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Objections #2 : Transhumanisme et risques environnementaux

Cette partie du livre (Partie 4) liste les objections qui sont faites au transhumanisme, et tente d'y répondre. Dans cet article : les craintes de surpopulation, de surconsommation, de perte de diversité génétique…

Publié le 10 juillet 2017, par

Cet article fait partie d’un livre sur le transhumanisme. Pour en savoir plus, cliquez ici.

 

Allonger l’espérance de vie, cela ne va t-il pas mener à une crise de surpopulation ?

Si l’on veut lutter efficacement contre la surpopulation, le plus important n’est pas la durée de vie, mais le nombre d’enfants par couple.

Imaginons un monde fictif où personne ne mourrait de vieillesse, et où il y aurait un peu moins de 2 enfants par couple en moyenne (disons 1,9). Dans ce cas, la population augmenterait à chaque génération, mais de plus en plus lentement, jusqu’à se stabiliser complètement.

Considérons à présent un monde où nous sommes « mortels » (le nôtre), mais où il y a légèrement plus de deux enfants par couple (disons 2,1). Dans ce cas, la population augmente de façon… exponentielle ! Autrement dit, elle double à intervalles réguliers. Et le fait de mourir n’y change rien.

Le facteur déterminant est donc le nombre d’enfants par couple. Forcer les gens à mourir à un certain âge pour éviter la surpopulation, en plus d’être très peu éthique, serait très peu efficace en comparaison.

Dans un grand nombre de pays riches, ce nombre est déjà inférieur à 2 : beaucoup de couples se contentent d’un seul enfant, d’autres ne désirent pas en avoir. De plus, dans les pays riches, il n’y a pas besoin de faire des enfants pour pallier l’absence de système de retraite. Aider au développement des pays pauvres est le moyen « historiquement testé » le plus sûr pour stabiliser la population sur le long terme.

Article plus détaillé : « Longévité et surpopulation »

 

Il y a des problèmes plus graves et plus urgents, dont il faudrait déjà s’occuper

Si l’on se préoccupait exclusivement de l’urgent, on serait encore au moyen-âge. Beaucoup de grandes découvertes scientifiques découlent de recherches qui pouvaient sembler « superflues » à leur époque. Aujourd’hui, cela permet de traiter les problèmes urgents beaucoup plus efficacement. Cela a notamment permis des progrès spectaculaires en terme d’hygiène, de santé publique et d’espérance de vie.

Le transhumanisme n’est que le prolongement de cela. Un jour, peut-être, nous plaindrons nos ancêtres qui mouraient au jeune âge de 80 ans ! Les standards évoluent avec le temps, et c’est tant mieux.

 

Le transhumanisme n’est pas écologique

Le transhumanisme n’est pas plus ou moins écologique que la technologie en général. C’est un procès que l’on tend à faire spécifiquement au transhumanisme, tout en ayant intégré l’usage de technologies beaucoup plus polluantes (la voiture, par exemple).

Le transhumanisme représente justement une opportunité de réduire notre consommation de ressources et d’énergie, tout en augmentant notre qualité de vie. Le découplage entre l’augmentation du bien-être matériel et la consommation de ressources, largement insuffisant aujourd’hui, est une urgence écologique majeure. Par exemple, l’une des industries les plus polluantes est celle de la viande. Si l’on arrivait à produire de la viande artificielle de qualité équivalente voire supérieure (c’est l’objet du fameux « Frankenburger »), cela permettrait de réduire la pollution de façon spectaculaire.

Autre exemple : avec Internet, nos loisirs tendent à être de plus en plus virtualisés. Nous ressentons moins le besoin de consommer des objets matériels en grande quantité. Pour beaucoup, l’accès est désormais plus important que la propriété, ce qui permet de faire des économies substantielles en groupant les services. A confort de vie égal, nos enfants consommeront probablement beaucoup moins de ressources que nous.

 

Le transhumanisme veut supprimer le hasard ! Cela va mener à une perte de diversité génétique

On retrouve encore une fois cette crainte d’un « homme parfait » à modèle unique, produit à la chaîne. C’est oublier un des besoin essentiel de l’humain : celui de se singulariser.

Dans les jeux vidéo en réseau, il est possible de créer un personnage virtuel en jouant sur plusieurs caractéristiques. Selon cette logique, tout le monde devrait converger vers un personnage unique, correspondant aux critères de beauté et d’efficacité de l’époque. Or, c’est l’inverse qui se produit : chaque joueur veut se singulariser en rendant son personnage le plus « unique » possible.

Il en ira de même pour les parents qui pourront choisir certaines caractéristiques de leurs enfants. Si tout le monde veut que ses enfants ressemblent à tel acteur ou telle actrice en vogue, cela deviendra banal, et les parents suivants chercheront à se singulariser davantage. On observe déjà ce phénomène dans le choix des prénoms : il y a des « modes » de prénoms (donner à son enfant le prénom d’une personnalité en vogue), qui enflent puis qui disparaissent, cycliquement. Au final, dans une salle de classe d’aujourd’hui, les prénoms sont tout aussi diversifiés qu’il y a cent ans.

 

Le transhumanisme pourrait causer la fin de l’espèce humaine

Cette phrase peut être comprise de deux façons différentes.

Le transhumanisme pourrait en effet mener à la fin de l’humanité au sens strict : celle de l’homo sapiens vivant environ 80 ans. Mais l’essentiel est de rester « humain » au sens philosophique du terme : être capable d’aimer, de penser, de créer, d’imaginer… Ces caractéristiques, le transhumanisme cherche justement à les développer. Il nous rendrait donc, selon cette définition, davantage humain.

L’autre sens possible de la phrase, ce serait la disparition de toute vie consciente sur Terre, suite à une catastrophe majeure. Cela rejoint encore une fois l’aspect « gestion du risque » évoqué dans la Partie 3.

Le progrès technologique (et tout ce qui peut en découler) n’est pas le fait des transhumanistes : c’est un mouvement de masse que l’on ne peut stopper, sauf établir une dictature mondiale (ce qui poserait des problèmes bien plus graves et immédiats). En revanche, on peut chercher à l’orienter dans des directions plus ou moins favorables.

Tout un pan du transhumanisme consiste précisément à anticiper ces risques dit « existentiels » (qui pourraient mettre fin à l’humanité). Ainsi, le philosophe Nick Bostrom, co-fondateur de la World Transhumanist Association (aujourd’hui Humanity+), a également fondé le Future of Humanity Institute à Oxford, qui vise à comprendre, anticiper et réduire ces « risques existentiels »

Notons enfin que, sur le très long terme, la vie sur Terre est condamnée par la mort du soleil. A côté de cela, l’humain actuel est très peu adapté au voyage spatial et à la vie sur d’autres planètes (voir la fin de cet article). Sur le très long terme, donc, le transhumanisme est une nécessité pour perpétuer la vie consciente.

Voir aussi : la page « Risques » du site

 

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Adhérer ? Porte-parole de l’association, j’écris régulièrement des articles pour le site. Pour me contacter : alexandre.technoprog@gmail.com | En savoir plus


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