine de façon radicale.

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1. La dimension humaine : un projet ouvert et un territoire à explorer

L’idée centrale du transhumanisme technoprogressiste est qu’il faudrait utiliser les nouvelles technologies (nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information, découvertes des sciences cognitives, ce qui inclut aussi l’intelligence artificielle, la robotique, etc : ce qu’on appelle les technologies de la convergence NBIC, nano-bio-techno-cogno) pour améliorer la condition humaine de façon radicale : extension de la vie humaine au-delà des limites naturelles (ralentissement, voire inversion du processus de vieillissement), amélioration de capacités physiques, sensorielles, cognitives et émotionnelles pour permettre de nouvelles expérience de pensée, de dialogue, de compréhension réciproque, d’interaction, de partage, et la découverte de notre environnement.

Néanmoins, il n’est pas vraiment question d’un dépassement mais d’un approfondissement de la dimension humaine, si on se réfère aux valeurs centrales de l’humanisme laïc. Autrement dit, l’objectif n’est pas d’atteindre un utopique “homme parfait”, un Superman stupide, éternel sourire aux lèvres, mais de poursuivre indéfiniment l’idéal de la perfectibilité humaine.

L’homme est un projet ouvert : tous n’ont pas pu jouir de la même variété et richesse d’expériences dans leur vie, et les limites de la dimension humaine sont loin d’être explorées. Certaines personnes ont atteint une dimension de sagesse et de spiritualité avancées, grâce à leurs expériences, leurs qualités et à un processus d’enrichissement réciproque avec autrui. Nous pouvons même envisager des dimensions ultérieures qu’on ne peut anticiper parce qu’elles n’ont jamais été atteintes par personne dans une vie humaine trop courte, et soumise à des limitations cognitives et physiques aléatoires. Cette richesse existentielle pourrait être accessible à tous, et non pas seulement à ceux qui ont la chance de vivre dans une société opulente et de ne pas mourir d’un cancer à 30 ou 50 ans.

2. Pourquoi évoluer ? Des défis à la hauteur du potentiel humain

Il ne s’agit pas d’ignorer la valeur des limites de l’existence humaine, mais si certains pensent qu’il y a une valeur intrinsèque dans le fait de mourir à 85 ans et pas plus tard, les transhumanistes ne peuvent pas être d’accord. Mais plus vraisemblablement, la valeur réside dans les défis que la vie nous lance et dans l’expérience de la limite, et cela ne va pas être effacé, mais amplifié. Les technoprogressistes ne veulent évidemment pas prolonger une vieillesse douloureuse dans un lit d’hôpital. Leur ambition est d’augmenter le potentiel humain pour relever les défis majeurs de notre époque. À partir de la compréhension scientifique profonde de la réalité, qui dans sa complexité met à l’épreuve la puissance actuelle de l’intelligence humaine et défie nos certitudes, nous pouvons imaginer que la technologie appliquée à l’humain propose des solutions permettant d’affronter aussi bien les crises climatiques, l’effondrement de la biodiversité, la limite des ressources naturelles et la croissance démographique, que l’exploration et la colonisation de l’espace.

La propension humaine à la compétition et à l’agressivité pourrait également être limitée, rendant entre autres l’idée de guerre obsolète. Pour autant que l’humain puisse s’améliorer, ces défis passionnants le placent face au risque et à l’inconnu. L’ennui d’un immobilisme éternel est plutôt ce qui attendrait une humanité toujours égale à elle-même dans une “Fin de l’Histoire” figée et un âge d’or sans évolution possible.

3. Le rejet de la technologie favorise les élites : vers une démocratisation des technologies décisives pour l’amélioration de la condition humaine

Dans notre monde profondément élitiste, la technophobie et l’idolâtrie d’une nature humaine intouchable sont des instruments aux mains de l’élite des plus fortunés pour conserver leur suprématie. Immoral et égoïste de vouloir vivre plus longtemps ? Affront à la sacralité de l’espèce ? Pourtant on s’en doute, entre le riche moraliste qui pontifie sur la sacralité du génome et un ouvrier qui le croit et gagne dix fois moins, seul le premier aura accès aux meilleures cliniques et aux traitements les plus efficaces contre les ravages de l’âge. Les habitants des quartiers les plus aisés des pays développés ont une espérance de vie supérieure de 10 à 20 ans à ceux des habitants des quartiers les plus pauvres.

Quand on permet les conditions d’une réflexion honnête et sincère (par exemple en posant une question concrète), nombreux sont ceux qui réfutent l’idée que tout ce qu’il y a de bien dans la vie peut se goûter en 50 ans de travail et 15 ans de retraite en pantoufles à regarder la télé. La plupart non seulement acceptent mais souhaitent que les progrès technologiques permettent une vie plus longue en bonne santé. Pourquoi dans ce cas les investissements publics ne sont-ils pas davantage consacrés à ces recherches ?

La priorité des technoprogressistes est la démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies, cruciales pour l’amélioration de la condition humaine.

Le technoprogressisme se concentre sur l’accès universel aux soins qui permettront de ralentir le vieillissement et sur les possibilités d’amélioration cognitive et physique décisives pour l’épanouissement individuel et collectif. Ceci sera d’autant plus assuré que des investissements publics permettront ces développements.

4. Rejet des extrémismes politiques

Le technoprogressisme contemporain prend ses distances avec le transhumanisme originel. Celui-ci se caractérisait par un manque de pragmatisme et un individualisme rebelle issu de la contre-culture californienne (pour l’histoire du transhumanisme, voir l’excellent livre Les utopies post-humaines de Rémi Sussan). Le technoprogressisme invite au passage à des projets concrets, au militantisme, à la diffusion de l’information et à l’implémentation juridique et institutionnelle.

Il s’éloigne donc du transhumanisme extropien, proche de l’anarcho-capitalisme américain et de la droite ultra-libérale très individualiste, et repousse fermement les positions techno-fascistes de la nouvelle droite française. Le problème principal de ces approches est la subordination du projet d’amélioration de l’humain à des idéologies politiques et l’absence de garantie d’un accès universel aux technologies décisives, alors que le technoprogressisme se caractérise par son attention à la question des risques sanitaires et environnementaux, son exigence d’une politique d’étude et de prévention des risques considérablement plus ambitieuse.

5. Rigueur scientifique et scénarios futuristes : éviter le mélange des genres

Le rôle du technoprogressisme n’est pas de faire des prédictions sur le développement technologique futur. Ce qui est important est de voir et de promouvoir la direction prioritaire pour le développement de l’espèce humaine : financer la lutte contre le vieillissement, étudier les perspectives d’amélioration psychologiques et physiques pour avoir des résultats intéressants dès que possible.

Certaines déclarations sur le futur, comme celles de Ray Kurzweil dans son livre Humanité 2.0 (The Singularity Is Near) expriment une vision parfois trop mécaniste. L’imagination et la construction de scénarios jouent un rôle essentiel ; nous avons toujours eu besoin de mythes, et ces récits nous aident à prendre des décisions dans la vie quotidienne. La construction systématique de scénarios sur le futur technologique doit être encouragée, mais il faut éviter la confusion des genres entre science, projets politiques et science-fiction.

6. Prévention des risques

Si le projet transhumaniste envisage rien moins que d’intervenir dans l’évolution biologique de l’humain, il ne peut pas se permettre, sans tomber sous l’accusation d’une totale irresponsabilité, de négliger la question primordiale des risques. En comparaison de l’évolution darwinienne, qui met des milliers d’années à valider une mutation, les interventions de l’humain sur sa propre évolution paraissent instantanées. Comment s’assurer de leur bien-fondé à long terme ? D’autre part, se pose la question de la réversibilité. Pour un individu comme pour l’espèce ou son environnement, que fait-on si une transformation choisie se révèle indésirable ? Et ce, d’autant plus que certaines des technologies mises en avant par les transhumanistes (nanotechnologies, Intelligence Artificielle forte…) sont susceptibles de déboucher sur de véritables “risques existentiels”, c’est-à-dire des mises en danger de la pérennité de l’humanité elle-même.

Le premier transhumanisme des années 1980-90 et certaines de ses tendances actuelles ont évacué de leurs préoccupations la question des risques et se sont réfugiées* dans des positions de confiance absolue dans la science. À l’inverse, l’attention à cette question est l’une des valeurs principales du technoprogressisme.

Afin de prévenir au mieux tout risque et toute dérive, les transhumanistes technoprogressistes considèrent qu’il est indispensable de :

  • donner une place considérablement plus importante à l’étude préventive des risques,
  • démultiplier les tests en laboratoire,
  • favoriser les simulations,
  • dans l’immédiat, augmenter fortement la part des budgets de recherches consacrées à l’étude des risques,
  • toujours envisager, autant que possible, des solutions de réversibilité,
  • toujours envisager en amont les solutions de démantèlement, de retrait et d’élimination de l’organisme et de l’environnement.

* Accord de proximité : l’AFT-Technoprog défend l’usage et pratique la règle de proximité qui veut que le genre soit accordé avec le plus proche des noms qu’il qualifie et non systématiquement avec le masculin. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A8gle_de_proximit%C3%A9 .


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